Une inflation moins forte qu'en 2022? Pas sûr du tout, ça pourrait même être le contraire, affirment des économistes sur le blog de la BCE

# Inflation : la zone euro pourrait connaître un choc plus violent qu’en 2022, prévient la BCE Alors que l’inflation dans la zone euro a atteint 3,2 % en mai, p
# Inflation : la zone euro pourrait connaître un choc plus violent qu’en 2022, prévient la BCE
Alors que l’inflation dans la zone euro a atteint 3,2 % en mai, portée par la flambée des cours de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient, des économistes de la Banque centrale européenne (BCE) mettent en garde contre un scénario potentiellement plus grave qu’en 2022. Dans un billet de blog publié ce mercredi 3 juin, ils estiment que rien ne garantit que l’impact inflationniste de la guerre en Iran sera moins sévère que celui provoqué par le conflit en Ukraine, et que certaines conditions initiales laissent même présager des risques accrus.
## Des risques inflationnistes plus élevés qu’il y a trois ans
### Des conditions initiales défavorables
Dans leur analyse, publiée sur le blog officiel de la BCE, les économistes Óscar Arce — directeur de la Direction générale des affaires économiques de l’institution — et ses collègues soulignent un paradoxe apparent. Si l’on pouvait espérer que la leçon de 2022 ait préparé l’économie européenne à mieux encaisser un nouveau choc énergétique, la réalité est plus nuancée. « Un certain nombre d’autres conditions initiales signalent des risques inflationnistes plus importants aujourd’hui qu’en 2022 », affirment-ils dans leur billet, tout en précisant que ce travail n’engage pas nécessairement la position officielle de la BCE.
Parmi ces facteurs aggravants, les auteurs pointent la nature mondiale de la crise actuelle. Contrairement au choc de 2022, essentiellement concentré sur le gaz russe et l’électricité, la flambée des prix du pétrole touche désormais l’ensemble des économies de manière plus homogène. La hausse du brut, qui se répercute sur les transports, la production industrielle et les services, pourrait ainsi avoir un effet plus durable et plus diffus sur l’ensemble des prix à la consommation.
### Un impact déjà visible dans les services
Les dernières données publiées confirment cette tendance. L’inflation dans la zone euro s’est accélérée en mai à 3,2 %, un niveau encore très éloigné de la cible de 2 % fixée par Francfort. Cette progression s’explique en grande partie par la hausse des cours de l’énergie, mais aussi par un effet de contagion aux services, secteur où la transmission des coûts est généralement plus lente mais aussi plus tenace. « Une partie de la hausse se répercute désormais sur l’ensemble de l’économie via les services », notent les économistes, suggérant que le pic inflationniste n’est peut-être pas encore atteint.
## Un dilemme pour la politique monétaire
### Vers un nouveau relèvement des taux ?
Ces analyses renforcent les arguments en faveur d’un nouveau relèvement des taux d’intérêt par la BCE lors de sa prochaine réunion de juin. L’inflation restant obstinément au-dessus de l’objectif, la pression sur la présidente Christine Lagarde et son conseil des gouverneurs s’accroît pour durcir encore les conditions monétaires. Toutefois, les marchés anticipent pour l’instant un resserrement modéré : « Rares sont ceux qui s’attendent à un resserrement plus agressif à l’avenir », relève le billet, partant du principe que « les conditions actuelles ne sont pas propices à une flambée des prix ».
Ce pari pourrait pourtant s’avérer risqué. Les économistes de la BCE rappellent que la crise actuelle présente des caractéristiques inédites, notamment son caractère mondial et la nature des chocs énergétiques. Si la hausse du gaz reste pour l’instant « beaucoup plus modérée » qu’en 2022, ce qui contribue à contenir les prix de l’électricité, celle du pétrole est en revanche bien plus marquée. Or, le pétrole est un intrant majeur pour de nombreuses filières, et son renchérissement pourrait alimenter une inflation plus large et plus persistante que lors du précédent épisode.
### L’incertitude demeure
Les auteurs du billet insistent sur la prudence : leur analyse ne constitue pas une prévision, mais un avertissement sur les risques. « Rien ne garantit que l’impact inflationniste sera moins grave qu’en 2022 », écrivent-ils, invitant les décideurs à ne pas sous-estimer la situation. La BCE se trouve ainsi face à un dilemme classique : resserrer trop tôt risquerait d’étouffer une reprise encore fragile, mais attendre trop longtemps pourrait laisser l’inflation s’ancrer durablement dans les anticipations.
## Conclusion : une vigilance accrue s’impose
Alors que la zone euro espérait tourner la page de l’inflation galopante, les signaux envoyés par les économistes de la BCE rappellent que la normalisation est loin d’être acquise. La combinaison d’un choc pétrolier mondial, d’une inflation des services persistante et d’une marge de manœuvre réduite pour la politique monétaire pourrait produire des effets plus violents qu’en 2022. Les prochaines semaines seront décisives pour déterminer si la BCE devra durcir le ton ou si les pressions inflationnistes finiront par s’atténuer d’elles-mêmes. Une certitude demeure : l’inflation n’a pas dit son dernier mot.