Une première depuis 30 ans: la Fed a vendu des euros pour acheter des yens afin de soutenir la monnaie japonaise

La Réserve fédérale américaine aurait, pour la première fois en près de trois décennies, vendu des euros pour acheter des yens afin de soutenir la monnaie japon
La Réserve fédérale américaine aurait, pour la première fois en près de trois décennies, vendu des euros pour acheter des yens afin de soutenir la monnaie japonaise, selon des informations rapportées par le Financial Times ce week-end. Cette opération coordonnée avec le Trésor américain intervient alors que le yen a touché ses plus bas niveaux depuis décembre 1986, plombé par l'écart considérable des taux d'intérêt entre le Japon et les États-Unis, et que les marchés anticipent une nouvelle hausse des taux directeurs de la Fed d'ici la fin de l'année.
### Une intervention conjointe inédite depuis les années 1990
D'après le Financial Times, qui s'appuie sur trois sources anonymes proches du dossier, la Réserve fédérale de New York aurait pris la décision inhabituelle de procéder à une vente d'euros pour acheter des yens pour le compte du Trésor américain, vendredi. Ces transactions auraient été exécutées par l'intermédiaire des banques Goldman Sachs et Morgan Stanley, précisent deux de ces sources. Cette opération marquerait "la première fois en près de 30 ans que Tokyo et Washington unissent leurs forces pour soutenir la monnaie japonaise par le biais d'achats directs", souligne le journal américain. La temporalité de cette intervention coïncide avec la remontée soudaine du yen enregistrée jeudi face au dollar, un mouvement que les cambistes attribuent à des achats massifs de yens réalisés par Tokyo.
### Des mouvements de marché intenses et des montants estimés
Le yen s'échangeait vendredi à 160,53 yens pour un dollar, après avoir atteint 158 yens la veille sur fond de rumeurs d'une intervention gouvernementale japonaise. "On ignore encore si Tokyo était réellement impliqué, mais l'évolution des cours présentait toutes les caractéristiques habituelles", a noté Stephen Innes, de SPI Asset Management, cité par le Financial Times. Les estimations des analystes concernant l'ampleur de l'intervention japonaise varient sensiblement : le Financial Times évoque un montant probable d'environ 8.450 milliards de yens, soit 52,8 milliards de dollars, tandis que le quotidien économique Nikkei l'évalue entre 6.000 et 7.000 milliards de yens, soit 37,5 à 44 milliards de dollars.
Les taux d'intérêt japonais demeurent nettement inférieurs à ceux des États-Unis, ce qui continue de peser lourdement sur la monnaie nippone. Cette pression s'accentue d'autant plus que les marchés financiers anticipent une nouvelle hausse des taux de la Fed au moins une fois avant la fin de l'année, ce qui renforce l'attractivité du dollar et maintient le yen sous pression. La décision de la Réserve fédérale de New York de participer directement à des achats de yens, plutôt que de se limiter à des opérations de swap ou de prêt, constitue un signal fort de la volonté américaine de stabiliser les marchés des changes, même si les autorités restent discrètes sur les détails opérationnels de cette intervention coordonnée.
### Un précédent historique et des perspectives incertaines
Cette coopération monétaire entre Washington et Tokyo rappelle les accords du Plaza de 1985 et les interventions conjointes des années 1990, mais elle intervient dans un contexte économique radicalement différent. La faiblesse structurelle du yen, alimentée par la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque du Japon, contraste avec la vigueur de l'économie américaine et ses rendements élevés. Les analystes s'interrogent désormais sur l'efficacité durable de telles interventions, qui ne traitent pas les causes profondes du déséquilibre monétaire. La question demeure de savoir si ces achats coordonnés suffiront à inverser la tendance de fond, ou s'ils ne représentent qu'un répit temporaire pour une devise japonaise dont la dépréciation continue de refléter les fondamentaux économiques des deux pays.