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Un seuil psychologique qui pourrait réduire l'attrait des titres américains: le taux d'emprunt des États-Unis à dix ans grimpe au-dessus de 5% pour la première fois depuis octobre 2023

Economie · · Par Julie MOREAU

Un seuil psychologique qui pourrait réduire l'attrait des titres américains: le taux d'emprunt des États-Unis à dix ans grimpe au-dessus de 5% pour la première fois depuis octobre 2023

Le rendement des bons du Trésor américain à dix ans a franchi lundi le seuil symbolique des 5 %, une première depuis octobre 2023, selon les données relayées pa

Le rendement des bons du Trésor américain à dix ans a franchi lundi le seuil symbolique des 5 %, une première depuis octobre 2023, selon les données relayées par BFM Business. Vers 14h45 GMT, il s'affichait à 4,9957 %, en hausse de deux points de base, après avoir culminé en séance à 5,0142 %. Ce niveau, étroitement surveillé par les marchés, cristallise les tensions inflationnistes et budgétaires qui pèsent sur la première économie mondiale à la veille d'une décision monétaire très attendue. ## Un seuil psychologique aux multiples ressorts La poussée du taux à dix ans ne résulte pas d'un facteur unique. Elle combine des pressions inflationnistes persistantes, des inquiétudes croissantes sur la trajectoire budgétaire américaine et des émissions massives de titres de créance. Ces dernières servent notamment à financer les dépenses liées à l'intelligence artificielle, un poste en forte expansion. À cela s'ajoute la flambée des cours de l'énergie : le baril de pétrole Brent, référence internationale, évoluait lundi autour de 109 dollars. Cette hausse est alimentée par la fermeture temporaire d'un oléoduc essentiel en Arabie saoudite après des frappes, ainsi que par le report d'une réunion des pays du Golfe et de l'Iran consacrée au détroit d'Ormuz. ## Le pétrole et la Fed au cœur des anticipations Face à ces tensions, les investisseurs obligataires exigent un rendement plus élevé pour compenser l'érosion de leur capital prêté par la hausse des prix. « Le manque de confiance dans la capacité de la Fed à agir lors de sa réunion cette semaine » amplifie ce mouvement, estime Sam Stovall, analyste chez CFRA, cité par BFM Business. Les marchés continuent de miser majoritairement sur une hausse des taux directeurs — la première depuis juillet 2023 — afin de contenir l'inflation. Cette décision, si elle se confirme, marquerait un tournant dans la politique monétaire américaine. ## Des répercussions en cascade sur les actifs Le franchissement des 5 % revêt une portée qui dépasse la sphère obligataire. Selon les analystes, ce seuil pourrait avoir des répercussions sur l'économie américaine et menacer la tendance haussière des actions, en réduisant l'attrait relatif des titres américains. Lorsque le rendement sans risque offert par la dette souveraine grimpe, l'arbitrage des investisseurs se déplace mécaniquement vers les obligations, au détriment des actions. Par ailleurs, l'échéance à long terme — trente ans — évoluait non loin de niveaux plus vus depuis 2007, signe d'une tension qui s'installe sur l'ensemble de la courbe des taux. ## Un enjeu de confiance plus large Au-delà de l'aspect technique, ce seuil interroge la crédibilité de la trajectoire budgétaire américaine. La conjonction d'émissions massives, de dépenses nouvelles et d'une inflation ravivée par l'énergie crée un cercle où chaque tension nourrit la suivante. Les opérateurs attendent désormais des signaux clairs de la Réserve fédérale sur sa capacité à reprendre la main. La réponse de l'institution, cette semaine, devrait déterminer si le cap des 5 % constitue un pic temporaire ou l'amorce d'une nouvelle phase durable de cherté du crédit souverain. Le franchissement de ce seuil rappelle que la dette américaine, longtemps refuge, n'échappe plus aux arbitrages de rendement. Reste à savoir si la Fed parviendra à rassurer des marchés désormais attentifs au moindre signe d'essoufflement budgétaire.