Voyants, médiums, chamanes : les Russes se tournent vers l’occultisme pour retrouver leurs proches disparus en Ukraine

Moscou ne communique aucun chiffre officiel sur le nombre de ses soldats portés disparus en Ukraine, mais les demandes déposées par les familles auprès des auto
Moscou ne communique aucun chiffre officiel sur le nombre de ses soldats portés disparus en Ukraine, mais les demandes déposées par les familles auprès des autorités militaires se comptent par dizaines de milliers. Selon des informations rapportées par Viorstka, média russophone en exil, 84 658 demandes auraient été enregistrées en avril 2025 par des proches de militaires russes sans nouvelles de leurs soldats. Face au silence des institutions et à l’absence de réponses concrètes, un nombre croissant de familles se tourne vers une voie alternative, profondément ancrée dans l’histoire russe : l’occultisme.
### Des familles livrées à elles-mêmes face au silence des autorités
Le cas d’Alexander, jeune soldat de 20 ans porté disparu depuis février dernier dans le Donbass, illustre ce phénomène. Selon le récit rapporté par Le Figaro, sa famille a multiplié les démarches auprès des autorités militaires pendant des mois, sans obtenir la moindre information sur son sort. Après avoir épuisé les recours administratifs, ses parents ont finalement posté, le 21 août, un message sur une plateforme dédiée aux pratiques occultes, détaillant l’identité complète du jeune homme, sa date de naissance et la date de sa disparition, accompagné d’une question directe : « Est-il vivant ? »
Cette situation n’est pas isolée. D’après les éléments rapportés par le correspondant du Figaro à Moscou, Alain Barluet, des dizaines de milliers de familles russes se trouveraient dans une situation comparable. L’armée russe serait sans nouvelles d’une partie de ses soldats, ou ne transmettrait pas d’informations aux proches, les laissant dans une incertitude prolongée. Cette absence de communication institutionnelle pousserait les familles à rechercher des réponses ailleurs, notamment auprès de voyants, de médiums et de chamanes, dont la pratique est traditionnellement répandue en Russie depuis plusieurs siècles.
### Un recours croissant aux pratiques occultes
Le recours à l’occultisme pour retrouver des personnes disparues ne constitue pas une nouveauté en Russie, mais son ampleur actuelle semblerait sans précédent depuis le début du conflit. Les plateformes en ligne spécialisées dans les consultations divinatoires verraient affluer des demandes émanant de proches de militaires, selon des informations rapportées par la presse russe indépendante. Les praticiens interrogés par les médias évoquent une augmentation significative de leur activité depuis 2022, avec des profils de clients sensiblement différents de leur clientèle habituelle.
Les familles concernées présenteraient des demandes très spécifiques : localisation du soldat, condition physique, probabilité de retour, ou encore circonstances exactes de la disparition. Les méthodes employées varient selon les praticiens : tirage de cartes, lecture de photographies, voyages chamaniques ou encore communication avec les défunts. Selon plusieurs témoignages rapportés par Le Figaro, l’espoir de obtenir une information, quelle qu’elle soit, primerait sur le scepticisme que ces familles pouvaient entretenir auparavant à l’égard de ces pratiques.
### Une détresse qui interroge sur la gestion du conflit
Ce phénomène social révèle une détresse profonde au sein de la population russe, confrontée à une opacité persistante concernant le sort de ses soldats. Les autorités militaires russes n’ont, à ce jour, fourni aucune explication officielle sur les raisons de ce silence prolongé vis-à-vis des familles de disparus. Plusieurs hypothèses circulent parmi les observateurs, allant de la perte effective de trace d’une partie des effectifs à une stratégie délibérée de rétention d’information, sans qu’aucune ne puisse être confirmée à ce stade.
Par ailleurs, l’ampleur des demandes enregistrées en avril 2025 par Viorstka, si elle était confirmée, suggérerait un nombre de disparus bien supérieur à ce que les autorités russes ont jamais reconnu publiquement. Cette situation pourrait avoir des implications sociales et politiques durables, d’autant plus que les familles de disparus ne disposent d’aucun statut officiel ni d’aucun mécanisme de reconnaissance institutionnelle. Le recours massif aux pratiques occultes, en l’absence de réponses officielles, constituerait un indicateur supplémentaire de la perte de confiance d’une partie de la population dans les canaux administratifs traditionnels.