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Zimbabwe: le Sénat adopte la réforme constitutionnelle prolongeant le mandat du président

Monde · · Par Claire BERNARD

Zimbabwe: le Sénat adopte la réforme constitutionnelle prolongeant le mandat du président

Zimbabwe : le Sénat adopte la réforme constitutionnelle prolongeant le mandat du président Le Sénat zimbabwéen a approuvé mercredi, à une écrasante majorité, la

Zimbabwe : le Sénat adopte la réforme constitutionnelle prolongeant le mandat du président

Le Sénat zimbabwéen a approuvé mercredi, à une écrasante majorité, la réforme constitutionnelle qui prolonge de deux ans le mandat du président Emmerson Mnangagwa, selon des informations rapportées par RFI. Cette adoption, qui fait suite à celle de l'Assemblée nationale quelques jours plus tôt, permet au chef de l'État de rester au pouvoir jusqu'en 2030, modifiant ainsi le calendrier électoral initialement prévu.

Un processus législatif accéléré et une majorité écrasante

Le texte, entamé en février dernier, a été voté par les sénateurs avec une large majorité, reflet de la domination du parti au pouvoir, la ZANU-PF, dans les deux chambres du Parlement. Selon des sources parlementaires, le vote s'est déroulé sans véritable opposition, l'opposition politique ayant été largement affaiblie ces dernières années par des divisions internes et des pressions gouvernementales. Cette réforme constitutionnelle, qui modifie plusieurs articles de la loi fondamentale du pays, avait déjà été adoptée par l'Assemblée nationale le 20 mars dernier, avec un nombre de voix similaire. Le processus législatif, bien que qualifié d'urgence par le gouvernement, a suscité des critiques de la part d'organisations de la société civile et de certains juristes, qui y voient un détournement des procédures démocratiques.

Les modifications clés du scrutin présidentiel et législatif

Au-delà de la prolongation du mandat présidentiel, cette révision d'ampleur change également le mode de scrutin du président et des députés. D'après les informations disponibles, le système électoral passerait d'un scrutin à deux tours à un scrutin uninominal majoritaire à un seul tour, une modification qui pourrait avantager le parti au pouvoir en l'absence d'une opposition unie. Par ailleurs, la réforme supprime l'obligation d'organiser des élections législatives et présidentielles simultanément, ce qui permettrait au président de dissocier son sort de celui des députés. Ces changements, selon des analystes politiques cités par RFI, viseraient à consolider l'emprise de la ZANU-PF sur les institutions et à limiter les possibilités d'alternance politique. Le gouvernement justifie ces réformes par la nécessité de rationaliser le processus électoral et de réduire les coûts, mais les critiques y voient une manœuvre pour verrouiller le pouvoir.

Les implications pour la stabilité politique et la démocratie

Cette réforme intervient dans un contexte de crise économique persistante au Zimbabwe, marqué par une inflation galopante, un chômage élevé et une pénurie de devises étrangères. La prolongation du mandat d'Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis 2017 après le départ forcé de Robert Mugabe, pourrait exacerber les tensions sociales et politiques. Des organisations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International, ont dénoncé une « dérive autoritaire » et un « recul démocratique » dans le pays. Par ailleurs, la communauté internationale, notamment les États-Unis et l'Union européenne, a exprimé des inquiétudes quant au respect des principes démocratiques au Zimbabwe. Cependant, la Chine et la Russie, partenaires économiques clés du pays, n'ont pas émis de critiques publiques sur cette réforme.

Un avenir politique incertain

Alors que le président Mnangagwa pourrait désormais briguer un nouveau mandat jusqu'en 2030, la question de sa succession au sein de la ZANU-PF reste ouverte. Des tensions internes au parti, notamment entre les factions pro-Mnangagwa et les partisans de son prédécesseur, pourraient émerger à mesure que l'échéance électorale approche. En outre, la société civile zimbabwéenne, bien que fragmentée, pourrait tenter de mobiliser une opposition via des actions juridiques ou des manifestations pacifiques, dans un contexte de répression accrue. Cette réforme constitutionnelle, bien que votée, n'a pas encore été promulguée par le président, et des recours devant la Cour constitutionnelle ne sont pas exclus. L'évolution de la situation politique au Zimbabwe demeure donc incertaine, entre consolidation du pouvoir en place et fragilités économiques et sociales persistantes.