RDC : avant même d’avoir atteint son pic, l’épidémie d’Ebola est la plus importante jamais enregistrée dans le pays

En République démocratique du Congo, la 17e épidémie d’Ebola franchit un cap historique. Avec 2 325 décès confirmés au 15 août, selon des informations rapportée
En République démocratique du Congo, la 17e épidémie d’Ebola franchit un cap historique. Avec 2 325 décès confirmés au 15 août, selon des informations rapportées par RFI, ce bilan dépasse désormais celui de la flambée de 2018-2020, jusqu’ici considérée comme la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Toutefois, contrairement à cette précédente crise sanitaire, la transmission du virus reste active, ce qui laisse présager une aggravation supplémentaire du nombre de victimes dans les semaines à venir.
## Un seuil symbolique franchi avant le pic épidémique
D’après les données compilées par les autorités sanitaires congolaises et relayées par RFI, l’épidémie actuelle aurait déjà causé davantage de morts que celle qui avait sévi entre 2018 et 2020 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Cette précédente flambée, qui avait officiellement pris fin en juin 2020, avait fait 2 280 morts sur un total de 3 470 cas confirmés, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le seuil de 2 325 décès, atteint le 15 août, marquerait donc un tournant dans l’histoire sanitaire du pays.
Ce qui distingue particulièrement cette 17e épidémie, c’est qu’elle n’aurait pas encore atteint son pic de transmission. En effet, les spécialistes interrogés par RFI estiment que la courbe épidémiologique continue de progresser, notamment dans les zones rurales reculées où l’accès aux soins demeure limité. Cette situation contraste avec celle de 2018-2020, où la réponse internationale, bien que tardive, avait fini par maîtriser la propagation grâce au déploiement massif de vaccins et d’équipes médicales d’urgence.
## Des facteurs structurels qui compliquent la riposte
Plusieurs éléments pourraient expliquer cette intensité inédite. D’une part, la situation sécuritaire dans l’est du pays, marquée par la présence de groupes armés, entraverait considérablement le travail des équipes sanitaires. Selon des sources humanitaires citées par RFI, certaines zones touchées seraient tout simplement inaccessibles aux soignants, ce qui limiterait les opérations de traçage des contacts et de vaccination. D’autre part, la défiance persistante d’une partie de la population envers les dispositifs de santé publique, alimentée par des rumeurs et des désinformations, freinerait l’adhésion aux campagnes de prévention.
Par ailleurs, la gestion de cette épidémie intervient dans un contexte où les ressources nationales sont déjà fortement sollicitées par d’autres urgences sanitaires, notamment la rougeole et le choléra, qui sévissent simultanément dans plusieurs provinces. Cette superposition de crises pourrait expliquer la lenteur relative de la coordination internationale, d’autant plus que les bailleurs de fonds, mobilisés sur d’autres fronts, sembleraient moins réactifs qu’en 2018.
## Des enseignements contrastés par rapport à 2018-2020
La comparaison avec l’épidémie précédente révèle toutefois des avancées notables. En effet, le recours aux vaccins à dose unique, administrés dans les zones à haut risque, aurait permis de protéger un nombre significatif de soignants et de contacts de cas, réduisant ainsi la mortalité parmi le personnel médical. Selon un rapport de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa, la létalité de cette 17e épidémie serait légèrement inférieure à celle de 2018-2020, passant d’environ 66 % à 61 % des cas confirmés.
Cependant, ces progrès techniques ne suffisent pas à enrayer la dynamique de transmission. Les experts soulignent que la mobilité des populations, notamment à travers les frontières poreuses avec l’Ouganda et le Rwanda, constituerait un vecteur majeur de dissémination. Les autorités congolaises auraient d’ailleurs renforcé les contrôles sanitaires aux points de passage, mais l’efficacité de ces mesures resterait tributaire de la coopération des pays voisins.
## Un bilan qui pourrait encore s’alourdir
À ce stade, les perspectives épidémiologiques demeurent incertaines. Le fait que la transmission ne soit pas encore maîtrisée, combiné à la difficulté d’accès à certaines zones, laisse présager que le nombre de décès pourrait continuer d’augmenter dans les prochaines semaines. Les autorités sanitaires congolaises, appuyées par l’OMS, auraient toutefois intensifié leurs opérations de vaccination ciblée et de sensibilisation communautaire dans les foyers actifs.
Ce franchissement de seuil historique, avant même le pic éventuel de l’épidémie, interroge sur la capacité du système de santé congolais à absorber un choc prolongé. Alors que la communauté internationale peine à maintenir un niveau de financement adéquat, la question de la pérennité de la riposte se pose avec acuité. La comparaison avec la flambée de 2018-2020, qui avait nécessité près de deux ans pour être endiguée, suggère que la sortie de crise pourrait s’étendre sur une période tout aussi longue, à moins d’une inflexion majeure dans la dynamique de transmission.