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Un incident tous les 355 vols: ivresse, bagarres, insultes... Les incivilités à bord des avions toujours plus nombreuses mais les compagnies refusent souvent d'indemniser les autres passagers lésés (alors qu'ils y ont droit)

Economie · · Par Julie MOREAU

Un incident tous les 355 vols: ivresse, bagarres, insultes... Les incivilités à bord des avions toujours plus nombreuses mais les compagnies refusent souvent d'indemniser les autres passagers lésés (alors qu'ils y ont droit)

### Incivilités en vol : un passager perturbateur toutes les trois heures, mais les compagnies rechignent à indemniser Les retards d’avion liés à des passagers

### Incivilités en vol : un passager perturbateur toutes les trois heures, mais les compagnies rechignent à indemniser Les retards d’avion liés à des passagers ivres ou violents explosent depuis la fin de la pandémie de Covid-19, mais les compagnies aériennes refusent souvent de verser les indemnités pourtant prévues par la réglementation européenne aux autres voyageurs lésés. Selon l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA), un incident impliquant un passager indiscipliné survient en moyenne toutes les trois heures dans l’Union européenne, tandis que l’Association internationale du transport aérien (IATA) estime la fréquence mondiale à un pour 355 vols en 2025. Ces perturbations, qui coûtent des fortunes aux transporteurs, ne constituent pourtant pas automatiquement des « circonstances extraordinaires » permettant d’échapper à l’indemnisation, comme l’a rappelé la Cour de justice de l’Union européenne en 2020. ## Une multiplication des incidents depuis la fin du Covid Les incivilités à bord des avions sont devenues légion : passagers ivres, bagarres, tentatives d’ouverture de portes, insultes, agressions… le plus souvent dues à des passagers fortement alcoolisés. Selon l’EASA, environ 70 % de ces événements comportent une forme d’agression verbale ou physique. Ces incidents sont encore plus nombreux lors des pics de trafic, comme les vacances estivales. La gestion de ces passagers provoque quasiment systématiquement d’importants retards pour les vols concernés, car les appareils doivent être immobilisés au sol pour permettre aux autorités d’intervenir, parfois ils sont même déroutés lors des incidents les plus graves. L’IATA confirme que la fréquence mondiale de ces événements a été de 1 pour 355 vols en 2025, un chiffre qui illustre une tendance à la hausse depuis la reprise post-pandémique. ## Des retards qui coûtent cher aux compagnies et aux passagers Les retards causés par ces perturbations représentent un coût considérable pour les transporteurs aériens : immobilisation des appareils, intervention des forces de l’ordre, déroutements, et parfois hébergement des passagers. Mais ce sont surtout les autres voyageurs qui subissent les conséquences. En vertu de la réglementation européenne, un passager dont le vol arrive à destination avec un retard de plus de trois heures peut prétendre à une indemnisation allant jusqu’à 600 euros. Pourtant, comme le relate AirHelp, une plateforme en ligne d’assistance aux passagers, les compagnies opposent souvent un refus en invoquant des « circonstances extraordinaires ». Elles estiment que la perturbation résulte d’un événement imprévisible et extérieur à leur contrôle, ce qui leur permettrait d’échapper au paiement de l’indemnisation. ## La jurisprudence européenne remet en cause cette pratique Or, un passager perturbateur ne constitue pas automatiquement une circonstance extraordinaire. Dans un arrêt de référence rendu en 2020 (affaire C-74/19), la Cour de justice de l’Union européenne a rappelé que les compagnies aériennes doivent assumer la responsabilité des incidents causés par des passagers, sauf si elles démontrent avoir pris toutes les mesures raisonnables pour les prévenir. La Cour a notamment précisé que l’ivresse ou le comportement agressif d’un voyageur relèvent souvent d’une gestion prévisible, que les compagnies peuvent anticiper par des contrôles renforcés avant l’embarquement ou une formation adéquate du personnel de bord. En clair, le simple fait qu’un passager soit perturbateur ne suffit pas à exonérer la compagnie de son obligation d’indemnisation, contrairement à ce que beaucoup de transporteurs avancent. ## Quatre conditions strictes pour ne pas indemniser Pour échapper à l’indemnisation, les compagnies doivent remplir quatre conditions strictes, telles que définies par la réglementation européenne et la jurisprudence : prouver que l’incident constitue une circonstance extraordinaire, démontrer que toutes les mesures raisonnables ont été prises pour l’éviter, établir que le retard n’aurait pas pu être évité même avec ces mesures, et enfin, que la compagnie a informé les passagers de leurs droits. Or, dans la pratique, les transporteurs invoquent souvent la notion de « circonstance extraordinaire » de manière abusive, selon AirHelp. Les passagers lésés ont donc intérêt à contester ces refus en s’appuyant sur l’arrêt C-74/19, qui limite la portée de cette exception. ## Conclusion : un droit à indemnisation souvent méconnu Alors que les incivilités à bord des avions continuent de se multiplier, notamment pendant les périodes de forte affluence, les passagers retardés doivent savoir qu’ils disposent d’un recours juridique solide. La jurisprudence européenne de 2020 a clairement établi qu’un passager perturbateur n’excuse pas automatiquement un défaut d’indemnisation. Les compagnies aériennes, sous pression financière, persistent à refuser ces indemnités, mais les voyageurs peuvent faire valoir leurs droits auprès de plateformes comme AirHelp ou directement devant les tribunaux. Une vigilance accrue s’impose pour que les victimes de ces perturbations ne soient pas doublement pénalisées.