Son action ne vaut plus que 30 centimes: après 15 ans de galère, cette entreprise française croit enfin tenir son invention miracle pour remplacer les pesticides par des amibes

L'entreprise Amoéba, cotée en Bourse depuis 2015 et basée à Chassieu dans l'agglomération lyonnaise, incarne un paradoxe boursier saisissant. Son titre ne vaut
L'entreprise Amoéba, cotée en Bourse depuis 2015 et basée à Chassieu dans l'agglomération lyonnaise, incarne un paradoxe boursier saisissant. Son titre ne vaut plus que 30 centimes, après avoir traversé quinze années de turbulences réglementaires et de difficultés financières. Pourtant, ses dirigeants estiment aujourd'hui détenir une technologie capable de bouleverser le marché des pesticides, selon les informations rapportées par BFM Business.
## Une amibe aux propriétés inédites
Le cœur de la technologie repose sur un micro-organisme unicellulaire présent naturellement dans les eaux et les sols humides : l'amibe Willaertia magna C2c Maky. Amoéba revendique le statut de seule entreprise autorisée à exploiter industriellement cette souche particulière, tant pour la protection des plantes contre les maladies que pour des applications cosmétiques. La société affirme également maîtriser la production de cette amibe à une échelle compatible avec une exploitation commerciale, un avantage concurrentiel qu'elle présente comme difficilement réplicable.
## Du traitement de l'eau au biocontrôle agricole
L'histoire d'Amoéba illustre une réorientation stratégique majeure. La société avait initialement misé sur le traitement des eaux industrielles, une activité qui s'est soldée par un échec. Cette déconvenue, conjuguée à des revers réglementaires et à des besoins de financement récurrents, a durablement pesé sur sa valorisation boursière. La direction tente désormais de se réinventer en se positionnant sur deux marchés porteurs : le biocontrôle agricole, qui vise à remplacer les produits phytosanitaires chimiques, et les ingrédients cosmétiques. Cette double diversification constitue, selon ses dirigeants, une réponse à l'échec de son activité historique.
## Une augmentation de capital pour franchir un cap
Pour financer son passage à l'échelle industrielle et soutenir le démarrage commercial de ses produits, Amoéba sollicite une nouvelle fois les marchés financiers à travers une augmentation de capital. Cette opération, dont les modalités précises n'ont pas été détaillées dans les éléments communiqués, vise à doter l'entreprise des ressources nécessaires pour transformer sa technologie en activité rentable. La société doit encore franchir une étape décisive : celle du passage d'une phase de recherche et développement, longue de plus de quinze ans, à une exploitation industrielle génératrice de revenus.
## Un pari industriel loin d'être gagné
Les défis restants demeurent considérables. Atteindre l'autonomie financière suppose non seulement de convaincre les agriculteurs et les industriels de la cosmétique d'adopter cette alternative aux produits chimiques, mais aussi de démontrer la viabilité économique d'un modèle fondé sur un organisme vivant. La concurrence des solutions chimiques, encore largement dominantes dans ces secteurs, reste un obstacle majeur. Le parcours boursier chaotique d'Amoéba témoigne d'ailleurs de la défiance persistante des investisseurs, malgré le potentiel affiché de sa technologie.
L'entreprise se trouve donc à un point de bascule : soit sa technologie parvient à s'imposer commercialement et justifie les espoirs placés dans les amibes comme "aspirateurs à bactéries", soit elle demeure une promesse scientifique non convertie en succès industriel. Le jugement des marchés, comme celui des clients, sera déterminant dans les mois à venir.