Un "recentrage" pour répondre aux objectifs de l'État actionnaire: la Cour des comptes appelle la Caisse des dépôts à réduire "significativement" son portefeuille de participations pour redresser les finances publiques

La Cour des comptes a publié lundi un rapport appelant la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à revoir en profondeur son portefeuille de participations. L'
La Cour des comptes a publié lundi un rapport appelant la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à revoir en profondeur son portefeuille de participations. L'institution recommande de céder les actifs qui ne s'inscrivent pas dans la doctrine de l'État actionnaire, afin de dégager des ressources susceptibles de contribuer au redressement des finances publiques. Une recommandation qui intervient dans un contexte budgétaire tendu et qui pourrait redessiner le périmètre d'un des principaux bras financiers de l'État.
## Un portefeuille qui pèse lourd dans les comptes du groupe
Le rapport met en évidence le poids considérable des filiales et participations dans la performance financière de la CDC. Sur la période 2015-2025, leur contribution au bénéfice net du groupe a atteint 22,3 milliards d'euros en cumulé, ce qui représente 64 % du résultat total de l'institution sur cette décennie. Autrement dit, près des deux tiers de la rentabilité de la Caisse proviennent de ses participations, et non de ses activités historiques de dépositaire et de prêteur. Ce constat nourrit la réflexion de la Cour des comptes : si ces actifs génèrent des profits, leur adéquation avec la mission d'intérêt général de la CDC mérite d'être interrogée.
## Une doctrine d'actionnaire recentrée sur la cohésion sociale et territoriale
La Cour des comptes rappelle que la doctrine d'actionnaire de l'État privilégie la résilience et favorise un « impact sociétal positif en encourageant le développement local et la cohésion des territoires ». Or, plusieurs participations détenues par la CDC s'écarteraient de cette ligne directrice. L'institution ne précise pas lesquelles dans les éléments rendus publics, mais elle estime qu'une revue stratégique plus approfondie du portefeuille « mériterait d'être réalisée », au-delà des revues annuelles déjà en place. L'objectif affiché est double : recentrer le portefeuille sur les actifs stratégiques et le « redimensionner significativement ».
## Quels actifs conserver, lesquels céder ?
Le rapport trace une ligne de démarcation claire. « Seraient au minimum conservées dans le portefeuille d'actifs les filiales clés comme Bpifrance, les filiales de services internes de la CDC, La Poste et la SFIL », précise la Cour des comptes. Ces entités, au cœur du financement de l'économie et de l'aménagement du territoire, resteraient donc sanctuarisées. À l'inverse, les participations jugées éloignées de cette mission pourraient faire l'objet de cessions. La Cour note d'ailleurs que la CDC a déjà entamé un mouvement de rationalisation : réduction de sa participation dans Egis en 2021, cession de Qualium Investissement et de Kepler Chevreux en 2023, ainsi que de Transdev, selon les éléments disponibles.
## Des produits de cession pour renflouer les finances publiques
Le mécanisme envisagé est explicite. Une partie des produits issus de ces cessions pourrait remonter à l'État sous forme de versements exceptionnels, contribuant ainsi au redressement des comptes publics. Cette piste s'inscrit dans un contexte où l'exécutif cherche des leviers d'économies et de recettes nouvelles. La Cour des comptes ne chiffre toutefois pas le montant potentiel de ces cessions, ce qui laisse entière la question de leur impact réel sur le déficit.
## Un enjeu stratégique autant que budgétaire
Au-delà de l'aspect financier, la recommandation soulève une question de fond : quel doit être le rôle exact de la CDC dans l'économie française ? Bras armé de l'État pour le logement social, le financement des collectivités et l'investissement de long terme, l'institution a progressivement élargi son périmètre à des participations diversifiées. Le recentrage proposé vise à clarifier cette mission. Reste à savoir si l'État suivra cette recommandation, et à quel rythme. La Cour des comptes formule une orientation, mais la décision finale appartient au gouvernement et à la direction de la Caisse.