Son magasin est pile sur la frontière entre États-Unis et Canada: Trump menace l'improbable business de ce Québécois qui fait passer les colis d’un pays à l’autre

## Un commerce à cheval sur la frontière canado-américaine menacé par les droits de douane L'Halfway House, établissement situé entre Dundee (Québec) et Fort Co
## Un commerce à cheval sur la frontière canado-américaine menacé par les droits de douane
L'Halfway House, établissement situé entre Dundee (Québec) et Fort Covington (New York), incarne une singularité géographique rare : son bâtiment est traversé par la frontière entre le Canada et les États-Unis. Son propriétaire, Louis Patenaude, y a développé un modèle économique fondé précisément sur cette démarcation. Mais l'escalade tarifaire entre Ottawa et Washington menace aujourd'hui cette activité atypique, selon les informations rapportées par BFM Business.
## Une frontière tracée au sol, deux adresses pour un seul bâtiment
L'histoire de ce commerce remonte à l'ancien hôtel familial, construit avant que la frontière ne soit officiellement modifiée pour passer à travers l'édifice. Une ligne noire tracée au sol matérialise désormais la démarcation entre les deux pays. Pendant des décennies, cette particularité a fait la fortune de l'auberge : des jeunes Américains venaient y consommer de l'alcool dès 18 ans, l'âge légal étant de 21 ans aux États-Unis, en se tenant du côté canadien de l'établissement. Après la fermeture de l'hôtel, Louis Patenaude a reconverti les lieux en service de dépôt de colis, exploitant deux adresses distinctes — l'une américaine, l'autre canadienne — pour capter une clientèle transfrontalière.
## Un modèle économique fondé sur les écarts réglementaires
Le principe est simple : « 95% de mes clients sont des Canadiens qui veulent acheter des produits qui ne sont pas livrés hors des États-Unis », explique Louis Patenaude à BFM Business. Il cite notamment le cas de pièces automobiles rares, introuvables sur le marché canadien ou non expédiées au-delà de la frontière. Les clients se font donc livrer leur marchandise à l'adresse américaine du magasin, puis viennent la récupérer côté canadien sans avoir à traverser un poste frontière classique. Ce système repose sur une faille géographique légale, tolérée depuis des années par les autorités douanières des deux pays.
## Les contre-droits de douane canadiens changent la donne
Depuis mardi, le Canada applique des contre-mesures tarifaires en réponse aux menaces de Donald Trump. Concrètement, des taxes allant de 15% à 50% sont prélevées par les douanes canadiennes sur l'acier, les produits laitiers, l'électronique ou encore la pâte à papier en provenance des États-Unis. Ces droits frappent directement le cœur de l'activité de l'Halfway House : les colis réceptionnés à l'adresse américaine puis récupérés côté canadien pourraient désormais être assujettis à ces nouvelles taxes, réduisant mécaniquement l'intérêt du service pour les clients canadiens. Louis Patenaude n'a pas encore chiffré l'impact précis sur son chiffre d'affaires, mais il reconnaît que son modèle, déjà fragile car dépendant d'une tolérance administrative, pourrait être sérieusement ébranlé.
## Un symbole des tensions commerciales à hauteur humaine
Au-delà du cas individuel, la situation de l'Halfway House illustre la manière dont les guerres commerciales entre grandes puissances se répercutent sur des activités économiques locales et insolites. Le commerce transfrontalier de proximité, qui reposait sur des décennies de relative stabilité tarifaire, se retrouve aujourd'hui pris en étau entre les décisions politiques d'Ottawa et de Washington. Pour Louis Patenaude, l'enjeu dépasse la simple comptabilité : il s'agit de la survie d'un patrimoine familial dont la valeur repose entièrement sur une ligne noire tracée au sol.