Onyx Infos

"Voulons-nous vraiment traiter la France comme la Chine?": ce patron (allemand) d'un géant de l'armement critique durement Berlin et son repli national (sur le Scaf, les blindés...)

Economie · · Par Julie MOREAU

# KNDS : le président allemand du géant de l'armement étrille Berlin et son repli national Le fabricant d'armement KNDS, entreprise franco-allemande issue de la

# KNDS : le président allemand du géant de l'armement étrille Berlin et son repli national Le fabricant d'armement KNDS, entreprise franco-allemande issue de la fusion entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann, a vivement critiqué Berlin pour son manque de coopération militaire avec Paris. Dans une interview accordée ce lundi au journal économique allemand *Handelsblatt*, Tom Enders, président du conseil d'administration de KNDS et ancien patron d'Airbus, a dénoncé une tendance "préoccupante" au repli national en matière de défense. Cette sortie intervient alors que le projet d'avion de combat du futur, le SCAF, vient de connaître un échec retentissant, ravivant les tensions entre les deux capitales et faisant craindre pour l'avenir des autres programmes communs de défense. ## "Voulons-nous vraiment traiter la France comme la Chine ?" La question posée par Tom Enders est sans équivoque. "Voulons-nous vraiment traiter la France, avec laquelle nous coopérons avec succès depuis de nombreuses décennies dans plusieurs projets d'armement, comme la Chine ?", a-t-il lancé dans les colonnes du *Handelsblatt*. Cette déclaration choc vise directement les demandes de Berlin, qui réclamerait des "droits de veto" sur la propriété intellectuelle en Allemagne du producteur de blindés, selon le journal s'appuyant sur des sources gouvernementales anonymes. Cette proposition proviendrait de plusieurs députés sociaux-démocrates (SPD), partenaire minoritaire de la coalition avec les conservateurs du chancelier Friedrich Merz. Le président du conseil d'administration de KNDS a également noté une tendance "préoccupante" à "se cantonner toujours plus au niveau national en matière de défense et de coopération dans l'armement". De nationalité allemande, Tom Enders avait déjà fustigé la position de Berlin sur le SCAF, soulignant que l'Allemagne n'a pas développé d'avion de combat de manière autonome depuis 1945. Contactés par l'AFP, les ministères allemands de l'Économie et des Finances n'ont pas réagi dans l'immédiat. ## Un contexte d'échec et de tensions croissantes Ces critiques interviennent dans un climat déjà tendu entre Paris et Berlin, après l'échec du projet d'avion de combat du futur (SCAF) la semaine précédente, miné par les tensions entre industriels. Ce programme phare, censé incarner la coopération militaire franco-allemande, a vu son avenir compromis, les divergences entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space n'ayant pu être surmontées. Le SCAF devait remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands à l'horizon 2040. Dans ce contexte, la question de l'entrée en Bourse de KNDS, prévue d'ici la fin de l'année et très attendue par les deux capitales, cristallise les tensions. Berlin réclamerait un contrôle renforcé sur le groupe, notamment via des droits de veto sur la propriété intellectuelle en Allemagne. Une demande que Tom Enders juge excessive et contre-productive, alors que KNDS est un acteur clé de la défense européenne, avec des programmes comme le char Leopard 2 et le canon Caesar. ## Des conséquences potentielles pour les programmes de défense communs Les propos de Tom Enders pourraient avoir des répercussions sur l'avenir des autres programmes communs de défense entre la France et l'Allemagne. Au-delà du SCAF, plusieurs projets sont en cours, notamment le système de combat aérien du futur (FCAS) et le programme de char de combat du futur (MGCS). Le repli national que dénonce le président de KNDS pourrait compromettre ces initiatives, alors que l'Europe cherche à renforcer sa souveraineté en matière de défense face aux menaces géopolitiques croissantes. La position de Berlin, si elle se confirme, pourrait également affecter la compétitivité de KNDS sur les marchés internationaux. Le groupe, qui réalise une part significative de son chiffre d'affaires à l'export, aurait besoin d'une gouvernance stable et d'une vision stratégique commune pour rester un acteur majeur face à des concurrents comme le groupe américain General Dynamics ou le sud-coréen Hyundai Rotem. Les tensions actuelles pourraient freiner les investissements et les décisions stratégiques, au détriment de la défense européenne.