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Sénégal: experts et économistes cherchent des «alternatives» au FMI pour régler la dette

Monde · · Par Claire BERNARD

Sénégal: experts et économistes cherchent des «alternatives» au FMI pour régler la dette

## L'essentiel Au Sénégal, la problématique de la dette est devenue un enjeu central pour le développement économique du pays. En effet, la dette publique a att

L'essentiel

Au Sénégal, la problématique de la dette est devenue un enjeu central pour le développement économique du pays. En effet, la dette publique a atteint des niveaux préoccupants, limitant la capacité de l'État à investir dans des projets d'infrastructure et de services sociaux. Selon un rapport de RFI, une conférence réunissant des experts et des économistes a été organisée récemment à Dakar dans le but d'explorer des solutions alternatives aux propositions du Fonds monétaire international (FMI).

Depuis plus d’un an, le Sénégal est engagé dans des discussions avec le FMI, mais aucun accord n’a encore été trouvé concernant la reprise d’un prêt. Cette situation soulève des interrogations sur les choix économiques du pays et sur la viabilité des solutions proposées par les institutions financières internationales. Les participants à cette conférence ont mis en avant la nécessité d'identifier des alternatives qui pourraient permettre au Sénégal de redresser sa situation financière sans dépendre exclusivement des financements du FMI.

Cette recherche d'alternatives au FMI intervient dans un contexte où la baisse des recettes fiscales sur les carburants illustre les fragilités des finances publiques sénégalaises.

Cette recherche d'alternatives au FMI intervient dans un contexte où la relance des investissements publics via des projets ferroviaires illustre les choix budgétaires du gouvernement.

Les experts présents ont souligné que la dette du Sénégal, qui a fortement augmenté ces dernières années, représente un obstacle majeur à la mise en œuvre de politiques publiques efficaces. Selon des données fournies par le ministère des Finances, la dette publique du Sénégal a atteint environ 69 % du produit intérieur brut (PIB) en 2022, un chiffre alarmant qui pourrait continuer à grimper si des mesures adéquates ne sont pas prises rapidement. Ce contexte financier précaire pourrait également impacter la capacité du gouvernement à réaliser ses objectifs en matière de développement durable, notamment ceux liés à l’Agenda 2030 des Nations Unies.

Parmi les alternatives évoquées lors de cette conférence, des experts ont suggéré d'explorer des mécanismes de financement innovants, tels que les obligations vertes ou les partenariats public-privé. Ces solutions pourraient permettre au Sénégal de diversifier ses sources de financement et de réduire sa dépendance vis-à-vis des prêteurs traditionnels. En effet, les obligations vertes, qui visent à financer des projets ayant un impact positif sur l'environnement, pourraient non seulement attirer des investisseurs soucieux de durabilité, mais également renforcer l'image du pays sur la scène internationale.

Par ailleurs, certains économistes ont plaidé pour une réforme structurelle de l'économie sénégalaise, visant à améliorer la productivité et à stimuler la croissance. D’après des sources gouvernementales, une telle réforme pourrait inclure des mesures pour renforcer le secteur agricole, améliorer l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises, et investir dans l’éducation et la formation professionnelle. Ces initiatives pourraient contribuer à générer des revenus supplémentaires pour l'État et, par conséquent, alléger le fardeau de la dette.

Cependant, la mise en œuvre de ces alternatives ne sera pas sans défis. Les experts s'accordent à dire que le Sénégal devra également faire face à des problèmes de gouvernance et de transparence dans la gestion des finances publiques. Selon un rapport de Transparency International, le pays a encore des progrès à faire en matière de lutte contre la corruption, qui pourrait entraver les efforts de réformes économiques. La confiance des investisseurs et des partenaires internationaux pourrait également être mise à l'épreuve si des mesures efficaces ne sont pas prises pour assurer une gestion rigoureuse des fonds publics.

En conclusion, alors que le Sénégal envisage des alternatives au FMI pour résoudre sa crise de la dette, plusieurs pistes de réflexion sont sur la table. Les discussions menées lors de la conférence à Dakar pourraient ouvrir la voie à des solutions innovantes et durables si elles sont accompagnées d'un engagement fort en faveur de réformes structurelles et d'une bonne gouvernance. Les prochaines semaines et mois pourraient être déterminants pour le pays, alors qu'il cherche à naviguer entre les exigences du FMI et la nécessité de trouver des solutions autonomes à ses défis économiques.

Contexte

La question de la dette sénégalaise s'inscrit dans un mouvement plus large de tensions entre certains pays africains et les institutions financières internationales. Depuis la fin des années 2010, plusieurs États du continent, à l'instar du Ghana, du Zambie ou de l'Éthiopie, ont vu leur endettement public exploser, conséquence de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine et de la hausse des taux d'intérêt mondiaux. Le Sénégal, longtemps considéré comme un élève modèle en matière de gestion macroéconomique en Afrique de l'Ouest, n'a pas échappé à cette tendance.

Le pays a connu une augmentation significative de sa dette publique sous la présidence de Macky Sall, portée par des investissements massifs dans les infrastructures (routes, aéroports, train express régional de Dakar) et par le lancement de grands projets comme le plan Sénégal émergent. Ce programme, censé accélérer la croissance et réduire la pauvreté, a reposé sur un recours accru aux emprunts, tant auprès de partenaires bilatéraux (Chine, France) que des marchés financiers internationaux via des euro-obligations.

Parallèlement, les relations entre Dakar et le FMI se sont tendues. En 2022, le Sénégal a sollicité un nouveau programme de financement auprès de l'institution, mais les négociations butent sur plusieurs points, notamment la réforme des subventions aux carburants et la transparence des comptes publics. Le FMI exige des mesures d'austérité et une meilleure gestion des finances publiques, tandis que le gouvernement sénégalais, soucieux de préserver sa marge de manœuvre politique à l'approche de l'élection présidentielle de 2024, cherche à éviter des ajustements trop douloureux socialement. Ce bras de fer illustre la difficulté pour les États africains de concilier les exigences des créanciers avec les impératifs de développement et de stabilité politique.

Analyse

La conférence de Dakar sur les alternatives au FMI traduit une défiance croissante envers les conditionnalités imposées par les institutions de Bretton Woods. Ce phénomène n'est pas nouveau : depuis les années 1980, les plans d'ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale ont été accusés d'avoir fragilisé les économies africaines en imposant des coupes budgétaires drastiques dans les services publics, au prix d'une aggravation des inégalités et d'une perte de souveraineté économique. Aujourd'hui, la recherche d'alternatives s'inscrit dans un contexte de montée en puissance de nouveaux créanciers, comme la Chine, et de l'émergence de mécanismes de financement innovants (obligations vertes, dette liée à des objectifs de développement durable).

Cependant, il convient de nuancer la portée de ces initiatives. Si les obligations vertes ou les partenariats public-privé constituent des pistes intéressantes, ils ne sauraient remplacer à eux seuls les financements concessionnels du FMI. Ces instruments sont souvent complexes à mettre en œuvre, exigent des capacités institutionnelles solides et ne garantissent pas un allègement significatif du fardeau de la dette. Par ailleurs, la diversification des sources de financement ne résout pas le problème structurel de la faiblesse des recettes fiscales au Sénégal, qui demeure l'un des taux de pression fiscale les plus bas de la région.

Une autre lecture possible est que cette conférence sert également de tribune politique pour le gouvernement sénégalais, qui cherche à afficher une posture de souveraineté face au FMI, tout en négociant en coulisses un accord. Le spectre d'un défaut de paiement, bien que peu probable à court terme, n'est pas à écarter si les discussions s'enlisent et que les réserves de change continuent de se réduire. Dans ce jeu d'équilibriste, le Sénégal pourrait être tenté de se tourner vers des partenaires moins exigeants, au risque de compromettre sa crédibilité auprès des marchés financiers.

Implications

À court terme, l'absence d'accord avec le FMI pourrait contraindre le Sénégal à puiser dans ses réserves de change pour honorer ses échéances de dette, ce qui fragiliserait davantage sa balance des paiements. Le pays pourrait également voir sa notation souveraine dégradée, renchérissant le coût de ses emprunts futurs et décourageant les investisseurs étrangers. Le gouvernement serait alors contraint de réduire ses dépenses, notamment dans les secteurs sociaux, ce qui pourrait alimenter des tensions sociales, dans un contexte où le coût de la vie a déjà fortement augmenté.

À moyen terme, la quête d'alternatives au FMI pourrait ouvrir la voie à une renégociation de la dette avec les créanciers bilatéraux, dans le cadre du Cadre commun pour le traitement de la dette du G20. Ce mécanisme, encore peu utilisé, permet aux pays endettés de demander un rééchelonnement ou une réduction de leur dette en échange d'engagements sur la transparence et les réformes. Le Sénégal pourrait également explorer des échanges dette-contre-nature ou dette-contre-éducation, des mécanismes qui ont déjà été expérimentés dans d'autres pays africains.

Plusieurs scénarios sont envisageables. Le premier, le plus optimiste, verrait le Sénégal parvenir à un accord avec le FMI tout en mettant en œuvre des réformes structurelles ambitieuses, permettant de restaurer la confiance des investisseurs et de relancer la croissance. Le second, plus pessimiste, serait celui d'une impasse prolongée, conduisant à une crise de la dette et à une intervention du FMI dans des conditions plus sévères. Le troisième, intermédiaire, reposerait sur une diversification réussie des sources de financement, mais sans résoudre les problèmes structurels de l'économie sénégalaise.

Pour aller plus loin

Cette situation soulève des questions plus larges sur la viabilité du modèle de développement fondé sur l'endettement dans les pays africains. Le Sénégal parviendra-t-il à concilier ses ambitions de transformation économique avec la nécessité de maîtriser sa dette ? Les mécanismes de financement alternatifs, comme les obligations vertes, peuvent-ils réellement offrir une solution de long terme, ou ne sont-ils qu'un palliatif ? Par ailleurs, la place des institutions financières internationales dans le financement du développement est-elle appelée à évoluer face à l'émergence de nouveaux acteurs ?

Il serait utile de suivre l'évolution des négociations entre le Sénégal et le FMI, ainsi que les initiatives régionales de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en matière de coordination des politiques budgétaires. La question de la transparence des comptes publics, notamment dans le secteur extractif (pétrole, gaz), mérite également une attention particulière, alors que le Sénégal s'apprête à devenir producteur d'hydrocarbures. Enfin, les expériences d'autres pays africains ayant tenté des alternatives au FMI (comme le Ghana ou le Kenya) pourraient offrir des enseignements précieux pour Dakar.