Une usine automobile sur trois en Europe est inutile: l'industrie tourne à seulement 59% de ses capacités, ce cabinet d'experts prédit une casse historique

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# L'industrie automobile européenne au bord d'une restructuration sans précédent
L'industrie automobile européenne, confrontée à une surcapacité de production historique, tourne aujourd'hui à seulement 59% de ses capacités, un niveau alarmant qui annonce selon le cabinet BCG une vague de fermetures d'usines sans précédent sur le continent. Cette situation, révélée par une étude du Boston Consulting Group obtenue par le journal allemand Handelsblatt, concerne directement la France où la production a chuté de près de 1,7 million de véhicules par an en 2019 à à peine 1 million l'année dernière. Le diagnostic est implacable : l'Europe disposerait d'une capacité excédentaire d'environ 5,4 millions de véhicules, soit l'équivalent de plus de 35 usines sur les quelque 90 sites de production présents sur le continent.
## Un taux d'utilisation loin du seuil de rentabilité
### Des capacités de production massivement sous-exploitées
Les chiffres avancés par le BCG dessinent un tableau particulièrement sombre pour l'industrie automobile européenne. Alors qu'un taux d'utilisation d'environ 80% est considéré comme nécessaire pour assurer une rentabilité optimale, les sites européens ne fonctionnent en moyenne qu'à 59% de leurs capacités. Cet écart de 21 points de pourcentage représente un manque à gagner colossal pour les constructeurs, qui doivent supporter des coûts fixes élevés sur des volumes de production insuffisants. La situation est d'autant plus préoccupante que cette sous-utilisation n'est pas conjoncturelle mais structurelle, liée à une demande durablement affaiblie depuis la pandémie de Covid-19.
### Une pression sur les coûts qui s'intensifie
Pour Albert Waas, associé principal du BCG cité par Handelsblatt, "des fermetures d'usines sont inévitables en Allemagne et en Europe". Selon lui, la pression croissante sur les coûts devrait conduire à la fermeture d'un nombre bien plus important de sites au cours des trois à cinq prochaines années. Une douzaine d'usines européennes seraient particulièrement menacées, selon les analyses du cabinet. Les constructeurs, confrontés à des marges qui se réduisent comme peau de chagrin, n'auraient d'autre choix que de rationaliser drastiquement leurs capacités de production pour retrouver une viabilité économique.
## Les implications pour la France et l'Allemagne
### Une production française en chute libre
La France illustre parfaitement cette tendance inquiétante. La production nationale de véhicules est passée de près de 1,7 million d'unités par an en 2019 à seulement 1 million l'année dernière, soit une chute de plus de 40% en l'espace de quelques années. Cette baisse massive reflète à la fois la délocalisation de certaines productions vers des pays à moindres coûts et la transition difficile vers l'électrique, qui nécessite des investissements colossaux et une réorganisation complète des chaînes de production. Les sites français, déjà fragilisés, pourraient figurer parmi les premières victimes de cette restructuration annoncée.
### L'Allemagne, épicentre de la crise
L'Allemagne, cœur historique de l'industrie automobile européenne, n'est pas épargnée. Les constructeurs allemands, longtemps considérés comme les champions de l'industrie, subissent de plein fouet la concurrence chinoise et la transition énergétique. Les surcapacités y sont particulièrement marquées, et les fermetures d'usines qui se profilent pourraient avoir des conséquences économiques et sociales majeures dans un pays où l'automobile représente près de 5% du PIB et des centaines de milliers d'emplois directs et indirects.
## Une restructuration aux conséquences sociales considérables
Cette vague de fermetures annoncée soulève des questions cruciales sur l'avenir de l'emploi dans le secteur automobile européen. Les quelque 35 usines menacées, si elles venaient à fermer, entraîneraient la suppression de dizaines de milliers de postes, sans compter les effets domino sur toute la chaîne de sous-traitance. Les syndicats et les pouvoirs publics, en France comme en Allemagne, devront composer avec cette réalité économique implacable tout en tentant d'atténuer l'impact social de cette restructuration. La transition vers le véhicule électrique, si elle offre des perspectives à long terme, ne suffira pas à compenser les pertes d'emplois à court terme, chaque véhicule électrique nécessitant environ 30% de main-d'œuvre en moins qu'un véhicule thermique. L'industrie automobile européenne se trouve ainsi à un carrefour historique, où les décisions prises dans les prochains mois détermineront son visage pour les décennies à venir.