Un budget européen à 2.000 milliards d’euros? Cinq Etats membres, dont l'Allemagne et les Pays-Bas, jugent "simplement pas réaliste" la hausse de 60% proposée par Bruxelles pour la période 2028-2034

## Un budget européen à 2.000 milliards d'euros ? Cinq États membres jugent la hausse "simplement pas réaliste" La Commission européenne a proposé que le budget
## Un budget européen à 2.000 milliards d'euros ? Cinq États membres jugent la hausse "simplement pas réaliste"
La Commission européenne a proposé que le budget de l'Union européenne pour la période 2028-2034 atteigne 2.000 milliards d'euros, soit 1,26% du revenu national brut (RNB) de l'UE. Cette enveloppe représenterait une augmentation nominale d'environ 60% par rapport au budget 2021-2027. Une ambition que cinq États membres rejettent frontalement dans une tribune commune publiée dans Politico.
## Une fronde menée par l'Allemagne et les Pays-Bas
Dans ce texte, les dirigeants de l'Allemagne, du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas et de l'Autriche réclament une réduction de "plusieurs centaines de milliards d'euros" du montant proposé par Bruxelles. Ils qualifient la hausse d'environ 60% de "simplement pas réaliste", selon les termes rapportés par BFM Business. Cette position traduit une ligne de rigueur budgétaire portée par les principaux contributeurs nets au budget européen, qui refusent une accélération aussi marquée des dépenses communes.
Leur argumentaire ne porte pas uniquement sur le volume, mais aussi sur la structure de la dépense. Les cinq capitales estiment que le budget proposé "est trop axé sur des subventions et des transferts alloués en grande partie à l'avance", laissant selon elles "trop peu de place à ce dont l'Europe a un besoin urgent : des investissements communs dans la sécurité et la défense, la compétitivité, l'innovation et la lutte contre l'immigration clandestine".
## Le poids de la dette post-pandémie
Un élément chiffré alimente la controverse : sur les 2.000 milliards d'euros proposés, environ 168 milliards — soit 0,11% du RNB — seraient destinés au seul service de la dette contractée pour financer le fonds de relance post-pandémie. Ce poste de dépense, non négligeable, illustre la contrainte budgétaire héritée de l'endettement commun de l'Union. Pour les cinq États signataires, cette charge réduit d'autant la marge de manœuvre disponible pour financer de nouvelles priorités sans alourdir la contribution des États membres.
## Les bénéficiaires nets s'inquiètent
La position des cinq pays ne fait pas l'unanimité. Les bénéficiaires nets du budget — ceux qui reçoivent davantage qu'ils ne versent — craignent qu'une réduction de l'enveloppe ne se traduise par une baisse des fonds destinés aux agriculteurs, via la politique agricole commune, et à la politique de cohésion, qui vise à égaliser les niveaux de vie entre les régions les plus pauvres et les plus riches d'Europe. Ces deux postes historiques représentent une part significative des transferts vers les États d'Europe centrale et méridionale, qui défendent donc le maintien d'un budget ambitieux.
## L'Espagne propose un aménagement de la dette
Sur le volet du remboursement, une piste alternative émerge. L'Espagne a proposé de modifier le calendrier de remboursement d'une partie de l'emprunt de l'UE destiné à la relance. Selon le ministre espagnol de l'Économie, Carlos Cuerpo, il s'agirait de lier ce remboursement à la croissance économique et de l'étaler sur une période plus longue, ce qui permettrait, selon lui, de dégager des marges de manœuvre. Cette approche vise à concilier la soutenabilité des finances européennes avec le maintien d'un niveau d'investissement élevé.
## Objectif : un accord avant la fin de l'année
Les négociations s'annoncent donc serrées. Bruxelles vise un accord avant la fin de l'année, ce qui suppose de rapprocher des positions encore éloignées : d'un côté, une Commission qui défend une enveloppe de 2.000 milliards d'euros recentrée sur les priorités stratégiques ; de l'autre, cinq États membres qui exigent une coupe de plusieurs centaines de milliards et une réorientation des dépenses vers la défense, la compétitivité et l'innovation. L'issue de ce bras de fer déterminera l'ampleur réelle de la solidarité budgétaire européenne pour la prochaine décennie, à un moment où les besoins d'investissement communs sont pourtant jugés croissants.