"Un coût démesuré de 700 millions d'euros qui ne peut perdurer en l'état": la Cour des comptes s'attaque au "tarif agent" des employés d'EDF qui ne paient que 2% du prix de l'électricité et du gaz

# La Cour des comptes épingle le "tarif agent" d'EDF : un avantage à 700 millions d'euros jugé intenable Les magistrats financiers ont rendu un verdict sans app
# La Cour des comptes épingle le "tarif agent" d'EDF : un avantage à 700 millions d'euros jugé intenable
Les magistrats financiers ont rendu un verdict sans appel. Dans un rapport publié vendredi, la Cour des comptes estime que le "tarif agent" accordé aux salariés et retraités d'EDF représente "un coût démesuré" de plus de 700 millions d'euros en 2024, et recommande une réduction progressive de cet avantage historique. Les bénéficiaires ne paieraient plus que 2% des tarifs moyens de l'électricité ou du gaz, une situation que les hauts fonctionnaires jugent impossible à maintenir en l'état.
## Un avantage historique au coût colossal
Ce "tarif agent" constitue une composante emblématique du statut des électriciens et gaziers, instauré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en même temps que la création du service public de l'énergie. Il concerne les agents statutaires d'EDF ainsi que leurs retraités, entreprise désormais détenue à 100% par l'État depuis 2023. Selon la Cour des comptes, le coût total de cet avantage en nature atteint plus de 700 millions d'euros en 2024 à l'échelle du groupe. Ce chiffre ne représente toutefois qu'une partie du passif : les engagements liés au maintien de cet avantage après l'emploi s'élèveraient à 3,9 milliards d'euros à fin 2024, soit une charge future considérable pour l'entreprise publique.
Les magistrats financiers ne remettent pas en cause le principe même d'un avantage en nature pour les salariés. En revanche, ils dénoncent l'absence totale de limitation dans son application actuelle. "Si le principe d’un avantage en nature n’est pas critiquable en soi, le fait que les agents statutaires et les retraités continuent d’en bénéficier sans aucune limitation l’est hautement", tranchent-ils dans leur rapport. La situation est d'autant plus frappante que les bénéficiaires acquittent désormais moins de 2% des tarifs moyens de l'électricité ou du gaz payés par les consommateurs ordinaires.
## Un manque à gagner fiscal de 230 millions d'euros
Au-delà du coût direct pour EDF, la Cour des comptes pointe une sous-évaluation fiscale "très nettement" problématique de cet avantage. Selon leurs calculs, cette sous-évaluation induirait un manque à gagner pour les finances publiques de 230 millions d'euros en 2024. Autrement dit, l'État, actionnaire unique d'EDF, perdrait chaque année plusieurs centaines de millions d'euros de recettes fiscales en raison de la manière dont cet avantage en nature est valorisé sur le plan fiscal et social.
Les hauts fonctionnaires proposent donc plusieurs pistes de réforme. La première consisterait à réduire progressivement cet avantage, en commençant par plafonner les consommations éligibles à la ristourne. Actuellement, celle-ci est modulée en fonction de la composition du foyer et du mode de chauffage, mais sans limite de volume. La Cour suggère également de revoir en profondeur la prise en compte fiscale et sociale de cet avantage, afin de le rapprocher de sa valeur réelle sur le marché.
## Des syndicats qui menacent de faire grève
La perspective d'un rabotage de ce "tarif agent" suscite une vive opposition syndicale. Les organisations représentatives des électriciens et gaziers n'ont pas tardé à réagir, menaçant de déclencher des mouvements de grève si le gouvernement venait à suivre les recommandations de la Cour des comptes. Pour les syndicats, cet avantage fait partie intégrante du statut des agents, un statut hérité de l'histoire du service public de l'énergie et considéré comme une compensation des contraintes spécifiques liées au métier.
Le gouvernement, qui envisageait déjà de raboter cet avantage, se trouve désormais conforté par l'analyse des magistrats financiers. La question est désormais politique : jusqu'où aller dans la réforme sans provoquer une crise sociale majeure dans une entreprise stratégique pour la souveraineté énergétique du pays ? La Cour des comptes recommande une approche progressive, mais les syndicats campent sur leurs positions, faisant de ce dossier un test pour l'exécutif à l'heure où la facture énergétique des ménages français ne cesse d'augmenter.