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Lancement du TGV M repoussé : la SNCF temporise par crainte de pannes estivales La SNCF a pris une décision prudente mais lourde de conséquences : le lancement
Lancement du TGV M repoussé : la SNCF temporise par crainte de pannes estivales
La SNCF a pris une décision prudente mais lourde de conséquences : le lancement commercial de son nouveau fleuron, le TGV M, est une nouvelle fois reporté. Selon les informations de Ville Rail & Transport, reprises par BFM Business, la compagnie ferroviaire a acté un report de la mise en service à septembre. La raison invoquée ? Éviter tout risque de panne technique en pleine période de pointe des vacances d'été, un scénario que la direction ne souhaite pas voir se reproduire après les déboires rencontrés sur d'autres matériels roulants.
Le TGV M, présenté comme une révolution technologique avec une meilleure modularité, une consommation énergétique réduite et une capacité accrue, devait initialement entrer en service commercial au premier semestre 2024. Ce nouveau contretemps, qui repousse l'échéance à l'automne, illustre les défis industriels auxquels fait face Alstom, le constructeur, et la volonté de la SNCF de ne pas brusquer une mise sur les rails. "On préfère sécuriser le lancement plutôt que de subir des incidents en pleine saison", aurait tranché la direction, selon les sources proches du dossier.
Ce report prudent intervient alors que le ministre des Transports a récemment exclu toute restriction de voyage malgré les craintes sanitaires, comme le rappelle notre article sur la libre circulation face à l'hantavirus.
Un contexte de tensions sociales et concurrentielles
Ce report intervient dans un climat social tendu. Les syndicats de cheminots viennent de lancer un appel à la grève pour le 10 juin, dénonçant une "multiplication des drames" et réclamant des revalorisations salariales. Par ailleurs, un nouveau système de prime lié aux arrêts de travail pour accidents professionnels irrite fortement les organisations syndicales, qui y voient une pression accrue sur les agents.
Sur le plan concurrentiel, la SNCF doit également faire face à des vents contraires. Bruxelles souhaite que le site de réservation Connect, utilisé par la compagnie pour ses ventes en ligne, soit ouvert à ses concurrents. Une décision qui, selon des analystes, pourrait bouleverser le modèle de distribution et forcer la SNCF à vendre des billets de ses rivaux, un scénario comparé à "Lufthansa contrainte de vendre des billets Ryanair".
Des ambitions internationales et des prix en hausse
Malgré ces obstacles, la SNCF ne renonce pas à ses ambitions. Elle prévoit, avec ses partenaires, de relier la Suisse à Londres en TGV en cinq à six heures "au cours des années 2030", visant à capter une part du trafic aérien. "Londres est la première destination aérienne au départ de la Suisse", rappelle la compagnie, qui voit dans cette liaison une opportunité de croissance.
Sur le plan financier, la SNCF vise une nouvelle année record en revenus et en bénéfices, selon un document interne. Un optimisme qui contraste avec la flambée des prix des billets. Le patron de Ouigo confirme une "légère hausse" des ventes, mais justifie une augmentation des prix "de 50 à 60%" ces dernières années, invoquant la flambée des coûts de l'énergie. Une communication qui pourrait irriter les usagers, d'autant que la compagnie a lancé un appel à sa communauté pour créer un nouveau jingle, l'actuel ne rencontrant pas les faveurs du public.
Fermeture historique et ouverture à la concurrence
En parallèle, la SNCF se prépare à une fermeture historique de la Gare de Lyon à partir du 30 avril, impactant la circulation des RER et des TGV. Un chantier majeur qui nécessitera une organisation minutieuse.
En Île-de-France, l'ouverture à la concurrence des trains se poursuit. Seule en lice sur la fréquentée ligne J, la SNCF est "pressentie" pour remporter ce 10e lot régional, un signe que son implantation reste forte malgré les défis. La compagnie semble donc jouer sur plusieurs tableaux : modernisation, expansion internationale et défense de son marché domestique, tout en gérant des tensions internes et externes. Le report du TGV M n'est que le dernier exemple en date d'une stratégie qui privilégie la fiabilité à la précipitation.