Seulement 2% des touristes mais 20% des émissions de CO2: la France a-t-elle raison de tout miser sur les touristes non-européens fortunés (au risque de perdre les Français)?

La stratégie touristique française, focalisée sur l’attraction de visiteurs non-européens fortunés, fait l’objet d’un réquisitoire sévère. Selon un rapport de R
La stratégie touristique française, focalisée sur l’attraction de visiteurs non-européens fortunés, fait l’objet d’un réquisitoire sévère. Selon un rapport de Réseau Action Climat, cette approche serait non seulement "climatiquement insoutenable", mais également économiquement contre-productive. Les touristes français et européens, souvent négligés, contribueraient en réalité bien plus à l’économie nationale que les clientèles lointaines, qui pèsent pourtant lourdement sur le bilan carbone de l’Hexagone.
### Un bilan carbone disproportionné pour une contribution économique limitée
Le rapport de l’association met en lumière une équation paradoxale. D’un côté, le tourisme représente environ 11% des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France, tandis qu’il ne contribue qu’à hauteur de 3,8% du Produit Intérieur Brut (PIB). Cette disproportion s’explique en grande partie par l’empreinte carbone du transport aérien. Les données sont éloquentes : les touristes extra-européens constituent seulement 2% des visiteurs en France, mais seraient responsables de près de 20% des émissions de GES liées au secteur. "L’essor du tourisme international booste le trafic aérien et alimente directement le réchauffement climatique", commente Alexis Chailloux, responsable transports pour Réseau Action Climat France, cité dans le rapport. Il précise que 41% des émissions du secteur touristique sont attribuables à l’aérien, un chiffre qui interroge sur la viabilité de cette course aux clientèles lointaines.
### Les touristes européens, véritables moteurs de l'économie locale
Loin des projecteurs braqués sur les visiteurs venus d’Asie ou d’Amérique du Nord, l’étude de Réseau Action Climat révèle que ce sont les touristes français, puis les Européens, qui font vivre l’économie touristique. Les dépenses des résidents français atteindraient 135 milliards d’euros, tandis que celles des Européens (Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse) représenteraient 54 milliards d’euros. À titre de comparaison, les touristes extra-européens ne pèsent que 24 milliards d’euros dans ce bilan. "Pourtant, la France ne semble avoir d'yeux que pour eux", complète Alexis Chailloux. Cette focalisation sur un segment de clientèle minoritaire en volume mais gourmand en énergie interroge, d’autant que le solde net du tourisme, une fois déduits les 57,5 milliards d’euros de dépenses des résidents français à l’étranger, pourrait être moins flatteur qu’il n’y paraît.
### Une stratégie de communication et d'investissement à contre-courant ?
Le rapport pointe une contradiction dans les politiques publiques. Alors que les données économiques plaident pour un renforcement de l’attractivité auprès des marchés de proximité, les campagnes de promotion et les investissements semblent privilégier les clientèles haut de gamme lointaines. Cette stratégie, selon les auteurs, alimente directement la crise climatique en encourageant un trafic aérien long-courrier particulièrement émetteur. Elle oublie également que les visiteurs de proximité, qui arrivent souvent en train ou en voiture, génèrent une valeur ajoutée plus importante pour les territoires, avec des séjours potentiellement plus répartis sur l’année et sur l’ensemble du territoire national, contrairement aux flux concentrés des touristes internationaux vers les sites les plus emblématiques.
### Un arbitrage nécessaire entre attractivité et durabilité
Ce constat soulève une question d’orientation pour la destination France. Faut-il continuer à "tout miser" sur une clientèle fortunée et lointaine, au risque de voir le bilan carbone du secteur s’aggraver, tout en négligeant le socle solide que représentent les clientèles française et européenne ? Le rapport de Réseau Action Climat suggère qu’un rééquilibrage est nécessaire. La préservation de l’attractivité ne passerait pas uniquement par la conquête de nouveaux marchés, mais aussi par la fidélisation d’une clientèle de proximité, moins émettrice et tout aussi contributrice à l’économie locale. L’équation est complexe, mais les chiffres avancés par l’association invitent les décideurs à reconsidérer leurs priorités pour concilier développement touristique et impératifs climatiques, un défi qui s’annonce central pour les années à venir.