Six mois de salaire pour risquer sa vie: certains armateurs proposent des primes lucratives pour convaincre les marins de traverser le détroit d'Ormuz

# Primes explosives pour traverser le détroit d'Ormuz : le pari risqué des armateurs Face à l'escalade des violences dans le détroit d'Ormuz, où près de soixant
# Primes explosives pour traverser le détroit d'Ormuz : le pari risqué des armateurs
Face à l'escalade des violences dans le détroit d'Ormuz, où près de soixante navires ont été attaqués depuis le début du conflit entre l'Iran et les États-Unis, certains armateurs n'hésitent plus à proposer des rémunérations exceptionnelles pour convaincre les marins d'effectuer ces traversées mortelles. La compagnie sud-coréenne Sinokor, devenue leader mondial des superpétroliers grâce au soutien de l'armateur italo-suisse MSC, offre ainsi jusqu'à six mois de salaire pour un mois de navigation dans cette zone de guerre, selon un document rapporté par Bloomberg. Une prime qui pourrait atteindre 9.000 dollars pour un simple matelot, et bien davantage pour les officiers supérieurs.
## Une prime équivalente à six mois de salaire pour un mois de traversée
Le dispositif mis en place par Sinokor est d'une générosité inédite dans le secteur maritime. Alors que le salaire moyen d'un matelot est estimé à 1.500 dollars par mois, la compagnie propose une prime d'environ 9.000 dollars (7.890 euros) pour un mois de navigation dans le détroit d'Ormuz, soit l'équivalent de six mois de rémunération normale. Pour les marins plus gradés, les montants seraient encore plus élevés : les capitaines, qui perçoivent habituellement autour de 15.000 dollars mensuels selon Bloomberg, pourraient voir leur prime dépasser les 90.000 dollars. Ces rémunérations exceptionnelles reflètent l'extrême dangerosité de la zone, où au moins 17 marins ont été tués depuis le début des hostilités, selon l'agence maritime de l'ONU.
## Des armateurs prêts à payer le prix fort pour maintenir le trafic
Pour les armateurs, l'enjeu est colossal. Chaque traversée du détroit d'Ormuz peut générer plusieurs millions de dollars de profits, notamment pour les superpétroliers transportant du pétrole brut. Malgré les risques, certains marins acceptent ces missions dangereuses. "Nous avons entendu parler de nombreux départs de membres d'équipage, mais les compagnies parviennent à trouver des remplaçants", observe le président de Globalmet, une association de formation et d'enseignement maritime, auprès de Bloomberg. Ce marché de la peur témoigne de la pression économique exercée sur les compagnies maritimes, qui doivent maintenir leurs chaînes d'approvisionnement tout en faisant face à une main-d'œuvre de plus en plus réticente à s'engager dans cette zone de guerre.
## L'Inde tente de protéger ses ressortissants, premiers concernés
Face à cette situation, certains pays tentent de dissuader leurs ressortissants de prendre ces risques. L'Inde, l'un des plus grands pourvoyeurs de marins pour la flotte marchande mondiale avec plus de 320.000 gens de mer actifs en 2025, a exhorté la semaine dernière les armateurs locaux à ne pas déployer de marins sur des navires transitant par le détroit d'Ormuz. Cette position reflète les inquiétudes croissantes des autorités indiennes, alors que de nombreux marins indiens pourraient être tentés par ces primes exceptionnelles. La décision de New Delhi pourrait toutefois compliquer les opérations des armateurs, qui dépendent largement de cette main-d'œuvre qualifiée pour maintenir leurs activités dans la région.
## Un équilibre précaire entre sécurité et rentabilité
La situation dans le détroit d'Ormuz illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les acteurs du transport maritime mondial. D'un côté, la nécessité de maintenir le trafic dans l'une des voies maritimes les plus stratégiques de la planète, par où transite environ 20% du pétrole mondial. De l'autre, l'obligation de protéger des vies humaines dans un contexte de conflit armé. Les primes proposées par Sinokor pourraient créer un précédent dangereux, où la valeur d'une vie humaine serait directement monétisée en fonction du risque encouru. Alors que le conflit entre l'Iran et les États-Unis ne montre aucun signe d'apaisement, la question de la sécurité des marins dans le détroit d'Ormuz reste plus que jamais d'actualité, avec des conséquences potentielles sur l'ensemble de la chaîne logistique mondiale.