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Il n'est plus qu'à une marche de la présidence: Kevin Warsh se hisse au conseil des gouverneurs de la Fed

Economie · · Par Julie MOREAU

Il n'est plus qu'à une marche de la présidence: Kevin Warsh se hisse au conseil des gouverneurs de la Fed

## L'essentiel Kevin Warsh, ancien membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale (Fed), est sur le point de faire son retour au sein de cette institu

L'essentiel

Kevin Warsh, ancien membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale (Fed), est sur le point de faire son retour au sein de cette institution cruciale pour la politique monétaire des États-Unis. Désigné par l’ancien président Donald Trump, il a récemment été confirmé par le Sénat américain pour occuper un poste au sein du conseil des gouverneurs. Cette nomination pourrait le rapprocher de la présidence de la Fed, un rôle qu'il aspire à obtenir, surtout dans un contexte où l'inflation américaine connaît une nette accélération.

Le 10 octobre 2023, le Sénat a voté en faveur de l'entrée de Kevin Warsh au conseil des gouverneurs, une étape essentielle avant d'obtenir le feu vert pour la présidence, prévue pour succéder à Jerome Powell dont le mandat prend fin. Warsh, âgé de 56 ans, a déjà occupé un poste similaire entre 2006 et 2011. Son retour dans l'institution pourrait avoir des implications significatives, surtout dans un climat économique marqué par une inflation galopante.

L'inflation est en effet au cœur des préoccupations économiques américaines. Selon les données publiées par le Bureau of Labor Statistics, l'indice des prix à la consommation (CPI) pour le mois d'avril 2023 a enregistré une hausse de 3,8 % par rapport à l'année précédente, le rythme le plus élevé observé depuis mai 2023. Ce phénomène est en partie attribué à la flambée des prix de l'énergie, exacerbée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les analystes économiques s'accordent à dire que la gestion de l'inflation sera l'un des défis majeurs que Warsh devra relever s'il devient président de la Fed.

Warsh, qui est souvent qualifié de "pantin de Trump" par certains membres de l'opposition démocrate, bénéficie cependant d'un soutien solide au sein de la majorité républicaine au Sénat. Ce soutien pourrait lui permettre de manœuvrer plus facilement dans un environnement politique souvent polarisé. Toutefois, une fois en poste, il devra convaincre une majorité au sein du comité de la Fed, qui est composé de douze membres, pour prendre des décisions cruciales concernant les taux d'intérêt.

La politique monétaire de la Fed est conçue pour être indépendante des pressions politiques afin d'assurer la stabilité économique. Les gouverneurs, dont le mandat peut aller jusqu'à 14 ans, sont choisis pour leur expertise technique et leur capacité à naviguer dans des environnements économiques complexes. Warsh, avec son expérience antérieure, pourrait être vu comme un atout dans la gestion des défis actuels.

Donald Trump a souvent exprimé son désir de voir la Fed abaisser ses taux directeurs pour soutenir l'activité économique. Une telle décision pourrait cependant avoir des conséquences à long terme sur l'inflation, qui est déjà largement sous pression. Les économistes s'interrogent sur l'équilibre que Warsh devra trouver entre stimuler la croissance économique et maîtriser l'inflation. En effet, une baisse des taux pourrait engendrer une relance de l'inflation, alors que les prix à la consommation continuent d'augmenter.

L'atteinte de cet équilibre sera cruciale non seulement pour la Fed, mais également pour l’économie américaine dans son ensemble. Les marchés financiers et les consommateurs observent de près les décisions de la banque centrale, qui peuvent influencer les taux d'emprunt, les investissements et la consommation. Warsh, s'il accède à la présidence de la Fed, devra naviguer dans cet environnement incertain tout en maintenant la confiance du public et des investisseurs dans la capacité de la Fed à gérer l'économie.

En conclusion, la nomination de Kevin Warsh au conseil des gouverneurs de la Fed marque une étape significative dans sa carrière, avec des implications potentielles pour la politique monétaire américaine. Alors qu’il se rapproche de la présidence de la Fed, la question de son approche face à l'inflation et aux attentes du marché sera déterminante pour son succès. Les prochains mois s’annoncent cruciaux pour lui, alors qu'il devra faire face à des défis économiques majeurs dans un climat politique complexe.

Cette flambée des prix de l'énergie, liée aux tensions géopolitiques, rappelle les conséquences économiques de la fermeture du détroit d'Ormuz, comme l'illustre notre article sur les pays d'Asie du Sud-Est contraints de planifier une réserve commune de carburants.

Contexte

La nomination de Kevin Warsh s'inscrit dans une séquence politique et économique tendue aux États-Unis. Depuis la crise financière de 2008, la Fed a vu son rôle s'élargir considérablement, passant d'un simple régulateur monétaire à un acteur central de la stabilisation économique via des programmes d'assouplissement quantitatif massifs. Jerome Powell, l'actuel président, a été nommé par Donald Trump en 2018 mais a rapidement déçu le locataire de la Maison-Blanche en refusant de baisser les taux aussi agressivement que souhaité. Cette défiance a nourri chez Trump une volonté de placer des personnalités plus dociles à la tête de l'institution.

Kevin Warsh n'est pas un inconnu dans les cercles financiers. Ancien banquier d'affaires chez Morgan Stanley, il a été nommé au conseil des gouverneurs par George W. Bush en 2006, à seulement 35 ans. Il y a siégé pendant la crise des subprimes, participant aux débats internes sur le sauvetage de Bear Stearns et d'AIG. Son départ en 2011, après l'adoption de la loi Dodd-Frank, a été interprété comme un désaccord avec la régulation accrue du secteur bancaire. Depuis, il s'est fait discret, enseignant à Stanford et siégeant dans plusieurs conseils d'administration, dont celui de la société d'investissement BlackRock.

Le contexte politique est marqué par une polarisation croissante autour de la Fed. Des élus républicains, notamment au sein du House Freedom Caucus, accusent régulièrement l'institution de mener une politique "woke" en intégrant des critères climatiques ou sociaux dans ses décisions. À l'inverse, les démocrates redoutent une perte d'indépendance si un proche de Trump accède à la présidence. Cette nomination intervient alors que l'inflation, après avoir culminé à 9,1 % en juin 2022, reste obstinément au-dessus de l'objectif de 2 % fixé par la Fed, compliquant toute décision sur les taux.

Analyse

Le retour de Kevin Warsh au sein de la Fed soulève plusieurs interrogations sur l'équilibre entre indépendance technique et allégeance politique. D'un côté, son parcours montre une connaissance approfondie des mécanismes monétaires et une expérience directe des crises. De l'autre, son positionnement idéologique, proche des milieux d'affaires et favorable à une dérégulation financière, pourrait orienter la politique de la Fed vers des choix plus accommodants pour les marchés, quitte à négliger les risques inflationnistes à long terme.

Certains observateurs voient dans cette nomination une manœuvre de Trump pour préparer le terrain à une baisse des taux avant la prochaine élection présidentielle. Historiquement, les présidents américains ont souvent tenté d'influencer la Fed, de Lyndon Johnson pressurant William McChesney Martin à Richard Nixon faisant pression sur Arthur Burns. Mais jamais la tentative n'a été aussi explicite que sous Trump, qui a qualifié Powell d'"ennemi" sur Twitter. Warsh, s'il accède à la présidence, devra composer avec cette pression sans perdre totalement la crédibilité de l'institution.

Une autre lecture, plus nuancée, suggère que Warsh pourrait adopter une ligne plus prudente qu'attendu. Sa connaissance des marchés financiers et son expérience de la crise de 2008 le rendent sensible aux risques systémiques. Il pourrait ainsi résister aux appels à une baisse trop rapide des taux, surtout si l'inflation devait repartir à la hausse. La question centrale reste celle de sa capacité à maintenir une indépendance de jugement face à un président qui l'a choisi précisément pour sa loyauté présumée.

Implications

À court terme, la confirmation de Warsh au conseil des gouverneurs envoie un signal aux marchés financiers. Les investisseurs pourraient anticiper une politique monétaire plus accommodante, ce qui se traduirait par une hausse des actions et une baisse des rendements obligataires. Mais cette lecture est risquée : si Warsh devait décevoir les attentes en maintenant une ligne dure contre l'inflation, les marchés pourraient corriger brutalement.

À moyen terme, l'arrivée de Warsh modifie l'équilibre des forces au sein du Federal Open Market Committee (FOMC). Actuellement dominé par des colombes favorables à une politique monétaire souple, le comité pourrait basculer vers une position plus hawkish si Warsh parvient à rallier d'autres gouverneurs à sa vision. Cela aurait des conséquences directes sur le calendrier des baisses de taux, actuellement attendues pour la fin de 2024.

Plus largement, cette nomination interroge le processus de sélection des dirigeants de la Fed. Si la présidence devait revenir à un proche du pouvoir exécutif, la crédibilité de l'institution en sortirait affaiblie, tant aux yeux des partenaires internationaux que des acteurs domestiques. Les banques centrales européennes et asiatiques, qui observent ces évolutions, pourraient être tentées de renforcer leur propre indépendance par contraste. Le scénario d'une Fed moins prévisible, plus politisée, est désormais envisagé sérieusement par plusieurs économistes.

Pour aller plus loin

Cette évolution soulève des questions fondamentales sur le rôle des banques centrales dans les démocraties contemporaines. Jusqu'où peut aller l'indépendance monétaire sans devenir une technocratie déconnectée des réalités sociales ? Inversement, comment concilier légitimité démocratique et expertise technique dans un domaine aussi sensible que la politique monétaire ?

Les prochains mois seront décisifs pour observer la stratégie de Warsh : cherchera-t-il à rassurer les marchés par des déclarations prudentes, ou au contraire à afficher une rupture avec l'ère Powell ? Le choix de son entourage, la tonalité de ses premiers discours publics, et les votes qu'il émettra au sein du FOMC fourniront des indices précieux.

Enfin, cette nomination relance le débat sur la réforme du processus de nomination à la Fed. Plusieurs voix, y compris au sein du Congrès, plaident pour un allongement des mandats des gouverneurs et une limitation des pouvoirs du président en la matière. L'issue de ce bras de fer politique entre exécutif et législatif déterminera en partie l'avenir de l'institution.