"Soit vous évoluez, soit vous finissez par mourir": des campings continuent de mettre la clé sous la porte en France alors qu'ils n'ont jamais autant eu la cote (leur chiffre d'affaires a été multiplié par six depuis 2000)

Le camping français vit un paradoxe saisissant. Jamais le secteur n'a été aussi florissant en termes de fréquentation, avec 29 millions de clients recensés en 2
Le camping français vit un paradoxe saisissant. Jamais le secteur n'a été aussi florissant en termes de fréquentation, avec 29 millions de clients recensés en 2025, soit une hausse de 4,5% sur un an. Pourtant, chaque année, entre 50 et 100 établissements ferment définitivement leurs portes, victimes d'une profonde mutation du marché qui laisse sur le carreau les structures les plus modestes.
## Un secteur en pleine expansion économique
Le chiffre d'affaires du secteur a été multiplié par six depuis l'an 2000, témoignant d'un engouement sans précédent pour les vacances en plein air. Cette dynamique contraste fortement avec l'érosion du nombre d'établissements : la France a perdu 1.600 emplacements de son parc en 25 ans. Les grandes enseignes et les campings haut de gamme captent l'essentiel de cette croissance, tandis que les petites structures municipales ou familiales peinent à suivre le rythme.
## Des attentes clientèle radicalement transformées
Le profil du campeur a considérablement évolué depuis le début du siècle. Les vacanciers recherchent désormais un confort équivalent à celui d'un hôtel, avec une prédilection marquée pour les mobil-homes et chalets, qui représentent aujourd'hui la majorité des emplacements en France. Cette bascule vers l'hébergement en dur a bouleversé l'économie du secteur : une tente rapporte en effet cinq fois moins de revenus qu'une location en dur. Les établissements qui n'ont pas anticipé cette transition se retrouvent dans une situation délicate.
### Le cercle vicieux de la vétusté
"Elles n'ont pas la taille critique pour obtenir les moyens de rester modernes", explique Nicolas Dayot, président de la Fédération Nationale de l'Hôtellerie de Plein Air. "Elles se retrouvent sans restaurant ni piscine, avec des sanitaires vieillots, donc en difficulté pour satisfaire les attentes des clients." Ce constat illustre un cercle vicieux bien connu : sans investissement, pas de clientèle ; sans clientèle, pas de revenus ; sans revenus, pas d'investissement possible.
## Une cannibalisation du marché au détriment des petits
Les grosses structures, disposant de capitaux conséquents, investissent massivement dans des équipements attractifs : parcs aquatiques, spas, restaurants, animations. Cette stratégie d'optimisation de l'expérience client leur permet de cannibaliser une part croissante du marché, laissant aux établissements traditionnels une clientèle résiduelle, de plus en plus rare et exigeante. Les campings intimistes, souvent appréciés pour leur authenticité, se trouvent pris en étau entre des coûts de mise aux normes croissants et des revenus insuffisants.
### La modernisation comme unique salut
"Soit vous évoluez, soit vous avez de moins en moins de clients et vous finissez par mourir", résume le président de la fédération. Cette formule, brutale, résume pourtant parfaitement la réalité du terrain. Certains établissements parviennent à se réinventer en misant sur des niches porteuses : éco-camping, glamping, thématisation, ou encore digitalisation des services. Mais ces transformations exigent des moyens financiers que toutes les structures ne possèdent pas.
## Un avenir à deux vitesses
Le secteur semble donc se diriger vers une polarisation accrue entre, d'un côté, des complexes touristiques modernes et rentables, et de l'autre, des campings historiques condamnés à disparaître faute de moyens. Cette évolution interroge sur la préservation d'un modèle d'hébergement qui a longtemps incarné des vacances accessibles et conviviales. La question de l'accompagnement public des petites structures, notamment municipales, pourrait devenir un enjeu majeur pour maintenir une offre diversifiée sur l'ensemble du territoire français.