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Référendum « Pas de Suisse à 10 millions » : pourquoi nos voisins n’ont pas de tabou à voter sur l’immigration

Une · · Par Claire BERNARD

Référendum « Pas de Suisse à 10 millions » : pourquoi nos voisins n’ont pas de tabou à voter sur l’immigration

Référendum « Pas de Suisse à 10 millions » : pourquoi nos voisins n’ont pas de tabou à voter sur l’immigration Le 14 juin 2026, les citoyens suisses se rendront

Référendum « Pas de Suisse à 10 millions » : pourquoi nos voisins n’ont pas de tabou à voter sur l’immigration

Le 14 juin 2026, les citoyens suisses se rendront aux urnes pour se prononcer sur une initiative populaire intitulée « Pas de Suisse à 10 millions », visant à plafonner la population du pays à dix millions d’habitants d’ici à 2050. Portée par l’Union démocratique du centre (UDC), parti souverainiste et anti-immigration, cette consultation interroge, au-delà des frontières helvétiques, sur la relation singulière qu’entretient la Confédération avec la démocratie directe et les questions migratoires. Pour comprendre ce phénomène, Le Figaro a donné la parole à René Schwok, professeur honoraire de science politique à l’Université de Genève, qui éclaire les ressorts historiques et politiques de ce scrutin sans équivalent en Europe.

Une initiative qui dépasse le seul électorat de l’UDC

Selon les informations rapportées par Le Figaro dans un entretien publié le 12 juin, René Schwok estime que le soutien à cette initiative dépasse largement le socle électoral traditionnel de l’UDC, qui se situe autour de 30 % des voix. « Si le nombre de personnes qui voteront en faveur de ce référendum dépasse le socle électoral de l’UDC – il se situe autour de 30 %, alors que l’on s’attend à ce que 48 à 51 % des votants disent oui à cette initiative –, c’est que le mécontentement d’une partie de la population est manifeste », explique le politologue. Ce décalage suggère que la question migratoire, loin d’être un sujet réservé à la droite conservatrice, irrigue l’ensemble du corps électoral helvétique. Le professeur honoraire souligne notamment que les préoccupations concrètes liées à la croissance démographique — engorgement des routes, saturation des transports publics, pression sur le logement — touchent une majorité de citoyens, indépendamment de leur appartenance politique.

La démocratie directe comme outil de régulation sociale

Le référendum « Pas de Suisse à 10 millions » s’inscrit dans une tradition démocratique helvétique bien particulière, où les citoyens sont régulièrement appelés à trancher des questions de fond par le biais d’initiatives populaires. Contrairement à d’autres nations européennes où le débat sur l’immigration est souvent jugé sensible, voire tabou, la Suisse a institutionnalisé la consultation directe comme un mécanisme de régulation sociale. René Schwok rappelle que ce système permet de canaliser les mécontentements et d’éviter que les tensions ne s’accumulent dans l’espace public sans issue politique. « Les Suisses ont l’habitude de voter sur des sujets complexes, qu’il s’agisse de l’immigration, de l’environnement ou de la fiscalité. Cela fait partie de leur culture politique », précise-t-il. Cette pratique, qui remonte au XIXe siècle, confère aux citoyens un pouvoir de décision directe sur des enjeux majeurs, ce qui pourrait expliquer pourquoi le débat migratoire, loin d’être occulté, est régulièrement soumis au verdict des urnes.

Un mécontentement ancré dans des réalités quotidiennes

Les projections démographiques indiquent que la Suisse pourrait atteindre le seuil des dix millions d’habitants d’ici 2050, principalement sous l’effet de l’immigration. Selon les données disponibles, la population résidante permanente a déjà franchi la barre des 8,8 millions en 2023, avec un taux de croissance annuel soutenu. Cette perspective alimente des inquiétudes tangibles chez une partie de la population, qui perçoit l’arrivée de nouveaux résidents comme une source de pression sur les infrastructures et les services publics. Le professeur Schwok note que le mécontentement « est manifeste » et qu’il se cristallise autour de problèmes quotidiens : « Il y a en effet toujours plus de monde sur les routes, dans les trains ou encore dans les transports publics », explique-t-il. L’initiative de l’UDC capitalise sur ces ressentiments en proposant un plafonnement clair, ce qui pourrait séduire au-delà de son électorat traditionnel, y compris des électeurs modérés ou de gauche préoccupés par la qualité de vie.

Un modèle qui interroge les démocraties voisines

Alors que la France et d’autres pays européens abordent la question migratoire avec une prudence souvent dictée par des considérations historiques ou diplomatiques, la Suisse fait figure d’exception. Le recours systématique au référendum permet de sortir le débat du cadre partisan pour le soumettre à un arbitrage populaire direct. René Schwok souligne que ce mécanisme, bien que contesté par certains pour son caractère potentiellement réducteur, offre une soupape de sécurité politique. « Les Suisses ont une longue tradition de démocratie directe, et cela leur permet d’aborder des sujets sensibles sans les tabous que l’on peut observer ailleurs », conclut-il. Le scrutin du 14 juin sera donc observé avec attention par les démocraties voisines, qui pourraient y voir un test grandeur nature de la capacité d’un système politique à intégrer les préoccupations migratoires dans un cadre institutionnel stable. Quelle que soit l’issue du vote, il confirmera que la Suisse, fidèle à son héritage, ne craint pas de laisser ses citoyens trancher les questions les plus épineuses de l’époque.