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"Un contresens historique" face à l'objectif de neutralité carbone en 2050: une association demande à l'Etat de "forcer Aéroports de Paris à abandonner son projet d’extension" de Roissy Charles-de-Gaulle

Economie · · Par Julie MOREAU

## Un « contresens historique » : quand l'extension de Roissy contredit la trajectoire carbone de la France L'organisation Transport & Environnement (T&E) inter

## Un « contresens historique » : quand l'extension de Roissy contredit la trajectoire carbone de la France L'organisation Transport & Environnement (T&E) interpelle l'État sur une contradiction qu'elle juge flagrante entre la politique climatique nationale et le projet d'extension de l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Dans une étude rendue publique, l'association demande à l'exécutif de renoncer à signer le nouveau contrat de régulation économique d'Aéroports de Paris (ADP) et de « forcer » l'opérateur à abandonner son projet d'agrandissement. En cause : un décalage jugé irreconciliable entre l'augmentation programmée du trafic aérien et l'objectif de neutralité carbone fixé à 2050. ## Un contrat validé pour 6 milliards d'euros En juillet dernier, l'État a validé le Contrat de régulation économique (CRE) proposé par ADP pour la période 2027-2034. Ce contrat prévoit l'extension de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle pour un montant de 6 milliards d'euros. L'ambition affichée est d'accueillir à terme 38 % de passagers supplémentaires par rapport à 2019, soit 29 millions de voyageurs additionnels, et 19 % de mouvements d'avions en plus. Ce projet s'inscrit dans une logique de développement du trafic long-courrier, portée par l'opérateur aéroportuaire et validée par l'autorité de tutelle. ## La stratégie bas-carbone prise en défaut C'est précisément cette logique que T&E conteste. L'association pointe la coexistence, au sein de l'action publique, d'« un soutien au projet d'extension de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle pour augmenter le trafic des vols long-courriers » et d'« une stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) qui prévoit de fortes réductions d'émissions pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ». Les deux trajectoires, selon elle, ne peuvent se concilier. Le chiffrage avancé par T&E est sans ambiguïté : la dernière version de la SNBC prévoit un budget carbone indicatif pour les trajets internationaux en 2050 de 3 millions de tonnes de CO2 maximum, dont environ 80 %, soit 2,4 millions de tonnes, seraient attribuables au transport aérien. ## Un dépassement du budget carbone par un facteur cinq En rapportant ces volumes à la part de Paris-CDG, qui concentre « un peu plus de la moitié des émissions du secteur », T&E en déduit que le budget carbone de l'aéroport ne devrait pas excéder 1,3 million de tonnes de CO2 par an en 2050. Or, selon son analyse, avec le projet d'extension, les émissions de la plateforme s'élèveraient à plus de 6 millions de tonnes par an à cette échéance. L'écart est considérable : cela représenterait 28 % d'émissions supplémentaires par rapport à un scénario sans projet d'extension. Autrement dit, l'aéroport consommerait à lui seul près de cinq fois l'enveloppe qui lui serait théoriquement allouée. ## Un arbitrage politique en suspens Face à ce constat, T&E formule une recommandation directe : « Si le gouvernement veut être cohérent sur sa politique climatique, il doit renoncer à signer le nouveau contrat de régulation économique et forcer Aéroports de Paris à abandonner son projet. » L'association place ainsi l'exécutif devant ses responsabilités, à un moment où la France doit démontrer la crédibilité de sa trajectoire vers la neutralité carbone. Le dossier illustre la difficulté structurelle à concilier développement d'infrastructures de transport et engagements climatiques, alors que le secteur aérien reste l'un des plus difficiles à décarboner. La décision finale appartient à l'État, actionnaire majoritaire d'ADP, qui devra trancher entre ambition économique et cohérence environnementale.