Soudan: le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ordonne une «enquête urgente» sur la situation à El-Obeid

Soudan : le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ordonne une « enquête urgente » sur la situation à El-Obeid Le Conseil des droits de l’homme des Nations unie
Soudan : le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ordonne une « enquête urgente » sur la situation à El-Obeid
Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a ordonné ce lundi 6 juillet 2026 l’ouverture d’une « enquête urgente » sur les violences commises contre les civils à El-Obeid, capitale du Kordofan du Nord, au centre du Soudan. Depuis trois semaines, cette ville, assiégée il y a plusieurs mois par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), subit des attaques d’une intensité inédite, selon des informations rapportées par RFI. Cette décision onusienne intervient alors que la communauté internationale s’inquiète d’une escalade des hostilités dans une région déjà marquée par des années de conflit.
Des violences sans précédent dans une ville assiégée
Selon des sources diplomatiques citées par RFI, El-Obeid, qui comptait avant le conflit environ 300 000 habitants, est le théâtre d’affrontements particulièrement meurtriers depuis fin juin 2026. Les Forces de soutien rapide, dirigées par le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », auraient intensifié leurs opérations militaires autour de la ville, ciblant notamment les quartiers résidentiels et les infrastructures civiles. Des organisations humanitaires locales, dont certaines ont requis l’anonymat par crainte de représailles, évoquent un nombre élevé de victimes civiles, sans qu’un bilan officiel n’ait encore été communiqué. Le siège, initialement imposé par les FSR en 2024, aurait été partiellement levé à plusieurs reprises sous la pression des forces armées soudanaises, mais la situation sécuritaire demeurerait extrêmement précaire.
La décision du Conseil des droits de l’homme
La résolution adoptée ce lundi à Genève, à l’issue d’une session extraordinaire, mandate une équipe d’enquêteurs internationaux pour se rendre sur place « dans les plus brefs délais », selon le texte consulté par RFI. Le Conseil des droits de l’homme, qui s’appuie sur des témoignages et des images satellites collectées par des ONG, soupçonne des violations graves du droit international humanitaire, notamment des exécutions sommaires, des violences sexuelles et des entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire. Cette enquête, qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois, vise à documenter les faits et à identifier les responsables potentiels, en vue de possibles poursuites devant la Cour pénale internationale. La décision a été saluée par plusieurs ambassadeurs occidentaux, tandis que des représentants de pays africains ont appelé à la retenue pour ne pas compromettre les efforts de médiation en cours.
Un conflit aux racines profondes
Le Soudan est plongé dans une guerre civile dévastatrice depuis avril 2023, opposant l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, aux Forces de soutien rapide de Hemedti. El-Obeid, située à environ 350 kilomètres au sud-ouest de Khartoum, est un carrefour stratégique pour le contrôle des routes commerciales et des approvisionnements en armes. Selon un rapport de l’ONU publié en mars 2025, plus de 12 millions de Soudanais ont été déplacés à l’intérieur du pays, et environ 8 millions souffrent d’insécurité alimentaire aiguë. Les violences à El-Obeid pourraient aggraver cette crise humanitaire, d’autant que la ville abrite l’un des principaux hôpitaux de la région, lequel serait régulièrement pris pour cible, selon des témoignages recueillis par des correspondants locaux.
Des implications régionales et internationales
Cette nouvelle escalade survient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre les parties belligérantes. Les pourparlers de paix, parrainés par l’Arabie saoudite et les États-Unis, sont dans l’impasse depuis plusieurs mois, chaque camp accusant l’autre de violations du cessez-le-feu. Par ailleurs, des experts en géopolitique consultés par RFI soulignent que le conflit soudanais attire des acteurs étrangers, notamment les Émirats arabes unis, soupçonnés de fournir un soutien logistique aux FSR, et l’Égypte, qui appuie l’armée régulière. L’enquête ordonnée par le Conseil des droits de l’homme pourrait raviver les débats au sein de l’Assemblée générale des Nations unies sur la nécessité d’un embargo sur les armes à destination du Soudan, une mesure réclamée par plusieurs ONG mais bloquée jusqu’à présent par des divergences entre membres permanents du Conseil de sécurité.
Perspectives et enjeux à venir
Alors que les combats se poursuivent à El-Obeid, la communauté internationale observe avec inquiétude les conséquences humanitaires de cette offensive. L’ONU a déjà prévenu que la saison des pluies, qui débute en juillet, pourrait entraver davantage l’accès aux populations civiles, déjà privées d’eau potable et de soins médicaux. L’enquête urgente, bien que saluée, pourrait se heurter à des obstacles logistiques et sécuritaires majeurs, les FSR contrôlant une grande partie du territoire autour de la ville. Son issue dépendra en grande partie de la capacité des enquêteurs à accéder aux zones de conflit et à recueillir des témoignages directs, dans un pays où les violences contre les journalistes et les défenseurs des droits humains se sont multipliées ces derniers mois.