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Une grève sur la ligne TER Marseille-Nice en plein festival de Cannes? Sud Rail appelle les salariés de la filiale sud-est de Transdev à la mobilisation entre les 21 et 23 mai

Economie · · Par Julie MOREAU

Une grève sur la ligne TER Marseille-Nice en plein festival de Cannes? Sud Rail appelle les salariés de la filiale sud-est de Transdev à la mobilisation entre les 21 et 23 mai

## L'essentiel Une grève sur la ligne TER Marseille-Nice pourrait perturber le Festival de Cannes, qui commence le 21 mai. En effet, le syndicat Sud Rail a dépo

L'essentiel

Une grève sur la ligne TER Marseille-Nice pourrait perturber le Festival de Cannes, qui commence le 21 mai. En effet, le syndicat Sud Rail a déposé un préavis de grève pour les 21, 22 et 23 mai, appelant les salariés de TRSI, la filiale sud-est de Transdev, à la mobilisation. Cette annonce s’inscrit dans un contexte où TRSI exploite la ligne depuis moins d’un an, remplaçant SNCF Voyageurs.

Un an après, le bilan de cette ligne sans la SNCF fait l'objet d'une analyse exclusive.

Ce n'est pas la première fois que les salariés de TRSI se mobilisent. En effet, cette grève marquerait déjà la seconde contestation au sein de ce nouvel opérateur. Les revendications des syndicats portent principalement sur les conditions de travail et la rémunération des cheminots. Un tract diffusé par Sud Rail souligne ce que le syndicat qualifie de "dogmatisme de la direction". Les discussions entre les représentants du personnel et la direction seraient, selon le syndicat, bloquées sur des bases jugées inacceptables pour les employés.

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Les revendications des grévistes incluent des préoccupations relatives à ce que Sud Rail appelle un "dumping social". Les membres du syndicat dénoncent des horaires de travail jugés défavorables, avec presque dix jours de travail supplémentaires par rapport aux standards de la branche. Ils pointent également la réduction des week-ends de repos et l'absence de repos hebdomadaire adéquat, ainsi que la diminution des jours fériés. Ces éléments sont considérés comme des atteintes à la qualité de vie des cheminots, qui s’inquiètent de voir leurs conditions de travail se dégrader.

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La situation est d'autant plus délicate que le Festival de Cannes attire chaque année un grand nombre de visiteurs, ce qui pourrait générer un afflux de passagers sur la ligne TER Marseille-Nice. Les festivaliers, ainsi que les professionnels du secteur, pourraient rencontrer des difficultés pour se déplacer entre Marseille et Nice durant cette période critique. La ligne est particulièrement fréquentée, et toute perturbation pourrait avoir des répercussions sur l’événement et sur l’économie locale.

D'un point de vue légal, il est important de rappeler que la loi impose aux cheminots de la SNCF, concernés par un changement d'opérateur, de pouvoir choisir de rejoindre le nouvel exploitant sur une base volontaire. De plus, le nouvel opérateur est tenu de maintenir les conditions sociales antérieures, mais ce maintien semble être contesté sur le terrain, selon les déclarations du syndicat.

La grève programmée par Sud Rail est donc symptomatique d’une tension persistante entre les salariés et la direction de TRSI. Les propos tenus par le syndicat mettent en lumière un malaise au sein de l'entreprise, où les cheminots estiment que la direction ne respecte pas les engagements pris lors de précédentes mobilisations. Les grévistes demandent des négociations sérieuses sur les conditions de travail, afin d'éviter d'être perçus comme des "low-cost" du ferroviaire.

Le contexte est d'autant plus sensible que les grèves dans le secteur des transports peuvent avoir des conséquences significatives sur une période de forte affluence comme celle du Festival de Cannes. Les usagers de la ligne TER Marseille-Nice, qu'ils soient festivaliers ou travailleurs réguliers, devront suivre de près l'évolution de la situation et les éventuelles annonces de la direction de TRSI.

Il est à noter que, dans un tel contexte, l'impact économique de la grève pourrait se faire sentir au-delà des simples désagréments de transport. Le Festival de Cannes, qui génère des millions d'euros de retombées économiques pour la région, pourrait voir son organisation affectée par des grèves, ce qui pourrait également influencer la perception des visiteurs et des professionnels du secteur.

En somme, la mobilisation des salariés de TRSI soulève des questions importantes sur les conditions de travail dans le secteur ferroviaire et sur la manière dont les opérateurs privés gèrent les attentes et les droits de leurs employés. La décision de Sud Rail de se mobiliser en plein Festival de Cannes souligne l'urgence de la situation et la nécessité d'un dialogue constructif entre les parties prenantes pour éviter des perturbations majeures.

Contexte

La ligne TER Marseille-Nice constitue un axe ferroviaire stratégique pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, reliant deux des principales agglomérations du littoral méditerranéen. Son exploitation par TRSI, filiale du groupe Transdev, est intervenue dans le cadre de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire régional, processus engagé par la loi d'orientation des mobilités de 2019. La région Sud, présidée par Renaud Muselier, a été parmi les premières collectivités à franchir le pas, attribuant en 2022 cette délégation de service public à un opérateur privé pour une durée de sept ans.

Ce basculement, effectif depuis l'été 2023, s'inscrit dans une tendance plus large de libéralisation du rail français, qui voit coexister l'opérateur historique SNCF Voyageurs avec des concurrents tels que Transdev ou la RATP. La ligne Marseille-Nice, qui dessert notamment les gares de Toulon, Saint-Raphaël et Cannes, transporte quotidiennement plusieurs dizaines de milliers de voyageurs. Sa fréquentation connaît des pics saisonniers, en particulier lors du Festival de Cannes, événement mondialement connu qui se tient chaque année au mois de mai.

Les relations sociales au sein de TRSI sont tendues depuis la reprise. Sud Rail, syndicat représentatif dans le secteur ferroviaire, a déjà organisé une première mobilisation quelques mois après le début de l'exploitation. Les revendications portent sur l'application des conventions collectives et le respect des accords de branche, dans un contexte où le statut de cheminot, propre à la SNCF, ne s'applique pas aux salariés des opérateurs privés. Le choix de la date de la grève, coïncidant avec le Festival de Cannes, n'est vraisemblablement pas anodin : il vise à maximiser la pression sur la direction en perturbant un événement à forte visibilité médiatique et économique.

Analyse

La situation à TRSI illustre les difficultés structurelles liées à l'ouverture à la concurrence du rail français. D'un côté, les opérateurs privés, soumis à des contraintes budgétaires fixées par les régions, cherchent à optimiser leurs coûts pour rester compétitifs. De l'autre, les salariés, souvent issus de la SNCF ou recrutés sur des bases moins favorables, estiment subir une dégradation de leurs conditions de travail. Le terme de "dumping social", employé par Sud Rail, renvoie à la crainte que la libéralisation ne conduise à un nivellement par le bas des droits sociaux dans le secteur.

Plusieurs lectures de ce conflit sont possibles. La première, portée par le syndicat, met en avant la responsabilité de la direction de TRSI, accusée de ne pas respecter les engagements pris lors des négociations précédentes. La seconde, défendue par l'opérateur, pourrait souligner les contraintes économiques et la nécessité d'adapter l'organisation du travail à un marché concurrentiel. Une troisième lecture, plus large, interroge le modèle même de délégation de service public : les régions, en choisissant l'offre la moins-disante, favoriseraient-elles des conditions sociales dégradées ?

Le précédent d'autres lignes reprises par des opérateurs privés, comme celle du TER Paris-Troyes ou certaines liaisons en région Centre-Val de Loire, montre que les conflits sociaux ne sont pas rares dans ce type de transition. La question centrale reste celle de l'équilibre entre compétitivité économique et qualité des conditions de travail, équilibre que ni la SNCF ni ses concurrents n'ont pleinement réussi à trouver à ce stade.

Implications

À court terme, la grève des 21, 22 et 23 mai risque de perturber significativement les déplacements des festivaliers et des professionnels se rendant à Cannes. Les alternatives de transport, comme la route via l'autoroute A8 ou le covoiturage, pourraient être saturées. La direction de TRSI devra communiquer sur les services minimums maintenus, tandis que la région Sud pourrait être amenée à faciliter des solutions de substitution. L'image de la ligne, déjà fragilisée par des retards et des incidents techniques rapportés depuis sa reprise, pourrait en pâtir.

À moyen terme, ce conflit met en lumière les fragilités du modèle d'exploitation privée des TER. Si la grève est suivie massivement, elle pourrait inciter d'autres syndicats à se mobiliser sur d'autres lignes reprises par des opérateurs concurrents. Les négociations en cours entre Sud Rail et TRSI détermineront en partie l'avenir social de l'entreprise : un accord pourrait apaiser les tensions, tandis qu'un échec prolongerait l'instabilité.

Plus largement, ce précédent pourrait influencer les décisions des autres régions françaises qui envisagent d'ouvrir leurs lignes TER à la concurrence. Les collectivités locales, confrontées à des impératifs budgétaires stricts, devront arbitrer entre le coût des délégations de service public et la nécessité de garantir des conditions de travail attractives pour recruter et fidéliser le personnel ferroviaire. Le risque, pour les usagers, est celui d'une dégradation durable de la qualité de service sur un axe pourtant vital pour l'économie touristique et quotidienne de la Côte d'Azur.

Pour aller plus loin

Ce conflit pose des questions qui dépassent le simple cadre de la ligne Marseille-Nice. Comment concilier l'ouverture à la concurrence, voulue par l'Union européenne et transposée dans le droit français, avec le maintien de conditions de travail équitables pour les cheminots ? Les régions, en tant qu'autorités organisatrices des transports, disposent-elles des moyens juridiques et financiers pour imposer des clauses sociales contraignantes dans leurs appels d'offres ? Par ailleurs, la situation à TRSI pourrait être comparée à celle d'autres opérateurs privés, comme la RATP, qui a repris certaines lignes de bus en Île-de-France, pour analyser les similitudes et les différences dans la gestion des ressources humaines. Enfin, l'issue de ce mouvement social sera scrutée par les syndicats et les directions d'autres entreprises ferroviaires, alors que le calendrier des ouvertures à la concurrence s'accélère, avec notamment la mise en service prévue de lignes TGV concurrentes à la SNCF dans les années à venir.