Une saga sans fin: la Californie accuse Paramount de chantage, après ses menaces de quitter Hollywood

Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a accusé mardi Paramount de « chantage » après des fuites indiquant que le studio envisage de quitter Hollywood s
Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a accusé mardi Paramount de « chantage » après des fuites indiquant que le studio envisage de quitter Hollywood si un accord n'est pas trouvé pour lui permettre de racheter son concurrent Warner Bros. Cette nouvelle escalade intervient dans un feuilleton juridique et financier qui dure depuis plusieurs mois, opposant le géant du divertissement à une coalition d'États américains hostiles à cette méga-fusion à 111 milliards de dollars.
### Une menace de départ perçue comme une pression politique
Paramount pensait avoir fait le plus dur ces derniers mois, en gagnant sa guerre d'enchères face à Netflix pour racheter Warner Bros, puis en obtenant le feu vert du ministère américain de la Justice, qui n'a rien trouvé à redire à cette fusion. Le groupe, dirigé par David Ellison, « revient maintenant à la charge avec une nouvelle tentative de faire chanter l'État pour laisser passer un accord illégal », a dénoncé M. Bonta sur X, en estimant que « ça ne marchera pas ». Selon le magazine Variety, qui cite des sources proches du dossier, le patron de Paramount Skydance a récemment présenté un plan quinquennal pour déménager l'entreprise de Californie à partir du 1er octobre. Le siège de l'entreprise pourrait être relocalisé en Géorgie, au Texas ou au Tennessee, selon ces sources.
Cette menace de délocalisation est perçue par les autorités californiennes comme une tentative de contourner la justice. Pour Rob Bonta, il s'agit d'une manœuvre visant à forcer la main de l'État, alors que la fusion est actuellement suspendue par décision de justice. La Californie et onze autres États américains ont déposé en juillet un recours en justice pour stopper ce rachat, arguant d'une entorse aux lois sur la concurrence. Une juge a estimé que leurs arguments étaient assez solides pour justifier un procès, qui aura lieu en mars. En attendant, la fusion est suspendue.
### Un calendrier financier intenable pour David Ellison
Le temps presse pour David Ellison. Le dirigeant s'est engagé à verser 7 millions de dollars par jour aux actionnaires de Warner Bros, si la transaction n'est pas menée à bien d'ici le 30 septembre. Face à cette date butoir, le patron de Paramount Skydance semble prêt à mettre ses menaces à exécution, quitte à provoquer une crise majeure dans l'industrie cinématographique américaine. Un éventuel départ de Californie provoquerait probablement une vague de démissions parmi les créateurs du studio, réticents à quitter le cœur de l'industrie américaine du cinéma.
Cette opération déplaît à une large partie d'Hollywood, qui redoute que ce mariage entre deux des cinq plus grands distributeurs de films ne débouche sur des suppressions d'emplois massives dans l'industrie du cinéma. Les syndicats et les associations professionnelles du secteur ont d'ailleurs exprimé leur inquiétude face à cette concentration qui pourrait réduire la diversité des productions et affaiblir le pouvoir de négociation des artistes et des techniciens.
### Un bras de fer juridique aux conséquences incertaines
Le procès prévu en mars s'annonce comme un moment décisif pour l'avenir du paysage audiovisuel américain. Si la justice donne raison aux États plaignants, la fusion pourrait être définitivement bloquée, contraignant Paramount à revoir ses ambitions à la baisse. À l'inverse, si le tribunal valide l'opération, cela ouvrirait la voie à une concentration sans précédent dans le secteur, avec des répercussions potentielles sur l'emploi et la création.
En attendant, la menace de déménagement plane comme une épée de Damoclès sur l'économie californienne. Hollywood représente un pilier économique majeur pour l'État, générant des milliers d'emplois directs et indirects. Le départ de Paramount vers un État aux législations plus favorables aux entreprises, comme le Texas ou la Géorgie, pourrait créer un précédent dangereux et encourager d'autres studios à suivre le mouvement. Cette guerre des nerfs entre le géant du divertissement et les autorités californiennes illustre les tensions croissantes entre les intérêts économiques des grandes entreprises et les régulations publiques visant à préserver la concurrence et l'emploi local.