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« Ukraine, la culture en guerre », sur Public Sénat : comment l’armée de Vladimir Poutine tente de tuer l’âme d’une nation

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

« Ukraine, la culture en guerre », sur Public Sénat : comment l’armée de Vladimir Poutine tente de tuer l’âme d’une nation

Depuis le 24 février 2022, l’invasion russe menée par Vladimir Poutine ne se limite pas aux champs de bataille. Monuments, musées et biens culturels sont égalem

Depuis le 24 février 2022, l’invasion russe menée par Vladimir Poutine ne se limite pas aux champs de bataille. Monuments, musées et biens culturels sont également pris pour cible, dans ce que de nombreux observateurs décrivent comme une tentative méthodique d’effacer l’identité nationale ukrainienne. Le documentaire « Ukraine, la culture en guerre », diffusé sur Public Sénat, propose une plongée au cœur de cette destruction silencieuse mais féroce, à travers le regard du réalisateur Thomas Raguet. ### Une stratégie de destruction ciblée Dès les premières heures de l’offensive, les frappes ne se sont pas contentées d’atteindre des infrastructures militaires ou énergétiques. Des dizaines de sites patrimoniaux ont été endommagés ou détruits, des églises en bois classées aux théâtres municipaux, en passant par des bibliothèques abritant des manuscrits rares. Selon les informations rapportées par Le Monde Culture, cette violence exercée contre le patrimoine répondrait à une logique bien précise : anéantir les traces matérielles d’une culture jugée « ennemie ». Les témoignages recueillis par Thomas Raguet suggèrent que ces actes ne relèvent pas de dommages collatéraux, mais d’une volonté délibérée de briser la mémoire collective. ### Des gardiens de mémoire face à l’adversité Le documentaire met en lumière le travail acharné de celles et ceux qui refusent de laisser disparaître cet héritage. Conservateurs, restaurateurs, artistes et simples citoyens se sont organisés en réseaux clandestins pour évacuer les œuvres majeures vers des lieux sécurisés, souvent à l’étranger. D’autres, restés sur place, documentent chaque destruction avec une précision d’archivistes, créant ainsi un registre des pertes destiné aux futures commissions de justice. Ces femmes et ces hommes, dont les visages sont parfois dissimulés pour leur protection, incarnent une résistance culturelle qui dépasse le simple cadre artistique. Leur combat, tel que présenté dans le film, vise à préserver la possibilité même d’une mémoire nationale après la guerre. ### La culture comme champ de bataille symbolique Au-delà de la sauvegarde matérielle, c’est une guerre des récits qui se joue. En s’attaquant aux symboles, l’armée russe tenterait, selon les analyses développées dans le documentaire, de saper le moral d’une population dont la cohésion repose en partie sur son histoire partagée. Cette dimension symbolique explique pourquoi des lieux aussi variés que des monuments aux morts soviétiques, des statues de poètes ou des fresques murales contemporaines ont tous été visés. Thomas Raguet souligne que chaque pierre détruite est une tentative de réécrire le passé, d’imposer une version unique de l’histoire. Les artistes ukrainiens, interrogés dans le film, répondent par la création : expositions improvisées dans les métros, concerts dans les abris, poèmes imprimés sur des affiches de rue. ### Un document nécessaire pour la mémoire future « Ukraine, la culture en guerre » s’impose comme un témoignage essentiel, non seulement pour comprendre l’ampleur des destructions, mais aussi pour mesurer la résilience d’une nation. Le travail de documentation mené par les équipes locales, dont certaines images sont diffusées pour la première fois, constitue une preuve précieuse pour les enquêtes internationales sur les crimes de guerre. Le film de Public Sénat, en donnant la parole aux acteurs de terrain, rappelle que la protection du patrimoine est indissociable de la protection des peuples. Alors que le conflit s’enlise, cette mémoire filmée pourrait bien devenir, à l’avenir, l’un des piliers de la reconstruction identitaire de l’Ukraine. Une chose est certaine : la culture, loin d’être un luxe en temps de guerre, se révèle être un enjeu stratégique de première importance.