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«Son nom est Delphine Aussaguel» : pourquoi ne dit-on plus Delphine Jubillar ?

Une · · Par Claire BERNARD

«Son nom est Delphine Aussaguel» : pourquoi ne dit-on plus Delphine Jubillar ?

«Son nom est Delphine Aussaguel» : pourquoi ne dit-on plus Delphine Jubillar ? Alors que l’affaire Jubillar continue de défrayer la chronique judiciaire et médi

«Son nom est Delphine Aussaguel» : pourquoi ne dit-on plus Delphine Jubillar ?

Alors que l’affaire Jubillar continue de défrayer la chronique judiciaire et médiatique, un changement sémantique discret mais significatif s’opère dans les rédactions et les cabinets d’avocats. De plus en plus de médias et d’acteurs judiciaires emploient désormais le nom de jeune fille de la disparue, Delphine Aussaguel, en lieu et place du nom marital sous lequel elle était jusqu’alors principalement connue. Selon les informations rapportées par Le Figaro, l’avocat Laurent de Caunes, qui représente les intérêts de la famille, estime qu’il s’agit d’une « évolution naturelle du regard porté sur cette affaire ».

Une évolution du regard médiatique et judiciaire

L’affaire débute dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, lorsque Delphine Jubillar, une infirmière de 33 ans, disparaît de son domicile de Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Son mari, Cédric Jubillar, est mis en examen pour meurtre conjugal et placé en détention provisoire depuis juin 2021. Pendant près de deux ans, les médias ont quasi systématiquement employé le nom « Delphine Jubillar », reprenant le patronyme de son époux, conformément à l’usage courant dans la société française où la femme prend souvent le nom de son mari après le mariage. Cependant, l’évolution de la procédure et la qualification des faits – un possible féminicide – ont conduit à une relecture de cette appellation.

D’après des sources proches du dossier, l’utilisation du nom de jeune fille, Delphine Aussaguel, vise à « restituer à la victime son identité propre, distincte de celle de son mari présumé meurtrier ». Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de sensibilisation aux violences conjugales et à la place des femmes dans les affaires judiciaires. Laurent de Caunes, interrogé par Le Figaro, a souligné que ce changement de nom « permet de recentrer l’attention sur la personne disparue et non sur le couple ou le suspect ». Il ajoute que « Delphine n’est pas seulement l’épouse de Cédric Jubillar ; elle est d’abord Delphine Aussaguel, une femme, une mère, une infirmière, une personne à part entière ».

Un choix symbolique et juridique

Le choix de Delphine Aussaguel n’est pas anodin. Il répond à une double logique : symbolique d’une part, en affirmant l’individualité de la victime face à un système qui tend à l’effacer derrière le nom marital ; juridique d’autre part, car Delphine n’a jamais officiellement changé d’état civil. En France, le mariage ne modifie pas automatiquement le nom de famille : chaque époux conserve son nom de naissance sur les documents officiels (carte d’identité, passeport, actes notariés). L’usage du nom marital est une pratique sociale, non une obligation légale. Ainsi, sur le plan administratif, Delphine est restée « Aussaguel » tout au long de sa vie.

Ce retour au nom de naissance est également porté par les proches de la disparue. Sa famille, notamment ses parents et sa sœur, n’a jamais cessé de l’appeler Delphine Aussaguel dans leurs témoignages et leurs appels à témoins. Selon des informations recueillies auprès de l’entourage familial, ils considèrent que « le nom Jubillar appartient désormais à l’accusé et à l’affaire criminelle, pas à la mémoire de notre fille ». Cette position a été relayée par plusieurs associations féministes, qui militent pour que les médias cessent de désigner les femmes victimes de violences conjugales par le nom de leur agresseur présumé.

Une pratique qui se généralise dans les rédactions

Le changement d’appellation observé dans l’affaire Jubillar s’inscrit dans une tendance plus large au sein des médias français. Depuis plusieurs années, des rédactions comme Le Monde, France Info ou Mediapart ont adopté des chartes éditoriales visant à ne plus utiliser le nom marital des femmes victimes de féminicide ou de disparition suspecte. L’objectif est de ne pas contribuer, même involontairement, à une forme de « confiscation identitaire » au profit du conjoint mis en cause. Dans le cas présent, Le Figaro précise que la rédaction a tranché en faveur de « Delphine Aussaguel » après avoir consulté des responsables juridiques et des associations de défense des victimes.

Cependant, cette évolution ne fait pas l’unanimité. Certains médias estiment que le changement de nom en cours de procédure pourrait semer la confusion chez le public, habitué depuis deux ans à entendre « Delphine Jubillar ». D’autres, au contraire, jugent que la persistance à utiliser le nom marital relève d’un réflexe patriarcal qu’il convient de corriger. Laurent de Caunes, tout en saluant la démarche, a tempéré : « Il ne s’agit pas d’une obligation morale absolue, mais d’une question de cohérence et de respect. Chaque média est libre de faire son choix, mais il est important d’en comprendre les implications. »

Quelle suite pour l’affaire ?

Le changement de nom intervient alors que l’instruction judiciaire touche à sa fin. Cédric Jubillar reste mis en examen pour meurtre sur conjoint, et les investigations se poursuivent pour tenter de localiser le corps de Delphine. Selon des sources judiciaires, la date du procès aux assises n’est pas encore fixée, mais pourrait intervenir d’ici fin 2024 ou début 2025. En attendant, la mémoire de Delphine Aussaguel est désormais dissociée de celle de son mari, tant dans les médias que dans l’esprit du public. Une évolution qui, si elle ne change rien aux faits, modifie en profondeur la manière dont la société perçoit les victimes de violences conjugales : non plus comme des épouses, mais comme des femmes à part entière.