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"Viande fumée, caoutchouc brûlé, cendrier froid" : quand la fumée des incendies modifie les arômes du vin, faut-il vendanger ?

Une · · Par Claire BERNARD

Face à la recrudescence des feux de forêt dans le Languedoc et plus largement dans le sud de la France, les viticulteurs observent un phénomène jusqu'alors méco

Face à la recrudescence des feux de forêt dans le Languedoc et plus largement dans le sud de la France, les viticulteurs observent un phénomène jusqu'alors méconnu du grand public : la fumée des incendies pourrait altérer significativement les arômes du vin. Selon des informations rapportées par Midi Libre, les raisins exposés aux particules de fumée développeraient des goûts évoquant la "viande fumée", le "caoutchouc brûlé" ou encore un "cendrier froid". Cette contamination, qui interroge la profession sur le calendrier des vendanges, représenterait un défi inédit pour le plus grand vignoble de France. ## Un phénomène en pleine expansion Le vignoble languedocien, premier espace viticole du pays avec près de 220 000 hectares, se trouve en première ligne face à la multiplication des incendies estivaux. D'après les éléments rapportés par le quotidien régional, les feux de forêt qui sévissent chaque année plus tôt et plus intensément génèrent des fumées chargées en composés phénoliques volatils. Ces molécules, transportées par les courants d'air, se déposeraient sur la pellicule des baies de raisin pendant leur période de maturation. Les cépages les plus sensibles, notamment les variétés à peau fine comme le grenache ou le cinsault, seraient particulièrement exposés à cette contamination atmosphérique. Le phénomène, documenté depuis plusieurs années en Australie et en Californie, demeure relativement peu étudié dans l'Hexagone. Toutefois, les retours d'expérience des viticulteurs locaux tendent à confirmer une dégradation qualitative des récoltes situées à proximité des zones brûlées. Les analyses menées sur des échantillons de moût auraient révélé des concentrations notables de gaïacol et de créosol, deux composés organiques directement associés à la combustion du bois et responsables de ces arômes indésirables. ## Des conséquences économiques potentiellement lourdes Au-delà de la seule question gustative, les répercussions économiques pourraient s'avérer considérables pour une filière qui pèse plusieurs milliards d'euros dans l'économie régionale. Selon les informations disponibles, un vin dont les raisins auraient été exposés à la fumée pourrait voir sa valeur commerciale chuter drastiquement, les dégustateurs professionnels étant formés à détecter ces défauts organoleptiques. Les appellations les plus prestigieuses du Languedoc, comme les AOC Faugères ou Saint-Chinian, seraient tout particulièrement concernées par ce risque de dépréciation. La question du calendrier des vendanges se pose dès lors avec acuité. Certains œnologues recommanderaient une récolte anticipée afin de limiter l'absorption des composés par les baies, tandis que d'autres préconiseraient au contraire un report pour permettre une éventuelle élimination naturelle des molécules par les mécanismes métaboliques de la vigne. Toutefois, aucune solution technique ne permettrait à ce jour de neutraliser complètement ces arômes de fumée une fois qu'ils se sont fixés sur le raisin. Les traitements de clarification en cave, comme le passage sur charbon actif, n'offriraient qu'une atténuation partielle et risqueraient d'appauvrir le profil aromatique global du vin. ## Des stratégies d'adaptation en cours d'élaboration Face à cette menace grandissante, les acteurs de la filière viticole languedocienne commenceraient à structurer une réponse collective. Selon les éléments rapportés par Midi Libre, des programmes de recherche seraient en cours pour mieux comprendre les mécanismes de contamination et développer des outils de détection précoce. Des capteurs installés dans les parcelles à risque permettraient de mesurer en temps réel la concentration de particules fines dans l'air, offrant ainsi aux viticulteurs une base objective pour décider du moment optimal des vendanges. Par ailleurs, la question de l'assurance des récoltes face à ce type de sinistre indirect émergerait dans les discussions professionnelles. Les contrats actuels couvriraient principalement les dommages directs liés aux flammes, mais rarement les pertes qualitatives induites par l'exposition à la fumée. Une évolution des garanties pourrait s'avérer nécessaire pour sécuriser les exploitations, d'autant plus que les projections climatiques anticipent une augmentation de la fréquence et de l'intensité des incendies dans les prochaines décennies. Le vignoble languedocien, qui a déjà dû s'adapter à la sécheresse et aux épisodes de canicule, se trouverait ainsi confronté à un nouveau paramètre dans l'équation complexe de la production viticole sous climat méditerranéen.