Stress, tristesse, fatigue… Coralie Coste, psychologue pionnière, au chevet de la santé mentale des pompiers face à l’impact des mégafeux

Dans l’Hérault, les sapeurs-pompiers font face à une charge psychologique croissante, accentuée par la répétition d’épisodes de mégafeux ces dernières saisons.
Dans l’Hérault, les sapeurs-pompiers font face à une charge psychologique croissante, accentuée par la répétition d’épisodes de mégafeux ces dernières saisons. Stress opérationnel, confrontation à la détresse humaine et aux images de destruction de paysage, épuisement : cette population professionnelle est particulièrement exposée aux risques psychologiques. Pour y répondre, Coralie Coste, psychologue pionnière, a développé une approche spécifique auprès des unités du département, selon des informations rapportées par Midi Libre.
## Une exposition chronique aux traumatismes
Le métier de sapeur-pompier implique une confrontation régulière à des situations extrêmes, dont l’impact sur la santé mentale ne se mesure pas toujours à court terme. D’après les éléments relayés par nos confrères de Midi Libre, les interventions liées aux incendies de grande ampleur cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité : la violence des flammes, l’urgence vitale, mais aussi la perte de repères paysagers et matériels. Ces éléments pourraient expliquer l’apparition de symptômes différés chez certains agents, allant de troubles du sommeil à des états de tristesse persistante.
Par ailleurs, la saison des feux, qui s’étend désormais sur une période plus longue en raison des sécheresses à répétition, réduit les temps de récupération entre deux mobilisations. Cette intensification du rythme opérationnel, couplée à une charge émotionnelle élevée, semblerait favoriser un épuisement professionnel progressif. Les témoignages recueillis auprès des équipes évoquent également une fatigue chronique qui ne se résorbe pas avec les simples périodes de repos réglementaires.
## Une prise en charge pensée pour le terrain
Coralie Coste intervient directement au sein des casernes, une approche qui rompt avec les dispositifs classiques de consultation en cabinet. Selon le quotidien régional, cette méthode permettrait d’abaisser le seuil de recours aux soins, les pompiers étant traditionnellement réticents à exprimer leurs difficultés psychologiques. La présence régulière de la psychologue sur les lieux d’exercice professionnel faciliterait l’émergence d’une parole plus spontanée, loin des contraintes administratives habituelles.
Son travail ne se limite toutefois pas à l’écoute individuelle. Il s’inscrit dans une démarche plus large de prévention, incluant des séances de débriefing après les interventions les plus lourdes et des ateliers collectifs destinés à renforcer la cohésion des équipes. Cette approche, encore rare en France, pourrait servir de modèle pour d’autres départements confrontés aux mêmes enjeux, alors que les projections climatiques anticipent une aggravation des risques d’incendie dans le sud du pays.
## Un enjeu de santé publique encore sous-estimé
La question de la santé mentale des sapeurs-pompiers demeure largement sous-documentée au niveau national, malgré l’augmentation des feux de végétation observée depuis plusieurs années. Les données recueillies dans l’Hérault, bien que partielles, suggèrent que les conséquences psychologiques des mégafeux pourraient être plus durables que les dommages matériels eux-mêmes. Des études comparatives menées sur d’autres corps de métiers exposés à des traumatismes répétés, comme les personnels soignants, tendent à confirmer cette hypothèse.
Toutefois, les dispositifs de suivi existants peinent à intégrer cette dimension dans les politiques de prévention des risques professionnels. Les moyens alloués à la psychologie d’urgence restent limités, et les effectifs spécialisés ne suffisent pas toujours à couvrir l’ensemble des centres de secours d’un département. Cette situation pourrait évoluer si les retours d’expérience locaux, comme celui mené par Coralie Coste, étaient davantage pris en compte par les instances décisionnaires.
## Vers une généralisation des dispositifs d’accompagnement
L’initiative héraultaise s’inscrit dans un mouvement plus large de professionnalisation de l’accompagnement psychologique des forces de sécurité et de secours. Plusieurs services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) auraient d’ailleurs entamé des réflexions similaires, selon des sources concordantes. La reconnaissance officielle de la « fatigue compassionnelle » comme risque professionnel pourrait constituer une avancée décisive dans la protection de ces personnels.
À l’heure où les effets du dérèglement climatique se font sentir avec une acuité croissante, la pérennité des dispositifs de soutien psychologique apparaît comme un enjeu central pour maintenir la capacité opérationnelle des sapeurs-pompiers. L’expérience menée dans l’Hérault, bien que locale, offre un cadre d’analyse utile pour anticiper les besoins futurs et adapter les réponses institutionnelles à une réalité de terrain en mutation rapide.