Quantique : Quobly lève 115 millions d'euros en série A - 03/06

Quobly lève 115 millions d’euros : la start-up française de quantique franchit un cap historique La deeptech française Quobly a annoncé ce 3 juin une levée de f
Quobly lève 115 millions d’euros : la start-up française de quantique franchit un cap historique
La deeptech française Quobly a annoncé ce 3 juin une levée de fonds de 115 millions d’euros en série A, une opération qui figure parmi les plus importantes du secteur quantique en Europe. Cette injection de capitaux, révélée par BFM Business, doit permettre à la start-up, basée à Grenoble, d’accélérer le développement de ses processeurs quantiques basés sur une technologie de spin de silicium. Alors que la course à l’ordinateur quantique s’intensifie, ce financement marque une étape clé pour la souveraineté technologique européenne.
Un tour de table record pour une deeptech française
Avec 115 millions d’euros levés, Quobly réalise l’une des plus grosses séries A jamais enregistrées dans le domaine du quantique en France. Ce montant dépasse largement les tours de table habituels des jeunes pousses deeptech, qui peinent souvent à franchir le cap des 50 millions d’euros à ce stade. La start-up, issue des laboratoires du CEA-Leti, capitalise sur une décennie de recherche en nanotechnologies pour industrialiser ses qubits, ces unités de calcul quantique.
Les fonds levés serviront principalement à recruter des ingénieurs et à construire une ligne pilote de production. L’objectif affiché est de passer du prototype de laboratoire à un processeur quantique commercialisable d’ici 2027. L’entreprise, qui emploie aujourd’hui une soixantaine de personnes, prévoit de doubler ses effectifs dans les douze prochains mois. Ce financement intervient dans un contexte où les investisseurs internationaux, notamment américains et asiatiques, multiplient les mises sur le quantique, un marché estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros à horizon 2035.
La technologie spin sur silicium, un pari stratégique
Quobly se distingue par son choix technologique : les qubits à spin de silicium. Contrairement aux approches concurrentes, comme les ions piégés ou les circuits supraconducteurs, cette méthode s’appuie sur des procédés de fabrication issus de la microélectronique classique, déjà maîtrisés par l’industrie des semi-conducteurs. Selon la start-up, cette compatibilité avec les chaînes de production existantes permettrait de réduire drastiquement les coûts et d’accélérer le passage à l’échelle.
Les qubits de spin sont manipulés à des températures cryogéniques, mais leur taille nanométrique autorise une densité d’intégration bien supérieure à celle des autres technologies. Les chercheurs de Quobly estiment qu’un processeur quantique fonctionnel nécessitera au moins un million de qubits, contre quelques centaines aujourd’hui dans les prototypes les plus avancés. La start-up grenobloise mise sur la maturité industrielle du silicium pour franchir ce cap, un pari jugé crédible par plusieurs experts du secteur. Cette approche pourrait offrir un avantage compétitif décisif face aux géants américains comme Google ou IBM, qui explorent d’autres voies.
Une levée qui s’inscrit dans le plan quantique européen
Ce financement intervient alors que l’Europe cherche à renforcer sa souveraineté dans le calcul quantique, un domaine jugé stratégique pour la sécurité nationale et la compétitivité économique. La Commission européenne a alloué plusieurs milliards d’euros via le programme Quantum Flagship, et la France a lancé son propre plan quantique doté de 1,8 milliard d’euros. Quobly bénéficie de cet écosystème favorable, avec le soutien de Bpifrance et de fonds d’investissement spécialisés.
La start-up pourrait également profiter des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, qui poussent les gouvernements européens à soutenir des champions nationaux. L’enjeu est de taille : le quantique promet de révolutionner des secteurs comme la cryptographie, la modélisation moléculaire ou l’optimisation logistique. En cas de succès, Quobly pourrait devenir l’un des leaders européens de cette filière, aux côtés d’Atos (via Eviden) et de Pasqal, autre pépite française spécialisée dans les atomes neutres.
Perspectives et défis à relever
Malgré cette levée record, le chemin vers un ordinateur quantique opérationnel reste semé d’embûches. La correction d’erreurs, la stabilité des qubits et la gestion de la chaleur sont autant de défis techniques qui n’ont pas encore été résolus à grande échelle. Quobly devra démontrer sa capacité à produire des qubits fiables et reproductibles, tout en maintenant des coûts compétitifs face à des concurrents bien établis.
Les investisseurs parient sur un horizon de commercialisation autour de 2030, mais des ruptures technologiques pourraient accélérer ou retarder ce calendrier. Le marché du quantique reste immature, et plusieurs start-up risquent de disparaître avant d’atteindre la rentabilité. Pour l’heure, Quobly dispose d’une trésorerie solide pour tenir plusieurs années, mais la pression est forte pour transformer cette promesse en réalité industrielle. La prochaine échéance majeure sera la démonstration d’un processeur quantique de 100 qubits fonctionnels, prévue d’ici 2025.