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Turquie: obtenir un visa Schengen pour voyager en Europe est devenu au parcours du combattant

Monde · · Par Claire BERNARD

Turquie: obtenir un visa Schengen pour voyager en Europe est devenu au parcours du combattant

Turquie : le visa Schengen, un parcours semé d’embûches pour les citoyens turcs Alors que les ressortissants européens peuvent se rendre en Turquie sans formali

Turquie : le visa Schengen, un parcours semé d’embûches pour les citoyens turcs

Alors que les ressortissants européens peuvent se rendre en Turquie sans formalité particulière, leurs homologues turcs font face à des difficultés croissantes pour obtenir un visa leur permettant de voyager dans l’espace Schengen. Selon un reportage de RFI publié le 28 juillet 2026, la procédure est devenue un véritable « parcours du combattant », marquée par des délais interminables, des rendez-vous quasi impossibles à décrocher et une augmentation significative des refus.

Une demande en forte hausse et des refus en recrudescence

Près de 1,3 million de citoyens turcs auraient déposé une demande de visa Schengen en 2025, selon les données compilées par la presse locale. Cette affluence croissante, couplée à un durcissement des procédures, nourrit ce que les médias turcs qualifient désormais de « crise des visas ». Les consulats des États membres de l’espace Schengen, délégataires d’une partie de leurs missions à des prestataires privés, exigeraient désormais un nombre de justificatifs bien plus important qu’auparavant, rendant la constitution du dossier plus complexe et aléatoire.

L’exemple de Mehmet Kaan, rencontré par RFI à Ankara, illustre cette situation. Ce ressortissant turc, qui venait d’obtenir un visa pour la Lituanie, a confié avoir subi des refus de la part de cinq États européens en l’espace de deux ans. Le motif invoqué était systématiquement le même : un « doute » sur son intention de revenir en Turquie après son séjour. « Cela a été tellement long et fatigant que je n’en profite pas totalement », a-t-il déclaré, brandissant son passeport.

Des intermédiaires prospèrent sur un marché sous tension

Face à ces difficultés, un marché parallèle de l’accompagnement administratif s’est développé. Mustafa Ege, un « consultant en visas » basé à Ankara, facture en moyenne 250 euros ses services d’aide à la préparation des dossiers. Depuis cinq ans, il assiste des clients désireux de maximiser leurs chances d’obtenir le précieux sésame. Selon lui, la hausse des refus serait attribuable à une double cause : l’augmentation mécanique du nombre de demandes, mais aussi un durcissement des critères d’examen par les consulats. « Ils regardent de près l’historique de voyage, les attaches familiales et professionnelles, la situation bancaire », explique-t-il.

Cette situation génère un sentiment de frustration et d’injustice au sein de la population turque. Pour beaucoup, l’obtention d’un visa Schengen est perçue non seulement comme une formalité administrative, mais aussi comme un indicateur de la qualité des relations bilatérales entre la Turquie et l’Union européenne. L’impossibilité de voyager librement est vécue comme une entrave à la mobilité et à l’ouverture sur le monde.

Un enjeu diplomatique et économique sous-jacent

Au-delà de l’aspect individuel, cette « crise des visas » pourrait avoir des répercussions sur les relations entre Ankara et Bruxelles. La Turquie, candidate à l’adhésion à l’Union européenne, négocie depuis des années un accord de libéralisation des visas, conditionné à la mise en œuvre de réformes dans les domaines de la sécurité et de la migration. Les blocages actuels risquent d’alimenter un sentiment anti-européen et de compliquer davantage un dialogue déjà fragile.

Pour les voyageurs turcs, l’espoir d’une simplification administrative semble encore lointain. En attendant, l’obtention d’un visa Schengen reste une épreuve semée d’embûches, où la persévérance et l’assistance d’intermédiaires spécialisés deviennent presque incontournables.