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Souveraineté : Mistral AI face aux députés - 12/05

Economie · · Par Julie MOREAU

Souveraineté : Mistral AI face aux députés - 12/05

## L'essentiel Le 12 mai 2023, Mistral AI, une start-up française spécialisée dans l'intelligence artificielle, a été auditionnée par les députés dans le cadre

L'essentiel

Le 12 mai 2023, Mistral AI, une start-up française spécialisée dans l'intelligence artificielle, a été auditionnée par les députés dans le cadre d'une discussion plus large sur la souveraineté technologique de la France et de l'Europe. Cette rencontre s'inscrit dans un contexte où la question de l'autonomie numérique est devenue cruciale face à la domination des géants américains du secteur technologique.

Cette audition fait écho à notre précédent article sur la même audition, où nous détaillions les échanges entre les députés et le co-fondateur de Mistral AI.

D'après les informations relayées par BFM Business, Mistral AI a présenté ses ambitions et ses projets en matière d'intelligence artificielle, soulignant l'importance de développer des solutions locales pour réduire la dépendance aux technologies étrangères. La start-up, fondée en 2021, a rapidement gagné en notoriété grâce à ses modèles d'IA, notamment un modèle open-source qui pourrait rivaliser avec ceux de grandes entreprises comme OpenAI et Google.

Cette quête de souveraineté technologique se retrouve aussi dans les transports, comme en témoigne la récente annonce de la SNCF pour augmenter le nombre de trains en Bretagne d'ici 2040.

Lors de cette audition, les députés ont exprimé leur intérêt pour les initiatives permettant de renforcer la souveraineté numérique de la France. Les membres de la commission ont posé des questions sur les enjeux de la régulation, de la sécurité des données et de la protection de la vie privée, des thèmes qui ont suscité des débats animés au sein de l'Assemblée nationale. Mistral AI a souligné qu'une approche collaborative entre le secteur public et privé serait essentielle pour construire un écosystème d'IA robuste et sécurisé.

Un des points clés abordés durant cette audition a été la nécessité d'un soutien accru de la part de l'État pour encourager l'innovation locale. Mistral AI a plaidé pour des financements et des incitations fiscales destinés à favoriser la recherche et le développement dans le domaine de l'intelligence artificielle. Les députés ont fait écho à ces préoccupations, reconnaissant que la France doit investir davantage pour ne pas se laisser distancer par d'autres pays, notamment les États-Unis et la Chine.

En parallèle, le contexte international accentue la pression sur les gouvernements européens pour qu'ils prennent des mesures concrètes en matière de souveraineté technologique. La guerre en Ukraine a mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement technologiques et l'importance de disposer d'alternatives locales. L'accent mis par Mistral AI sur la souveraineté numérique s'inscrit dans cette dynamique, le modèle de l'open-source étant présenté comme un moyen de garantir une plus grande transparence et un meilleur contrôle sur les technologies utilisées.

Les députés ont également évoqué les enjeux liés à la formation et à l'éducation dans le domaine de l'IA. La nécessité de former des talents locaux pour soutenir l'écosystème technologique a été soulignée, avec l'idée que l'État doit jouer un rôle actif dans la création de programmes éducatifs adaptés. Mistral AI a partagé ses initiatives de formation, visant à accompagner les étudiants et les professionnels dans l'apprentissage des compétences nécessaires pour évoluer dans ce secteur en constante évolution.

Finalement, cette audition de Mistral AI devant les députés semble marquer un tournant dans la prise de conscience politique des enjeux liés à la souveraineté numérique. La volonté de promouvoir une technologie locale et sécurisée pourrait bien devenir l'un des axes stratégiques de la France dans les années à venir. Les discussions qui ont eu lieu lors de cette rencontre pourraient influencer les futures décisions politiques et fiscales, orientant ainsi le pays vers une autonomie accrue dans le domaine des technologies avancées.

La question de la souveraineté numérique reste donc au cœur des préoccupations des décideurs politiques, et les initiatives comme celles de Mistral AI pourraient jouer un rôle déterminant dans la construction d'une Europe plus indépendante sur le plan technologique. L'avenir de l'IA en France dépendra largement de la capacité des acteurs locaux à innover et à s'imposer face à la concurrence internationale.

Contexte

Cette audition de Mistral AI s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience, en France et en Europe, de la dépendance technologique vis-à-vis des acteurs états-uniens et chinois. Depuis le début des années 2010, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ont progressivement consolidé leur emprise sur les infrastructures numériques, les données et les technologies clés, dont l'intelligence artificielle. Parallèlement, la montée en puissance de la Chine, avec des entreprises comme Baidu, Alibaba ou Tencent, a accentué la compétition mondiale.

Le discours sur la souveraineté numérique a connu une accélération significative à partir de 2018, avec l'entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD), première tentative européenne d'affirmer un cadre réglementaire autonome. Plus récemment, la guerre en Ukraine, en 2022, a agi comme un révélateur : les sanctions occidentales contre la Russie et les risques de cyberattaques ont exposé la fragilité des chaînes d'approvisionnement en composants électroniques et en logiciels critiques.

Dans ce paysage, Mistral AI occupe une position singulière. Fondée en 2021 par d'anciens chercheurs de Meta et de Google, la start-up parisienne a rapidement attiré l'attention en levant des fonds importants, notamment auprès de fonds d'investissement français et européens. Son positionnement open-source la distingue des approches propriétaires d'OpenAI ou de Google, et répond à une demande croissante de transparence et de contrôle, notamment de la part des institutions publiques et des entreprises soucieuses de leur souveraineté.

L'audition du 12 mai 2023 intervient alors que le Parlement européen débat du projet de règlement sur l'intelligence artificielle (AI Act), qui vise à établir un cadre juridique harmonisé pour le développement et l'utilisation de l'IA dans l'Union européenne. La question de l'équilibre entre innovation et régulation, ainsi que celle de la compétitivité face aux géants étrangers, sont au cœur des discussions.

Analyse

L'audition de Mistral AI devant les députés illustre une évolution notable du discours politique : la souveraineté technologique n'est plus seulement un thème de spécialistes, mais devient un enjeu central de la politique industrielle et de la sécurité nationale. Plusieurs lectures de cet événement sont possibles.

D'un côté, on peut y voir une reconnaissance bienvenue du potentiel de l'écosystème français de l'IA. Mistral AI incarne une tentative crédible de créer un champion européen capable de concurrencer les acteurs américains, au moins sur certains segments. L'approche open-source, en particulier, pourrait offrir une alternative aux modèles propriétaires, en facilitant l'audit, la personnalisation et le déploiement dans des contextes sensibles (administration, défense, santé). Dans cette optique, l'audition serait le signe d'un alignement entre les intérêts privés et publics.

D'un autre côté, il convient de ne pas surestimer la portée de cette rencontre. Les déclarations de Mistral AI devant les députés relèvent en partie d'un exercice de lobbying classique : obtenir des financements publics, des incitations fiscales, et influencer le cadre réglementaire en faveur de ses intérêts. La start-up, comme toute entreprise, cherche à maximiser ses chances de succès dans un marché hautement concurrentiel. La question de la souveraineté peut servir d'argument pour justifier des subventions, sans garantie que les technologies développées soient effectivement déployées au service de l'intérêt général.

Enfin, il faut replacer cette audition dans le contexte plus large de la politique industrielle française. Historiquement, la France a souvent oscillé entre une volonté d'indépendance technologique (Plan Calcul dans les années 1960, Minitel, Airbus) et une ouverture aux marchés mondiaux. Le soutien à Mistral AI pourrait s'inscrire dans cette tradition, mais il reste à voir si les moyens déployés seront à la hauteur des ambitions affichées, et si le modèle économique de la start-up permettra une croissance durable face à des concurrents disposant de ressources financières et humaines bien supérieures.

Implications

À court terme, l'audition de Mistral AI pourrait avoir plusieurs conséquences concrètes. D'abord, elle pourrait renforcer la visibilité de la start-up auprès des pouvoirs publics et faciliter l'obtention de contrats avec l'administration ou des entreprises publiques. Ensuite, elle pourrait influencer les débats parlementaires sur le budget alloué à la recherche en IA, ou sur les modalités du futur AI Act européen. Les députés, sensibilisés aux enjeux de souveraineté, pourraient être plus enclins à soutenir des mesures favorisant les acteurs locaux, comme des crédits d'impôt recherche spécifiques ou des clauses de préférence nationale dans les marchés publics.

À moyen terme, les implications sont plus incertaines et dépendront de plusieurs facteurs. La capacité de Mistral AI à maintenir son avance technologique, à recruter des talents et à fidéliser une clientèle sera déterminante. Si la start-up parvient à commercialiser avec succès ses modèles d'IA, elle pourrait contribuer à créer un écosystème français de l'IA plus solide, attirant d'autres investissements et favorisant l'émergence de nouvelles entreprises. Dans ce scénario, la souveraineté numérique française ferait un pas en avant significatif.

En revanche, si Mistral AI échouait ou était rachetée par un acteur étranger, l'audition ne resterait que comme un épisode symbolique, sans impact durable. Le risque d'une dépendance renouvelée, voire accrue, vis-à-vis des géants américains ou chinois serait alors réel. Par ailleurs, la concurrence avec d'autres start-up européennes, comme l'allemande Aleph Alpha ou la néerlandaise Axelera AI, pourrait fragmenter les efforts et limiter l'émergence d'un champion continental. Enfin, l'évolution rapide du secteur, avec l'arrivée de nouveaux modèles toujours plus performants, pourrait rendre obsolètes les technologies développées par Mistral AI avant même leur déploiement à grande échelle.

Pour aller plus loin

Cette audition ouvre plusieurs questions qui méritent d'être suivies de près. Comment l'État français compte-t-il articuler son soutien à Mistral AI avec les initiatives européennes, comme le programme Digital Europe ou le futur fonds pour l'IA ? Quelle sera la position de la France dans les négociations sur l'AI Act, notamment sur les exemptions pour les modèles open-source ? Par ailleurs, le modèle économique de l'open-source, souvent présenté comme un gage de transparence, peut-il être compatible avec une rentabilité suffisante pour assurer la pérennité de l'entreprise ?

Enfin, la question de l'éthique et de la responsabilité des IA reste entière. Comment garantir que les modèles développés par Mistral AI, ou tout autre acteur, ne soient pas utilisés à des fins de surveillance de masse, de désinformation ou de discrimination ? Les débats parlementaires sur ces sujets sont appelés à se multiplier, et l'audition du 12 mai 2023 n'en est qu'une première étape. Il conviendra de suivre les prochains rendez-vous, comme les discussions budgétaires à l'automne, ou