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Une dette qui augmente trop vite et des opérations opaques: la banque centrale des banques centrales alerte sur des signes de fragilité du boom de l'IA

Economie · · Par Julie MOREAU

Une dette qui augmente trop vite et des opérations opaques: la banque centrale des banques centrales alerte sur des signes de fragilité du boom de l'IA

La Banque des règlements internationaux (BRI), l'institution qui fédère les banques centrales du monde entier, a publié lundi un rapport dans lequel elle identi

La Banque des règlements internationaux (BRI), l'institution qui fédère les banques centrales du monde entier, a publié lundi un rapport dans lequel elle identifie des signes croissants de fragilité dans la dynamique qui a porté les marchés mondiaux depuis deux ans autour de l'intelligence artificielle. L'organisme basé à Bâle pointe notamment une progression rapide de l'endettement des grandes entreprises technologiques américaines et des opérations jugées opaques, alors que les investisseurs commencent, selon lui, à douter de la rentabilité future des investissements dans ce secteur. ## Une prudence nouvelle chez les investisseurs Selon la BRI, les investisseurs se montrent « de plus en plus prudents » quant à la rentabilité des futurs investissements dans l'IA. Cette évolution marque une inflexion notable après deux années durant lesquelles l'engouement pour cette technologie a propulsé les marchés boursiers mondiaux et soutenu la résilience de l'économie globale. « La dynamique de l'IA, qui avait propulsé les marchés boursiers et contribué à la résilience de l'économie mondiale au cours de l'année dernière, commence à montrer des signes croissants de vulnérabilité », a déclaré Frank Smets, responsable de l'analyse économique à la BRI, lors d'un échange avec des journalistes tenu vendredi, avant la publication officielle du rapport. ## L'endettement des géants technologiques en question Le rapport met en évidence un facteur de risque spécifique : la dette émise par les entreprises du secteur de l'IA, qui se chiffre en centaines de milliards de dollars. Cette masse d'emprunts pourrait contribuer à la hausse des coûts d'emprunt sur le marché des obligations d'État, les fameux « rendements », venant s'ajouter à des inquiétudes de longue date sur la viabilité des niveaux d'endettement. La BRI établit ainsi un lien direct entre la fragilité budgétaire de certains États et le financement massif du boom de l'IA par les marchés de capitaux. Cette mécanique, si elle s'amplifiait, pourrait renchérir le coût du financement public à un moment où les marges de manœuvre budgétaires sont déjà réduites. ## Un contexte mondial déjà incertain Le rapport souligne en outre un environnement global marqué par des incertitudes sur les finances publiques, exacerbées par les tensions géopolitiques et la volatilité des prix de l'énergie. Frank Smets a par ailleurs évoqué un appétit pour le risque « remarquablement résilient » de la part des investisseurs, une observation qui contraste avec les mises en garde formulées par l'institution. Cette résilience apparente pourrait toutefois masquer une revalorisation brutale si les promesses de rentabilité de l'IA venaient à tarder à se matérialiser. ## Des avertissements déjà perceptibles sur les marchés Les propos de la BRI interviennent dans un climat déjà tendu. Lundi, les actions liées à l'IA ont fortement chuté après que les dirigeants de plusieurs grandes entreprises du secteur ont averti, ce week-end, que le rythme de développement de cette technologie devait être ralenti afin d'éviter toute menace pour l'humanité. Ces prises de position, inhabituelles par leur ton, ont alimenté les interrogations sur la soutenabilité du modèle économique actuel de l'IA, fondé sur des investissements massifs dont les retours restent, pour partie, incertains. La BRI, souvent décrite comme la « banque centrale des banques centrales », joue un rôle de vigie sur les risques systémiques. Son alerte ne constitue pas une prévision de crise, mais elle signale que les ressorts du boom de l'IA — endettement croissant, opacité de certaines opérations, dépendance à la confiance des marchés — méritent une surveillance accrue. La question qui se pose désormais, pour les régulateurs comme pour les investisseurs, est celle du calendrier : la fragilité identifiée se traduira-t-elle par un simple ralentissement ou par un ajustement plus brutal des valorisations ?