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Uwe Jun, professeur de sciences politiques : un gouvernement régional AfD « entraînerait des changements considérables » en Allemagne

Une · · Par Claire BERNARD

Uwe Jun, professeur de sciences politiques : un gouvernement régional AfD « entraînerait des changements considérables » en Allemagne

À l’issue du scrutin régional de dimanche en Saxe-Anhalt, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a recueilli près de 44 % des voix, un score historique qui interr

À l’issue du scrutin régional de dimanche en Saxe-Anhalt, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a recueilli près de 44 % des voix, un score historique qui interroge la classe politique allemande. Pour Uwe Jun, professeur de sciences politiques à l’université de Trèves et directeur de l’Institut pour la recherche sur la démocratie et les partis, une telle dynamique pourrait, selon ses termes, « entraîner des changements considérables » sur la scène politique fédérale. Dans un entretien accordé au Figaro, l’universitaire analyse les ressorts de ce vote et les conséquences potentielles d’une accession du parti d’extrême droite à la tête d’un gouvernement régional. ### Un scrutin marqué par une mobilisation exceptionnelle Selon les informations rapportées par Le Figaro, le taux de participation a atteint 77,8 % dimanche, contre 60,3 % lors de la précédente élection régionale en 2021. Uwe Jun attribue ce score de l’AfD, près de 44 % des suffrages, à ce retour massif aux urnes. « L’AfD a fortement bénéficié du retour aux urnes des anciens abstentionnistes », explique-t-il. Ce phénomène de mobilisation, rare pour une élection régionale, témoignerait d’un mécontentement profond et d’une volonté de sanction à l’égard des partis traditionnels, dans un Land de l’est de l’Allemagne où les dynamiques électorales diffèrent sensiblement de celles observées à l’ouest du pays. Le directeur de l’Institut de Trèves souligne également que ce type de scrutin attire désormais un électorat plus large que le seul socle historique de l’AfD. Les nouveaux votants, souvent issus de catégories populaires ou des classes moyennes inquiètes, se seraient tournés vers le parti en raison de préoccupations liées à la sécurité, à l’immigration et à la transition énergétique. Ces thématiques, portées avec insistance par la formation politique, semblent avoir trouvé un écho particulier dans un Land confronté à des mutations économiques et démographiques structurelles. ### Les conséquences potentielles sur le plan fédéral Interrogé sur les répercussions d’un gouvernement régional dirigé par l’AfD, Uwe Jun estime que cela « entraînerait des changements considérables » pour l’Allemagne dans son ensemble. Selon lui, une telle configuration pourrait fragiliser davantage la coalition gouvernementale fédérale, déjà confrontée à des dissensions internes sur de nombreux dossiers. En effet, la présence de l’AfD à la tête d’un exécutif régional modifierait les équilibres au sein du Bundesrat, la chambre des Länder, où les décisions en matière de politique intérieure et de finances sont fréquemment négociées. Par ailleurs, le professeur de sciences politiques évoque un possible effet d’entraînement sur d’autres échéances électorales à venir. Si l’AfD parvenait à consolider sa position en Saxe-Anhalt, d’autres scrutins régionaux dans l’est de l’Allemagne pourraient suivre une trajectoire similaire. Cela contraindrait les partis démocratiques à repenser leurs alliances et leurs stratégies de communication, dans un contexte où la polarisation politique ne cesse de s’accentuer. Toutefois, Uwe Jun rappelle que la formation d’un gouvernement dépendra de la capacité de l’AfD à trouver des partenaires de coalition, une perspective que les autres partis excluent pour l’heure publiquement. ### Un électorat hétérogène et des motivations multiples L’analyse d’Uwe Jun met en lumière la diversité des profils composant l’électorat de l’AfD en Saxe-Anhalt. Au-delà des anciens abstentionnistes, le parti séduirait également des électeurs issus de la CDU, déçus par la politique menée au niveau fédéral comme régional. Selon le chercheur, la question migratoire reste un déclencheur majeur, mais elle s’accompagne désormais de préoccupations économiques et sociales plus larges, notamment liées au pouvoir d’achat et à la désindustrialisation de certaines zones rurales. Cette hétérogénéité rendrait toute réponse politique unique difficile à concevoir. Les partis traditionnels, confrontés à une érosion continue de leur base électorale, devraient selon Uwe Jun engager un travail d’introspection approfondi pour comprendre les ressorts de cette défiance. Le directeur de l’Institut de Trèves insiste sur la nécessité de ne pas réduire ce vote à un simple phénomène de protestation, mais d’en saisir les dimensions sociologiques et culturelles, sous peine de voir l’AfD conforter son ancrage dans le paysage politique allemand lors des prochaines échéances.