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Vignes brûlées et visites de domaines annulées: au Canada, l'industrie viticole en difficulté après les feux de forêt (les vignerons redoutent un vin au gout de "cendrier")

Economie · · Par Julie MOREAU

Vignes brûlées et visites de domaines annulées: au Canada, l'industrie viticole en difficulté après les feux de forêt (les vignerons redoutent un vin au gout de

La Colombie-Britannique, principale région viticole du Canada, affronte une saison noire. Alors que les incendies de forêt contraignent des milliers d’habitants

La Colombie-Britannique, principale région viticole du Canada, affronte une saison noire. Alors que les incendies de forêt contraignent des milliers d’habitants à l’évacuation, les viticulteurs locaux redoutent des pertes massives, entre vignes calcinées et raisins imprégnés de fumée. Pour certains domaines, l’année 2024 s’annonce comme un désastre économique, avec des récoltes entières menacées par des arômes de "cendrier" qui rendraient le vin invendable. ### Un exode forcé pour les producteurs de l’Okanagan Le 7 août, à Bald Range, près de 20.000 personnes ont dû quitter leurs habitations face à l’avancée des flammes. Parmi elles, John Glavina, propriétaire du domaine Giant Head Estate Winery à Summerland, a fui en quelques heures avec sa femme, son chien, son passeport et son ordinateur. Derrière lui, 14 tonnes de raisins restent en attente de récolte, représentant une valeur estimée à 45.000 dollars canadiens, soit environ 28.000 euros. Cet ancien salarié de l’informatique, qui a acheté cette ancienne exploitation de pommiers en 2002, voit son secteur agricole de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques. Le Canada se réchauffe en effet deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale, une réalité qui transforme durablement les conditions de production. ### La vallée de l’Okanagan, joyau viticole sous pression La vallée de l’Okanagan, où l’incendie fait rage, est l’une des régions viticoles les plus réputées du pays. Ses sols variés permettent une production diversifiée, allant du merlot au chardonnay, et attirent chaque année des milliers de visiteurs. Mais cette saison, les visites de vignobles ont été massivement annulées, privant les domaines d’une manne touristique essentielle à leur équilibre financier. Les producteurs locaux, déjà éprouvés par les vagues de chaleur de 2021, doivent désormais composer avec une double menace : la destruction physique des plants et la contamination olfactive des baies par les fumées. John Glavina, qui vit sa première évacuation, avait déjà subi par le passé les conséquences des incendies : ses vignes avaient alors été imprégnées d’une odeur de "cendrier", un défaut organoleptique rédhibitoire pour les amateurs de vin. ### Des craintes persistantes malgré une lueur d’espoir Malgré l’angoisse, une information rassurante est parvenue au viticulteur : son exploitation n’aurait pas été touchée par les flammes, selon l’un de ses voisins. Une nouvelle qui ne dissipe pas pour autant l’inquiétude générale. Les viticulteurs de la région savent que les dégâts ne se limitent pas aux seules parcelles brûlées. Les particules de fumée, en suspension dans l’air, peuvent altérer la qualité des raisins même sur les plants épargnés, compromettant la vendange et, à terme, la réputation des crus locaux. Les pertes économiques pourraient se chiffrer en millions de dollars, alors que la saison touristique, déjà fragilisée, accuse le coup. Les autorités provinciales, mobilisées sur la lutte contre les incendies, n’ont pas encore communiqué de bilan précis pour le secteur viticole, mais les viticulteurs redoutent une année blanche. ### Une industrie à l’épreuve du changement climatique Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de réchauffement climatique qui bouleverse les équilibres agricoles du pays. La Colombie-Britannique, autrefois épargnée par les phénomènes extrêmes, subit désormais des étés plus chauds et plus secs, favorisant la propagation des feux. Pour les viticulteurs, l’enjeu est double : protéger leurs exploitations à court terme et repenser leurs méthodes de culture à long terme pour s’adapter à un environnement de plus en plus instable. Certains envisagent déjà de diversifier leurs cépages ou d’investir dans des systèmes d’irrigation plus résilients, mais ces solutions demandent du temps et des capitaux. En attendant, la saison 2024 restera marquée par l’image de ces domaines évacués, de ces raisins laissés sur pied et de ces vignerons contraints de tout miser sur l’année suivante. La filière viticole canadienne, qui pèse plusieurs centaines de millions de dollars, espère un retour à la normale, mais les signaux climatiques ne plaident pas en sa faveur.