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Et si on pouvait traduire les chiens et les chats ? Ces entreprises développent un traducteur pour animaux

Tech · · Par Claire BERNARD

Et si on pouvait traduire les chiens et les chats ? Ces entreprises développent un traducteur pour animaux

## L'essentiel Traduction animale : quand l’intelligence artificielle promet de décoder les aboiements et les miaulements Cette avancée technologique contraste

L'essentiel

Traduction animale : quand l’intelligence artificielle promet de décoder les aboiements et les miaulements

Cette avancée technologique contraste avec l'actualité éducative, alors que les épreuves du bac et du brevet 2026 ont été annulées dans plusieurs pays du Proche et Moyen-Orient, illustrant des priorités bien différentes.

Plusieurs entreprises et laboratoires de recherche planchent actuellement sur des technologies visant à traduire les vocalisations et les comportements des animaux domestiques en langage humain. De Baidu à PetVox AI en passant par le Earth Species Project, ces acteurs ambitionnent de lever la barrière inter-espèces grâce à l’intelligence artificielle.

Selon des informations rapportées par le média spécialisé 01net, le géant chinois Baidu travaille sur un projet de « communication inter-espèces ». L’entreprise, connue pour son moteur de recherche le plus utilisé en Chine, développe une intelligence artificielle capable d’analyser les vocalisations, les comportements et les signaux physiologiques des chiens et des chats. À partir de ces données, l’algorithme déduirait l’état émotionnel de l’animal avant de le traduire en langage humain. Baidu envisagerait de proposer cette technologie au grand public prochainement, dans le but de « permettre une communication émotionnelle plus profonde et une meilleure compréhension entre les animaux et les humains ».

De l’autre côté de l’Atlantique, la start-up américaine PetVox AI adopte une approche similaire. Selon ses responsables, l’entreprise utiliserait l’intelligence artificielle « pour interpréter les aboiements, les miaulements, les gazouillis et les signaux vocaux subtils afin d’en déduire des informations émotionnelles et ainsi mieux répondre aux besoins de votre animal ». Le laboratoire Sarama AI se concentrerait quant à lui plus spécifiquement sur la traduction canine, avec un premier instrument qui pourrait prendre la forme d’un collier connecté.

Ces initiatives ne se limitent pas aux seuls animaux domestiques. Le Earth Species Project, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis, entend décoder les communications des baleines, des oiseaux et des singes. L’objectif affiché serait de parvenir à une compréhension plus fine des langages animaux, au-delà de la simple traduction émotionnelle.

Si ces perspectives suscitent un intérêt certain, elles soulèvent également des questions éthiques et scientifiques. Traduire un aboiement ou un ronronnement en phrase humaine implique en effet une part d’interprétation qui pourrait varier selon les modèles d’IA utilisés. Par ailleurs, la frontière entre la détection d’un état émotionnel et une véritable communication interspécifique reste floue. Les chercheurs impliqués dans ces projets reconnaissent que la technologie en est encore à un stade exploratoire et que des années de développement seront nécessaires avant d’atteindre une fiabilité suffisante.

Le marché potentiel, toutefois, semble colossal. Selon une étude de l’Association américaine des produits pour animaux de compagnie, les Américains ont dépensé plus de 136 milliards de dollars pour leurs animaux en 2022. Un traducteur pour chien ou chat, même imparfait, pourrait trouver un public large et prêt à investir pour mieux comprendre son compagnon à quatre pattes.

En France, aucune initiative similaire n’a pour l’instant été officiellement annoncée, mais des laboratoires de recherche en éthologie et en intelligence artificielle suivent de près ces développements. La question de la régulation de ces dispositifs, notamment en matière de protection des données collectées par les colliers connectés, pourrait également se poser à mesure que la technologie se rapproche du grand public.

Contexte

La quête d’un traducteur universel pour animaux s’inscrit dans une histoire longue de plusieurs décennies. Dès les années 1970, des éthologues comme John Lilly ont tenté d’établir des protocoles de communication avec les dauphins, sans aboutir à des résultats probants. Les approches étaient alors fondées sur l’observation comportementale et l’apprentissage de signes, bien loin des capacités computationnelles actuelles. L’essor de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement du traitement automatique du langage naturel et de l’apprentissage profond, a ouvert des perspectives nouvelles : là où les humains peinent à discerner les variations subtiles d’un aboiement, un algorithme entraîné sur des milliers d’échantillons peut identifier des motifs récurrents.

Le contexte géopolitique joue également un rôle non négligeable. La Chine, via Baidu, investit massivement dans l’IA depuis le début des années 2010, dans le cadre du plan « Made in China 2025 ». Le projet de traduction animale s’inscrit dans cette stratégie plus large de domination technologique. Aux États-Unis, des start-ups comme PetVox AI ou Sarama AI bénéficient d’un écosystème favorable à l’innovation, avec des fonds d’investissement abondants et une culture du « tout connecté » qui s’étend désormais aux animaux de compagnie. Le Earth Species Project, quant à lui, représente une approche plus académique et militante, visant à sensibiliser le public à la préservation des espèces par la compréhension de leurs modes de communication.

Par ailleurs, la période actuelle est marquée par une anthropomorphisation croissante des animaux domestiques. Selon plusieurs enquêtes sociologiques, les propriétaires de chiens et de chats considèrent de plus en plus leurs compagnons comme des membres de la famille, au même titre que les humains. Ce phénomène, accentué par la pandémie de Covid-19 et l’augmentation du télétravail, crée un terreau favorable à l’émergence de technologies promettant de « donner la parole » aux animaux. Les entreprises l’ont bien compris et capitalisent sur cette demande affective, tout en s’appuyant sur des avancées techniques réelles mais encore perfectibles.

Analyse

La promesse d’un traducteur pour animaux doit être examinée avec prudence, tant les défis scientifiques sont considérables. D’un point de vue éthologique, les vocalisations des chiens et des chats ne constituent pas un langage au sens humain du terme, c’est-à-dire un système symbolique doté d’une syntaxe et d’une grammaire. Les aboiements, grognements ou miaulements expriment certes des états émotionnels – peur, joie, frustration – mais ils ne véhiculent pas de messages complexes comme « j’ai faim » ou « je veux sortir ». Les algorithmes actuels, aussi sophistiqués soient-ils, ne font donc que corréler des sons à des contextes observés, ce qui relève davantage de la détection émotionnelle que de la traduction proprement dite.

Deux lectures principales se dégagent de ces initiatives. La première, optimiste, y voit une avancée majeure dans la relation homme-animal. Mieux comprendre les signaux de détresse ou de bien-être de son compagnon pourrait améliorer les conditions de vie des animaux domestiques, voire contribuer à la protection des espèces sauvages. Le Earth Species Project, en s’intéressant aux cétacés ou aux oiseaux, ouvre par exemple la voie à une meilleure prise en compte de leurs besoins dans les politiques de conservation.

La seconde lecture, plus critique, souligne le risque d’anthropomorphisme technologique. En réduisant les comportements animaux à des équivalents humains, ces dispositifs pourraient induire une mécompréhension, voire une instrumentalisation des animaux. Un chien qui aboie n’exprime pas nécessairement une « colère » ou une « joie » au sens humain ; son comportement répond à des codes sociaux canins que l’IA, par construction, ne peut pleinement restituer. Par ailleurs, la collecte massive de données physiologiques et comportementales via des colliers connectés pose des questions de vie privée, tant pour l’animal que pour son propriétaire, qui pourrait voir ses habitudes domestiques enregistrées à son insu.

Enfin, la dimension commerciale de ces projets interroge. Baidu et PetVox AI sont des entreprises privées, dont l’objectif premier est le retour sur investissement. La promesse d’une « communication émotionnelle plus profonde » sert autant le marketing que la science. Il conviendra d’observer avec quelle rigueur ces technologies seront validées avant leur mise sur le marché, et si des études indépendantes confirmeront leur fiabilité.

Implications

À court terme, ces technologies pourraient d’abord se manifester sous forme d’applications mobiles ou de colliers connectés destinés aux propriétaires d’animaux. PetVox AI et Sarama AI semblent les plus avancées sur ce segment, avec des produits potentiellement commercialisables d’ici deux à trois ans. L’impact immédiat serait avant tout émotionnel et relationnel : un propriétaire pourrait recevoir des notifications indiquant que son chien est stressé ou que son chat est détendu, modifiant ainsi ses interactions quotidiennes. Ce type de dispositif pourrait également trouver des débouchés dans le domaine vétérinaire, en aidant à détecter précocement des signes de douleur ou de maladie.

À moyen terme, les implications sont plus profondes. Si la fiabilité des traductions s’améliore, ces outils pourraient transformer les métiers liés aux animaux : éleveurs, dresseurs, soigneurs de parcs zoologiques ou encore agents de la faune sauvage disposeraient d’un instrument d’analyse inédit. Dans le secteur de la protection animale, la capacité à décoder les signaux de détresse pourrait renforcer les actions de sauvetage et de réhabilitation. Toutefois, une dépendance excessive à ces technologies risquerait d’éroder les compétences d’observation directe des éthologues et des vétérinaires, au profit d’une médiation algorithmique.

Sur le plan réglementaire, l’arrivée de ces dispositifs en Europe et en France soulèvera des questions spécifiques. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) encadre déjà la collecte de données personnelles, mais le statut des données animales reste flou. Un collier connecté qui enregistre les sons et les mouvements d’un chien dans un foyer capture aussi, indirectement, des informations sur les occupants humains. Les autorités devront clarifier les obligations des fabricants en matière de transparence et de consentement. Par ailleurs, le futur règlement européen sur l’intelligence artificielle, en cours d’adoption, pourrait classer ces dispositifs dans la catégorie des IA à risque limité, imposant des exigences de documentation et de contrôle.

Enfin, l’émergence de ces technologies pourrait accentuer les inégalités d’accès aux soins et au bien-être animal. Un collier traducteur coûtera probablement plusieurs centaines d’euros, réservant son usage aux propriétaires les plus aisés. Le risque est que la compréhension des animaux devienne un privilège, creusant l’écart entre ceux qui peuvent « parler » à leur chien et les autres.

Pour aller plus loin

Ces projets de traduction animale soulèvent une question fondamentale : jusqu’où l’intelligence artificielle peut-elle prétendre interpréter des formes de vie non humaines ? La frontière entre la corrélation statistique et la compréhension authentique reste à définir. Par ailleurs, la dimension éthique de ces dispositifs mériterait d’être approfondie : doit-on donner une « voix » aux animaux, ou risquons-nous de les réduire à des projections de nos propres émotions ?

Les acteurs à suivre dans les mois à venir incluent le Earth Species Project, dont les travaux sur les cétacés pourraient avoir des retombées inattendues sur la conservation marine, ainsi que les régulateurs européens,