Sébastien Missoffe, directeur général de Google France - 04/06

Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, était l’invité de Laure Closier dans l’émission Good Morning Business sur BFM Business ce jeudi 4 juin.
Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, était l’invité de Laure Closier dans l’émission Good Morning Business sur BFM Business ce jeudi 4 juin. Au cœur des échanges : la volonté du Parlement européen de réduire sa dépendance aux géants technologiques américains et l’investissement massif de 80 milliards d’euros consenti par Google dans l’intelligence artificielle. Deux sujets qui illustrent les tensions et les paradoxes de la souveraineté numérique européenne.
La stratégie européenne face à la domination américaine
Le projet du Parlement européen de diminuer sa dépendance vis-à-vis des entreprises technologiques américaines a été au centre de l’intervention de Sébastien Missoffe. Cette ambition, portée par plusieurs élus, vise à renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne dans un secteur clé. Le directeur général de Google France n’a pas contesté cette orientation, mais il a rappelé, selon les propos rapportés par BFM Business, le rôle prépondérant des acteurs américains dans l’infrastructure numérique actuelle. Il a souligné que les solutions alternatives, qu’elles soient européennes ou open source, nécessitent encore des investissements conséquents pour atteindre une maturité comparable. Cette dépendance, structurelle depuis deux décennies, ne pourra être résorbée rapidement sans un effort coordonné entre les États membres et les entreprises locales.
Un investissement record de 80 milliards d’euros dans l’IA
Sébastien Missoffe a également détaillé la levée de fonds de 80 milliards d’euros annoncée par Google pour ses investissements dans l’intelligence artificielle. Ce montant, qualifié de « colossal » par le dirigeant, est destiné à financer la recherche fondamentale, le développement de nouveaux modèles de langage et l’expansion des infrastructures de calcul, notamment les data centers. L’objectif affiché est de maintenir une longueur d’avance dans un secteur où la concurrence, notamment chinoise avec DeepSeek ou américaine avec OpenAI, s’intensifie. Selon les informations diffusées lors de l’émission, cette enveloppe représente environ 10 % du chiffre d’affaires annuel de la maison mère Alphabet. Elle devrait créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects en Europe, dont une partie en France, où Google dispose déjà d’un centre de recherche à Paris.
Les implications pour la France et l’Europe
L’intervention de Sébastien Missoffe a permis de mettre en lumière les enjeux concrets pour l’Hexagone. Alors que le Parlement européen cherche à limiter l’influence des GAFAM, Google confirme sa volonté d’ancrer ses activités sur le continent. Le directeur général a insisté sur la nécessité d’un dialogue régulier avec les institutions européennes pour concilier souveraineté et innovation. Il a également évoqué, sans donner de chiffres précis, les partenariats en cours avec des start-up françaises spécialisées dans l’IA, comme Mistral AI, pour favoriser l’émergence d’un écosystème local. Toutefois, il a averti que toute régulation trop restrictive pourrait freiner les investissements, au profit d’autres régions du monde. Cette position, classique pour un représentant de la Silicon Valley, reflète le rapport de force permanent entre Bruxelles et les grandes plateformes.
Une croissance française sous tension
En marge de cette interview, l’émission a également abordé les perspectives économiques de la France. Emmanuel Lechypre et Jean-Marc Daniel ont débattu des risques d’une entrée en récession, après le repli de la croissance au premier trimestre et la baisse de la consommation. Les tensions au Moyen-Orient, qui perturbent les chaînes d’approvisionnement et font grimper les prix de l’énergie, ajoutent une incertitude supplémentaire. Selon les analystes présents sur le plateau, une récession technique – définie par deux trimestres consécutifs de contraction du PIB – n’est pas exclue, même si le scénario central reste celui d’une croissance atone. Ces préoccupations macroéconomiques contrastent avec l’optimisme affiché par Google, qui semble miser sur une reprise tirée par l’innovation technologique.