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Une plaque de 1.000 tonnes dans un puit de 35 mètres: le Canada grille la politesse à la France avec son mini-réacteur nucléaire qui pourrait alimenter 300.000 foyers

Economie · · Par Julie MOREAU

Une plaque de 1.000 tonnes dans un puit de 35 mètres: le Canada grille la politesse à la France avec son mini-réacteur nucléaire qui pourrait alimenter 300.000 foyers

Introduction Alors que la France table sur un budget d'un milliard d'euros pour développer ses petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), le Canada vient de

Introduction

Alors que la France table sur un budget d'un milliard d'euros pour développer ses petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), le Canada vient de prendre une avance décisive. Sur le site de Darlington, près de Toronto, le premier SMR occidental sort de terre, avec une étape technique majeure : l'installation d'une dalle de fondation de 953 tonnes au fond d'un puits de 35 mètres. Ce chantier, mené par l'énergéticien Ontario Power Generation (OPG), pourrait alimenter à terme plus de 300 000 foyers par réacteur, et pose les bases d'une technologie encore en quête de rentabilité.

Un chantier symbolique à Darlington

La manœuvre, réalisée fin mars 2025 selon les informations d'OPG relayées par BFM Business, consistait à descendre une plaque de béton et d'acier de 953 tonnes — l'équivalent d'un Airbus A380 en ordre de vol — au fond d'un puits de 35 mètres de profondeur. Cette dalle constitue la fondation du BWRX-300, un réacteur de 300 MW développé par la joint-venture américano-japonaise GE Vernova Hitachi. Cette puissance représente environ le quart de celle d'un réacteur classique d'une centrale française. L'opération marque le passage de la phase préparatoire à la construction effective, un jalon que la France n'atteindra pas avant 2030 selon les prévisions d'EDF.

Le site de Darlington, situé à l'est de Toronto, n'en est pas à son premier projet nucléaire : il accueille déjà quatre réacteurs en fonctionnement. Mais l'ambition d'OPG dépasse le simple prototype. Quatre unités BWRX-300 doivent être assemblées sur place, pour une puissance totale de 1 200 MW. Cette capacité équivaut à celle d'un réacteur de nouvelle génération français, mais avec une empreinte au sol et des délais de construction théoriquement réduits.

Les promesses économiques des SMR en question

Derrière ce chantier, c'est tout l'avenir économique des petits réacteurs modulaires qui se joue. Le concept, porté depuis plusieurs années par l'industrie nucléaire mondiale, repose sur la standardisation et la fabrication en série. L'idée est simple : produire des réacteurs plus petits, en usine, puis les assembler sur site, afin de réduire les coûts de construction et les délais, deux points faibles historiques du nucléaire traditionnel.

Le BWRX-300, avec sa conception simplifiée et ses systèmes de sûreté passifs, incarne cette promesse. GE Vernova Hitachi affirme que ce modèle pourrait être construit en deux à trois ans, contre dix à quinze ans pour un réacteur classique. Le coût unitaire serait également inférieur, bien que les chiffres précis restent confidentiels à ce stade. Cependant, comme le souligne le contexte fourni, cette promesse n'a encore jamais été démontrée à grande échelle. Darlington servira donc de test grandeur nature : si le projet tient ses délais et son budget, il pourrait ouvrir la voie à une vague de commandes, notamment aux États-Unis et en Europe.

La France en retard, mais pas hors jeu

Pendant ce temps, la France mise sur une approche différente. Emmanuel Macron a annoncé un investissement d'un milliard d'euros pour développer des "technologies de rupture" dans le nucléaire, dont les SMR. Le projet français, porté par EDF avec le réacteur Nuward, vise une puissance de 340 MW et une mise en service à l'horizon 2030. Mais les premiers chantiers ne sont pas encore lancés, et le calendrier reste soumis aux aléas des procédures réglementaires et des financements.

Le Canada, de son côté, bénéficie d'un cadre plus souple et d'une volonté politique affirmée. La province de l'Ontario, qui peine à décarboner son mix électrique, voit dans les SMR une solution pour remplacer les centrales au gaz tout en complétant l'hydraulique et l'éolien. OPG, l'opérateur public, a déjà obtenu les autorisations nécessaires et avance à un rythme soutenu. Ce décalage illustre une divergence stratégique : là où la France privilégie la recherche et le développement avant le déploiement, le Canada choisit l'expérimentation grandeur nature.

Conclusion

Le chantier de Darlington pourrait bien marquer un tournant dans l'histoire du nucléaire civil. Si le BWRX-300 tient ses promesses, il offrirait une alternative crédible aux grandes centrales, avec des coûts et des délais maîtrisés. Mais le chemin est encore long : la dalle de 953 tonnes n'est que la première pierre d'un édifice dont la viabilité économique reste à prouver. La France, qui observe avec attention, pourrait être tentée d'accélérer ses propres projets pour ne pas laisser le leadership nord-américain s'installer durablement.