Onyx Infos

Une première en Afrique: l'Egypte met en service le premier monorail ultra-moderne du continent, il est spectaculaire et fabriqué par Alstom

Economie · · Par Julie MOREAU

Une première en Afrique: l'Egypte met en service le premier monorail ultra-moderne du continent, il est spectaculaire et fabriqué par Alstom

## L'essentiel Le Caire, capitale égyptienne, a récemment fait un pas significatif vers la modernisation de son infrastructure de transport avec la mise en serv

## L'essentiel Le Caire, capitale égyptienne, a récemment fait un pas significatif vers la modernisation de son infrastructure de transport avec la mise en service du monorail "East of Nile". Ce projet, qui représente une première en Afrique, est le fruit de la collaboration avec le groupe français Alstom, reconnu mondialement pour son expertise dans le secteur ferroviaire. ### Un projet ambitieux pour une métropole congestionnée Avec une population approchant les 25 millions d’habitants, le Caire est souvent cité parmi les villes les plus embouteillées au monde. La mise en place de ce monorail s'inscrit dans un plan global de 4,5 milliards de dollars destiné à améliorer la fluidité des déplacements urbains. Ce premier tronçon s'étend sur 56 kilomètres et compte 22 stations, reliant l'est du Caire à une nouvelle capitale administrative en construction dans le désert. Ce système de transport de masse est censé réduire considérablement les temps de trajet. Selon les déclarations d'Alstom, 16 des 22 stations sont déjà opérationnelles et accueillent des passagers dans le cadre de l’exploitation commerciale. Martin Vaujour, président d'Alstom pour l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale, a souligné que ce monorail "change véritablement la donne" pour l'Égypte et l'ensemble du continent africain, en offrant une solution de transport à grande échelle qui favorise un avenir plus durable. ### Une technologie de pointe Le monorail "East of Nile" est un système automatisé, sans conducteur, ce qui représente un atout en termes de sécurité et d'efficacité. Fabriqué dans l'usine d'Alstom à Derby, au Royaume-Uni, ce monorail est capable d'absorber jusqu'à 45 000 passagers par heure, offrant ainsi une alternative de transport significative face à la congestion routière. Ce projet s'inscrit également dans une tendance mondiale vers des infrastructures de transport plus durables. Le choix d'un monorail, qui nécessite moins d'espace au sol et génère moins de pollution par rapport aux véhicules classiques, témoigne de cette volonté de s'orienter vers des solutions écologiques. ### Un impact sur l’économie locale En plus d'améliorer la mobilité des habitants, le monorail pourrait avoir des répercussions économiques positives. En facilitant les déplacements, il pourrait encourager l'investissement dans les zones qu'il dessert, notamment la nouvelle capitale administrative. Les autorités égyptiennes espèrent que le projet attirera des entreprises et des investisseurs, stimulant ainsi la croissance économique. ### Des défis à relever Cependant, comme tout projet d'envergure, le monorail "East of Nile" devra faire face à divers défis. L'intégration de ce nouveau mode de transport avec les autres systèmes de transport en commun déjà en place, tels que le métro et les bus, sera cruciale pour assurer une connectivité fluide. De plus, les questions de maintenance et de gestion opérationnelle devront être soigneusement planifiées pour garantir le bon fonctionnement du service sur le long terme. ### Conclusion Le lancement du monorail "East of Nile" représente une avancée majeure pour l'Égypte et pour l'Afrique dans son ensemble. En mettant en œuvre une technologie de transport moderne et efficace, ce projet pourrait non seulement alléger les problèmes de congestion du Caire, mais également servir de modèle pour d'autres villes africaines confrontées à des défis similaires. Avec une capacité de transport impressionnante et un impact potentiel sur l'économie locale, le monorail pourrait bien devenir un pilier essentiel de l'infrastructure urbaine égyptienne. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l'impact réel de cette initiative sur la vie quotidienne des habitants et sur le développement économique de la région. ## Contexte Le projet de monorail cairote s'inscrit dans une dynamique plus large de transformation urbaine en Égypte, engagée depuis le milieu des années 2010 sous l'impulsion du président Abdel Fattah al-Sissi. La construction d'une nouvelle capitale administrative, située à environ 45 kilomètres à l'est du Caire, constitue le volet le plus emblématique de cette stratégie. Lancée en 2015, cette cité futuriste, dont le nom officiel n'est pas encore définitivement arrêté, doit accueillir les ministères, le Parlement, les ambassades et des quartiers résidentiels pour plusieurs millions d'habitants. Le monorail "East of Nile" a été conçu comme l'artère principale reliant cette ville nouvelle à la mégapole existante. L'Égypte n'est pas un novice en matière de transports ferroviaires. Le pays dispose du plus ancien réseau d'Afrique, inauguré en 1854 sous le règne du khédive Abbas Ier. Le métro du Caire, ouvert en 1987, fut le premier du continent africain et reste l'un des plus fréquentés. Cependant, la vétusté des infrastructures, la croissance démographique exponentielle et l'étalement urbain ont conduit les autorités à chercher des solutions innovantes. Le choix du monorail, plutôt que d'une extension du métro ou d'un tramway, reflète une volonté de démonstration technologique et de partenariat international. Alstom, de son côté, consolide sa présence sur le marché africain. Le groupe français, qui a traversé des difficultés financières au début des années 2000 avant d'être restructuré, cherche à se positionner comme un acteur clé de la mobilité durable sur le continent. L'Égypte représente un marché stratégique, avec des projets ferroviaires estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, incluant une ligne à grande vitesse reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Ce monorail constitue une vitrine technologique pour Alstom face à ses concurrents chinois et allemands. ## Analyse La mise en service du monorail "East of Nile" peut être interprétée selon plusieurs grilles de lecture. D'un point de vue technique, elle marque l'arrivée en Afrique d'un mode de transport automatisé de masse, jusqu'ici réservé à des métropoles asiatiques ou européennes. Le choix du sans conducteur, bien que courant dans les aéroports ou sur certaines lignes de métro, reste rare pour un monorail urbain de cette envergure. Il témoigne d'un pari sur la fiabilité des systèmes de pilotage automatique dans un environnement où les conditions climatiques et les contraintes de maintenance sont exigeantes. Sur le plan politique, ce projet sert la narration du régime égyptien, qui met en avant la modernisation du pays et sa capacité à réaliser des infrastructures d'envergure. La nouvelle capitale administrative, souvent critiquée pour son coût (estimé à près de 60 milliards de dollars) et son artificialité, trouve dans ce monorail un argument de crédibilité. Le lien physique entre Le Caire et cette ville nouvelle est censé dissiper les doutes sur la viabilité du projet. Cependant, des observateurs soulignent que ces investissements massifs se font au détriment des quartiers populaires du Caire historique, où les transports publics restent insuffisants et dégradés. D'un point de vue économique, le partenariat avec Alstom illustre la stratégie égyptienne d'attraction des investissements étrangers, notamment français. La France est un partenaire commercial important de l'Égypte, avec des échanges bilatéraux dépassant les 3 milliards d'euros annuels. Ce contrat, dont le montant exact n'a pas été divulgué, renforce les liens entre les deux pays. Il intervient dans un contexte où la concurrence chinoise s'intensifie sur le continent africain, Pékin finançant de nombreux projets ferroviaires via les nouvelles routes de la soie. ## Implications À court terme, la mise en service progressive du monorail devrait modifier les habitudes de déplacement de plusieurs centaines de milliers de Cairotes. Les temps de trajet entre l'est de la capitale et la nouvelle capitale administrative, qui pouvaient atteindre deux à trois heures en voiture aux heures de pointe, pourraient être réduits à une trentaine de minutes. Cette amélioration de la mobilité pourrait encourager la délocalisation d'entreprises et de services vers la nouvelle ville, allégeant la pression sur le centre historique. Toutefois, le coût du billet, qui n'a pas été communiqué, sera déterminant pour l'accessibilité réelle de ce service aux populations modestes. À moyen terme, le succès ou l'échec de ce monorail aura des répercussions sur les projets similaires envisagés ailleurs en Afrique. Des métropoles comme Lagos, Nairobi, Addis-Abeba ou Johannesburg étudient des systèmes de transport automatisé pour faire face à leur congestion. Le modèle égyptien, s'il s'avère concluant, pourrait servir de référence technique et financière. À l'inverse, des difficultés opérationnelles ou une faible fréquentation pourraient refroidir les investisseurs et les autorités locales. Sur le plan industriel, Alstom espère que ce projet lui ouvrira les portes d'autres marchés africains. Le groupe dispose déjà de contrats en Afrique du Sud, au Maroc et en Algérie. L'Égypte pourrait devenir une base régionale pour la maintenance et la formation, créant des emplois locaux. Cependant, la dépendance à l'égard des composants importés, notamment depuis l'usine britannique de Derby, pourrait poser des questions de souveraineté industrielle à long terme. ## Pour aller plus loin Plusieurs questions restent en suspens à l'issue de cette mise en service. La première concerne la viabilité financière du projet : le monorail pourra-t-il atteindre une fréquentation suffisante pour équilibrer ses coûts d'exploitation, ou nécessitera-t-il des subventions publiques pérennes ? La seconde touche à l'intégration urbaine : comment ce nouveau mode de transport s'articulera-t-il avec les réseaux existants de bus, de minibus et de métro, qui restent le moyen de déplacement principal pour la majorité des Cairotes ? Sur un plan plus large, ce projet interroge la pertinence des mégaprojets urbains dans les pays en développement. La nouvelle capitale administrative, dont le monorail est le symbole, concentre des critiques sur son coût, son impact environnemental et son décalage avec les besoins immédiats des populations. Les observateurs suivront avec attention les indicateurs de fréquentation, de satisfaction des usagers et de retombées économiques locales dans les mois à venir. Enfin, la dimension géopolitique mérite d'être surveillée : la compétition entre fournisseurs chinois, européens et japonais pour les infrastructures africaines s'intensifie. Le succès d'Alstom en Égypte pourrait influencer les choix futurs d'autres pays du continent, notamment en Afrique de l'Est et en Afrique australe.