«Rien ne nous prépare à une telle scène» : dans les carnets intimes de Gilles Gamberi, héros de l’ombre de l’attentat de Nice

« Rien ne nous prépare à une telle scène » : dans les carnets intimes de Gilles Gamberi, héros de l’ombre de l’attentat de Nice Le 14 juillet 2016, sur la Prome
« Rien ne nous prépare à une telle scène » : dans les carnets intimes de Gilles Gamberi, héros de l’ombre de l’attentat de Nice
Le 14 juillet 2016, sur la Promenade des Anglais à Nice, un camion bélier a fauché la vie de 86 personnes, plongeant la France dans l’horreur. Parmi les survivants et les héros de cette nuit tragique, Gilles Gamberi, un ancien conducteur de train, a tenté de désarmer le terroriste en grimpant sur le marchepied du véhicule. Après des années de silence, il accepte aujourd’hui de revenir sur son parcours et ses pensées intimes, livrant un témoignage rare et bouleversant dans les colonnes du Figaro, rapporté par Clara Hidalgo.
Un héros malgré lui, happé par le silence
Gilles Gamberi s’est longtemps muré dans le silence. Au lendemain de l’attentat, alors que la ville de Nice peine à prendre la mesure du drame sous les caméras du monde entier, il n’a qu’une obsession : disparaître des radars. Selon des informations rapportées par Le Figaro, des journalistes arpentent les rues de la cité azuréenne à la recherche d’un témoin ou d’un survivant capable de retracer le parcours du camion fou. Certains acceptent de se prêter au jeu des médias. Gilles Gamberi, lui, décline toutes les propositions. Quand un reporter lui tend son micro à la table d’un bar où il est installé avec des amis pour « décompresser », il refuse de raconter les actes héroïques qu’il a accomplis la veille. Replié dans sa maison de Saint-Jeannet, où il vivait alors, il apprend que son identité circule dans le petit cercle des journalistes locaux qui sonnent aux portes de son village habituellement préservé de toute agitation. Ce refus obstiné de la lumière, selon ses proches, témoigne d’une volonté farouche de ne pas être réduit à un simple fait divers ou à une icône médiatique.
Le récit d’une nuit où l’instinct a parlé
Ce soir-là, Gilles Gamberi se trouvait sur la Promenade des Anglais, profitant des festivités du 14 juillet. Selon le récit qu’il a confié au Figaro, rien ne le préparait à une telle scène. Lorsque le camion blanc a foncé dans la foule, son instinct de survie et son sens du devoir ont pris le dessus. Juché sur le marchepied du véhicule, il a tenté de désarmer le terroriste, un acte d’une bravoure rare face à une menace imminente. « Rien ne nous prépare à une telle scène », aurait-il écrit dans ses carnets intimes, dévoilant l’état d’esprit d’un homme confronté à l’impensable. Il décrit des secondes qui semblent durer une éternité, le bruit des impacts, les cris, et cette décision irréfléchie mais vitale de s’accrocher à la portière. Ce geste, bien que n’ayant pas empêché le massacre, a fait de lui un héros de l’ombre, un homme qui a risqué sa vie sans attendre de reconnaissance. Aujourd’hui, en acceptant de parler, il souhaite, selon ses dires, « rendre hommage aux victimes » et non se mettre en avant, un équilibre délicat entre mémoire et pudeur.
Les carnets intimes, une thérapie par l’écrit
Le silence de Gilles Gamberi n’a pas été un vide, mais une période d’introspection profonde. D’après les extraits partagés par Clara Hidalgo, ses carnets intimes, tenus dans les mois et les années suivant l’attentat, révèlent un homme en proie à des questionnements existentiels. Il y décrit des nuits agitées, des flashbacks incessants, et une difficulté à retrouver une vie normale. « On ne sort pas indemne d’une telle épreuve », confie-t-il, évoquant le syndrome post-traumatique qui a marqué son quotidien. Ces écrits, loin d’être un simple exutoire, semblent avoir été une forme de thérapie, un moyen de mettre des mots sur l’indicible. Il y raconte aussi sa colère face à l’absence de soutien psychologique immédiat pour les rescapés, et son sentiment d’abandon par les institutions. Ce témoignage, publié dans Le Figaro, offre un éclairage rare sur les séquelles invisibles des attentats, bien au-delà des récits héroïques souvent médiatisés. Il rappelle que derrière chaque acte de bravoure se cache un homme ou une femme qui doit apprendre à vivre avec les fantômes du passé.
Un héritage de résilience et de mémoire
À l’approche du dixième anniversaire de l’attentat, le témoignage de Gilles Gamberi s’inscrit dans un devoir de mémoire collectif. En brisant le silence, il ne cherche pas à se faire reconnaître comme un héros, mais à humaniser le drame, à montrer que les survivants portent des blessures invisibles. Selon des sources proches de l’enquête, son geste ce soir-là a été salué par les forces de l’ordre, mais il n’a jamais cherché à en tirer un bénéfice quelconque. Aujourd’hui, il vit loin de l’agitation niçoise, dans un anonymat qu’il chérit. Ses carnets intimes, dont Le Figaro a pu consulter des extraits, pourraient servir de base à une réflexion plus large sur la gestion des traumatismes de masse et la place des « héros ordinaires » dans la société. Alors que la France continue de se souvenir des 86 victimes, le récit de Gilles Gamberi rappelle que l’héroïsme peut aussi être silencieux, et que la résilience est un chemin long et sinueux, bien loin des projecteurs.