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"Quasiment aucun emploi n'a été créé depuis les droits de douane": inflation au plus haut depuis 3 ans, Bourse perfusée à l'IA et Trump qui anticipe une croissance de... 6%, comment se porte vraiment l'économie américaine?

Economie · · Par Julie MOREAU

## L'essentiel Depuis plusieurs mois, l'économie américaine fait l'objet de débats intenses quant à sa véritable santé, alors que des indicateurs contradictoire

L'essentiel

Depuis plusieurs mois, l'économie américaine fait l'objet de débats intenses quant à sa véritable santé, alors que des indicateurs contradictoires émergent. Un rapport récent de BFM Business met en lumière des éléments préoccupants, notamment l'absence quasi totale de création d'emplois depuis la mise en place des droits de douane, une inflation atteignant des niveaux inédits depuis trois ans, et des prévisions de croissance optimistes émises par l'ancien président Donald Trump.

Inflation en hausse : un signal d'alarme

Cette flambée des prix de l'énergie fait écho aux tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz, où Donald Trump envisage de relancer une opération de protection des navires.

L'inflation a atteint des sommets inédits, avec des taux qui n'avaient pas été observés depuis près de trois ans. Selon le Bureau of Labor Statistics (BLS), les prix à la consommation ont augmenté de 5,4% sur un an, une situation exacerbée par des événements géopolitiques tels que la guerre contre l'Iran, qui a engendré une flambée des prix de l'énergie. Bien que Trump ait tenté de minimiser ce phénomène en le qualifiant de "court terme", des économistes comme Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s, soulignent que l'inflation est un indicateur préoccupant qui pourrait affecter le pouvoir d'achat des ménages.

Une Bourse à deux vitesses

Paradoxalement, la Bourse américaine affiche des performances éclatantes, alimentées par l'essor de l'intelligence artificielle (IA). Le marché boursier a enregistré des gains significatifs, avec le Nasdaq Composite atteignant des niveaux records, porté par des entreprises technologiques qui investissent massivement dans l'IA. Cette dynamique crée une illusion de prospérité, mais Zandi souligne que "la Bourse n'est pas l'économie". En effet, les fluctuations boursières ne reflètent pas nécessairement la réalité économique du pays, qui reste fragile.

Les droits de douane et l'emploi : une équation complexe

L'impact des droits de douane, instaurés dans le but de protéger l'industrie locale, semble avoir des effets mitigés. Malgré les promesses de création d'emplois, des études montrent que la majorité des secteurs concernés n'ont pas enregistré d'augmentation significative de l'emploi. Selon un rapport du National Bureau of Economic Research, il est estimé que les droits de douane ont conduit à une perte nette d'emplois dans certaines industries, tandis que d'autres ont vu leurs coûts de production augmenter. Cette situation soulève des questions quant à l'efficacité des politiques commerciales mises en place.

La croissance en question

Alors que Trump annonce une prévision de croissance de 6%, il est crucial de considérer ce chiffre avec prudence. Les analystes économiques s'accordent à dire que des facteurs externes tels que l'inflation, les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les marchés mondiaux pourraient considérablement influencer cette croissance. Le Produit Intérieur Brut (PIB) a enregistré une croissance de 2% au premier trimestre de cette année, et les prévisions restent incertaines pour la suite de l'année.

Les inégalités croissantes

Un autre aspect préoccupant de la situation économique américaine est l'accroissement des inégalités. Alors que les plus aisés profitent des gains boursiers liés à l'IA, une grande partie de la population peine à maintenir son niveau de vie face à l'inflation galopante. Selon une étude de l'Institute for Policy Studies, les 1% les plus riches détiennent désormais plus de richesse que les 90% les plus pauvres combinés, illustrant un fossé grandissant qui pourrait avoir des conséquences sociales à long terme.

Conclusion : une économie en quête de stabilité

En résumé, l'économie américaine se trouve à un carrefour délicat. Tandis que la Bourse et l'essor de l'IA créent une illusion de prospérité, des indicateurs tels que l'inflation et l'absence de création d'emplois pointent vers une vulnérabilité croissante. Les politiques économiques actuelles, notamment les droits de douane, n'ont pas produit les effets escomptés sur le marché du travail et pourraient même exacerber les inégalités. La réalité économique, loin d'être aussi rose que le président Trump le présente, nécessite une attention particulière et des mesures adaptées pour rétablir une véritable stabilité.

Contexte

La situation économique américaine s'inscrit dans un cycle politique et géopolitique particulièrement dense. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a renoué avec les instruments protectionnistes qui avaient marqué son premier mandat, notamment les droits de douane. Ces mesures visent officiellement à protéger les industries manufacturières américaines face à la concurrence chinoise et européenne, mais leurs effets demeurent controversés.

Sur le plan géopolitique, les tensions avec l'Iran se sont intensifiées autour du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le transport pétrolier. Cette région concentre environ 20% du trafic mondial de pétrole brut, et toute perturbation y affecte directement les prix de l'énergie, alimentant l'inflation importée. La décision de Trump de relancer une opération de protection navire dans cette zone intervient dans un contexte où les prix du baril ont déjà grimpé de près de 15% depuis le début de l'année.

Parallèlement, l'essor de l'intelligence artificielle, porté par des entreprises comme Nvidia, Microsoft ou Alphabet, a créé une bulle spéculative sur les marchés financiers. Le Nasdaq Composite a bondi de plus de 30% en un an, tiré par les valeurs technologiques, alors même que l'économie réelle montre des signes de ralentissement. Ce découplage entre la sphère financière et l'économie productive interroge sur la soutenabilité de cette dynamique.

Enfin, la question des inégalités, déjà structurelle aux États-Unis, s'est aggravée sous l'effet combiné de l'inflation et de la concentration des gains boursiers. Le fossé entre les ménages les plus aisés, qui détiennent l'essentiel des actions, et le reste de la population, confronté à la hausse des prix des biens de première nécessité, n'a cessé de se creuser. Ce phénomène nourrit des tensions sociales qui pourraient peser sur les équilibres politiques à venir.

Analyse

La lecture de la situation économique américaine appelle plusieurs niveaux d'interprétation. D'un point de vue macroéconomique, le contraste entre une Bourse florissante et un marché du travail atone illustre un phénomène classique de "K-shaped recovery", où certains secteurs et catégories sociales rebondissent tandis que d'autres stagnent ou déclinent. Cette fracture verticale complique toute évaluation globale de la santé économique.

Les droits de douane, pierre angulaire de la politique trumpienne, suscitent un débat nourri parmi les économistes. D'un côté, leurs partisans y voient un instrument de réindustrialisation et de protection des industries stratégiques. De l'autre, les critiques soulignent qu'ils augmentent les coûts pour les entreprises américaines, réduisent leur compétitivité à l'exportation et pénalisent les consommateurs par des prix plus élevés. Les données disponibles, notamment celles du National Bureau of Economic Research, tendent à valider la thèse d'un effet net négatif sur l'emploi dans les secteurs exposés.

L'inflation, quant à elle, résulte d'une conjonction de facteurs : tensions géopolitiques, hausse des prix de l'énergie, effets retardés des politiques monétaires expansionnistes et perturbations des chaînes d'approvisionnement. Si la Réserve fédérale a relevé ses taux directeurs à plusieurs reprises, l'impact sur l'inflation reste incertain. Certains analystes estiment que le pic inflationniste est passé, tandis que d'autres redoutent une persistance du phénomène, notamment si les prix de l'énergie continuent de grimper.

Enfin, la prévision de croissance de 6% avancée par Trump doit être contextualisée. Ce chiffre, nettement supérieur aux projections du Fonds monétaire international (autour de 2,5% pour 2025), relève davantage d'une déclaration politique que d'une prévision économique étayée. Il s'inscrit dans une stratégie de communication visant à rassurer les marchés et l'opinion publique, mais pourrait se heurter à la réalité des indicateurs macroéconomiques.

Implications

À court terme, les conséquences de cette situation se manifestent déjà dans le quotidien des ménages américains. La hausse des prix de l'énergie et des biens importés réduit le pouvoir d'achat, particulièrement pour les classes moyennes et populaires. Selon certaines estimations, l'inflation pourrait entraîner une perte de revenu réel de 2 à 3% pour les ménages les plus modestes, accentuant les difficultés déjà existantes.

Sur le marché du travail, l'absence de créations d'emplois significatives depuis l'instauration des droits de douane pourrait conduire à une stagnation, voire à une hausse du chômage dans les secteurs industriels les plus exposés. Les travailleurs peu qualifiés, souvent les premiers concernés par ces mesures, risquent de subir des reconversions professionnelles difficiles, sans filet de sécurité adéquat.

À moyen terme, plusieurs scénarios se dessinent. Dans un scénario optimiste, la baisse progressive des tensions géopolitiques et la normalisation des chaînes d'approvisionnement permettraient un retour à une inflation modérée, tandis que les investissements dans l'IA créeraient de nouveaux emplois dans les secteurs de pointe. Mais ce scénario suppose une coordination internationale et une stabilité politique qui font défaut.

Dans un scénario plus pessimiste, la combinaison d'une inflation persistante, d'un marché du atone et d'une Bourse surévaluée pourrait provoquer un choc économique. Un krach boursier, même localisé, aurait des répercussions sur l'économie réelle, via l'effet de richesse et la contraction du crédit. Les inégalités, déjà criantes, s'en trouveraient aggravées, alimentant des tensions sociales et politiques potentiellement déstabilisatrices.

Pour aller plus loin

La situation économique américaine soulève plusieurs questions ouvertes. Comment concilier protectionnisme commercial et intégration dans les chaînes de valeur mondiales ? Les droits de douane sont-ils un outil viable à long terme ou une mesure conjoncturelle aux effets pervers ? Quel rôle la Réserve fédérale peut-elle jouer pour juguler l'inflation sans freiner la croissance ?

Par ailleurs, l'essor de l'intelligence artificielle interroge sur la transformation du marché du travail. Quels emplois seront créés, quels autres seront détruits ? Comment assurer une transition juste pour les travailleurs concernés ? Ces enjeux, qui dépassent le cadre américain, méritent une attention soutenue.

Enfin, les inégalités croissantes appellent une réflexion sur les politiques de redistribution et de protection sociale. Les dispositifs actuels sont-ils adaptés à une économie où la concentration des richesses s'accélère ? Des réformes structurelles, notamment fiscales, pourraient être nécessaires pour préserver la cohésion sociale. Les débats à venir sur ces sujets seront déterminants pour l'avenir économique et politique des États-Unis.