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"Une telle taxe m'obligerait à partir immédiatement": 20 ans après sa suppression, le projet de retour de l’impôt sur la fortune affole le fondateur de Spotify et les riches Suédois

Economie · · Par Julie MOREAU

Vingt ans après sa suppression, l'impôt sur la fortune pourrait faire son retour en Suède. À l'approche des élections législatives de ce dimanche, une partie de

Vingt ans après sa suppression, l'impôt sur la fortune pourrait faire son retour en Suède. À l'approche des élections législatives de ce dimanche, une partie de la coalition de centre-gauche milite pour l'instauration d'une taxe sur les milliardaires. Une perspective qui provoque une levée de boucliers parmi les grandes fortunes du royaume scandinave, certaines menaçant déjà de quitter le pays. ## Martin Lorentzon menace de partir "immédiatement" Le cofondateur de Spotify, Martin Lorentzon, dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars selon Bloomberg, a été l'un des plus virulents. Interrogé par l'agence américaine, le dirigeant a affirmé qu'il quitterait "immédiatement" la Suède si un tel impôt était rétabli. "Je préférerais rester, mais une telle taxe m'obligerait à partir immédiatement", a-t-il déclaré, cité par BFM Business. Le milliardaire ne s'est pas contenté d'une simple mise en garde. Il a signé une tribune dans le journal Expressen pour développer son argumentation économique. Selon lui, "l'impôt sur la fortune repose sur l'idée que l'économie est un gâteau qui ne grossit ni ne se détériore jamais". Une conception qu'il juge erronée, estimant au contraire que la création de richesse bénéficie à l'ensemble de la société. Sa formule, rapportée par la presse suédoise, résume sa position : "Nous ne sommes pas condamnés à partager le même gâteau indéfiniment." ## Un débat politique à quelques heures du scrutin Le calendrier n'est pas anodin. Les élections législatives se tiennent ce dimanche en Suède, et le parti de gauche ainsi que les Verts, membres de la coalition de centre-gauche donnée favorite dans les sondages, portent cette proposition de taxation des plus fortunés. Toutefois, les socio-démocrates, qui mènent cette alliance face à la coalition gouvernementale de centre-droit, s'opposent pour l'instant à cette mesure, selon les informations relayées par BFM Business. Cette divergence au sein même du camp de gauche illustre la sensibilité du sujet. Le rétablissement d'un impôt sur la fortune constituerait un revirement majeur pour le pays, qui l'a supprimé il y a près de vingt ans. Depuis, la Suède s'est imposée comme un pôle technologique de premier plan en Europe, au point d'être surnommée la "Silicon Valley" du Vieux Continent, avec des fleurons comme Spotify, mais aussi des entreprises comme Klarna ou Ericsson. ## L'enjeu d'un éventuel exode des capitaux Au-delà du cas Lorentzon, plusieurs grandes fortunes suédoises ont publiquement menacé de fuir le pays ces dernières semaines, rapporte BFM Business. Un phénomène qui n'est pas sans précédent : lors de la suppression de l'ISF suédois en 2005, des familles fondatrices comme les Wallenberg avaient déjà critiqué la pression fiscale, et certains entrepreneurs avaient choisi l'exil fiscal. Le débat suédois s'inscrit dans un contexte européen plus large, où plusieurs pays ont réintroduit ou envisagé des dispositifs de taxation des patrimoines les plus élevés, notamment pour financer les politiques publiques post-pandémie. Mais l'argument avancé par les opposants reste constant : une fiscalité jugée confiscatoire risquerait de faire partir les capitaux, les sièges sociaux et les talents, au détriment des recettes fiscales escomptées. Le résultat du scrutin de dimanche déterminera si cette menace reste théorique ou si elle se matérialise. En attendant, les déclarations de Martin Lorentzon illustrent la nervosité des milieux économiques suédois face à un possible changement de cap fiscal.