Une bonne nouvelle pour les épargnants mais pas pour l'État ni la croissance: qui seront les gagnants et les perdants de la probable nouvelle hausse des taux de la Banque centrale européenne?

# BCE : une hausse des taux qui redistribue les cartes entre épargnants, emprunteurs et États La Banque centrale européenne s'apprête à annoncer jeudi une nouve
# BCE : une hausse des taux qui redistribue les cartes entre épargnants, emprunteurs et États
La Banque centrale européenne s'apprête à annoncer jeudi une nouvelle hausse de ses taux directeurs, la deuxième depuis juin, pour tenter de freiner une inflation qui a atteint en août son plus haut niveau depuis trois ans en zone euro. Si cette décision, anticipée par les marchés, constitue une relative bonne nouvelle pour les épargnants, elle risque en revanche de peser sur le pouvoir d'achat des ménages endettés, sur la croissance économique et sur les finances publiques des États membres.
## Un resserrement monétaire pour contrer une inflation à 3,3%
La BCE pourrait relever son taux de référence d'un quart de point, le portant à 2,5%, afin de refroidir une économie européenne confrontée à une inflation de +3,3% sur un an en août, selon les données citées par BFM Business. Cette hausse des prix, provoquée notamment par l'envolée des cours du pétrole et des produits raffinés comme le diesel ou le gaz, pousse l'institution de Francfort à durcir ses conditions de financement. L'objectif affiché est clair : empêcher que cette inflation importée ne se propage à l'ensemble de l'économie et ne s'installe durablement dans les prix.
La direction que prendra la Réserve fédérale américaine, qui se réunira le 16 septembre, apparaît quant à elle moins claire, laissant planer une incertitude sur le calendrier du resserrement monétaire outre-Atlantique. Jusqu'à présent, l'économie de la zone euro s'est montrée plutôt résiliente malgré un contexte économique chahuté, ce qui donne à la banque centrale davantage de latitude pour opérer ce tour de vis monétaire.
## Les ménages emprunteurs et l'État parmi les principaux perdants
La hausse des taux auxquels la BCE prête aux banques commerciales à court terme se répercute mécaniquement sur les conditions d'emprunt des ménages et des entreprises. Concrètement, un crédit plus cher signifie que les entreprises investissent moins et que les ménages consomment moins, ce qui refroidit la machine économique. "En France, les gens vont voir leur taux d'emprunt sur leurs créances hypothécaires, s'ils négocient un nouveau prêt ou s'ils négocient leurs prêts existants, monter et perdre une partie de leur pouvoir d'achat", commente Frederik Ducrozet, responsable de la stratégie et de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management, interrogé par l'AFP.
Les États ne sont pas en reste : un renchérissement du coût de l'argent alourdit mécaniquement la charge de la dette publique. Pour la France, dont la dette dépasse les 3 000 milliards d'euros, chaque hausse de taux se traduit par des intérêts supplémentaires à verser aux créanciers, réduisant d'autant la marge de manœuvre budgétaire de l'exécutif. La croissance, qualifiée "d'encore fragile" par les observateurs, pourrait également pâtir de ce resserrement des conditions financières, dans un contexte où l'économie européenne doit déjà composer avec les conséquences de la crise énergétique.
## Les banques et assureurs en position de force relative
Tous les secteurs ne sortent toutefois pas perdants de cette nouvelle donne monétaire. Les banques commerciales devraient en effet tirer profit de l'écart croissant entre les taux qu'elles rémunèrent sur les dépôts et ceux qu'elles pratiquent sur les crédits, un différentiel qui soutient leurs marges d'intérêt. Les assureurs, notamment ceux actifs dans l'assurance-vie, pourraient également bénéficier de ce renchérissement du coût de l'argent, qui leur permet de rémunérer plus généreusement leurs clients tout en améliorant leurs rendements sur les obligations souveraines.
Pour les épargnants, la hausse des taux constitue une opportunité de voir enfin rémunérés leurs livrets et contrats d'assurance-vie en euros, après une longue période de taux bas qui avait érodé le rendement réel de leur épargne. Reste que cette amélioration, si elle se confirme, devra être mise en perspective avec la persistance d'une inflation élevée, qui continue de rogner le pouvoir d'achat des ménages les plus modestes.
Le tour de vis monétaire engagé par la BCE illustre le dilemme auquel sont confrontées les banques centrales : lutter contre l'inflation sans casser une croissance déjà fragilisée. Les prochains mois diront si ce pari, qui fait des gagnants et des perdants, permettra de ramener les prix à un niveau acceptable sans sacrifier l'activité économique.