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Qu’est-ce que l’acétamipride, ce pesticide réintroduit par la loi d’urgence agricole ?

Une · · Par Claire BERNARD

Qu’est-ce que l’acétamipride, ce pesticide réintroduit par la loi d’urgence agricole ?

L’acétamipride, un pesticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018, fait son retour par la voie dérogatoire dans la loi d’urgence agricole adoptée hier

L’acétamipride, un pesticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018, fait son retour par la voie dérogatoire dans la loi d’urgence agricole adoptée hier soir par l’Assemblée nationale. Cette mesure, réclamée par les producteurs de betteraves sucrières et de noisettes, suscite des interrogations tant sur son efficacité agronomique que sur ses conséquences sanitaires et environnementales, alors que le Conseil constitutionnel avait déjà censuré une précédente tentative de réintroduction en juillet 2025.

Un insecticide puissant au cœur d’une controverse sanitaire

L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, une classe de pesticides neurotoxiques agissant sur le système nerveux central des insectes. Selon des informations rapportées par Le Figaro, cet insecticide est particulièrement prisé par les agriculteurs pour lutter contre le puceron vert, vecteur de la jaunisse de la betterave. En France, son usage est interdit depuis 2018, mais il demeure autorisé dans d’autres pays européens jusqu’en 2033. La réintroduction dérogatoire de cette substance, prévue dans la loi d’urgence agricole, a été justifiée par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, comme une réponse aux « manifestations en début d’année » des agriculteurs, rapporte la même source.

Cette substance chimique, en s’attaquant au système nerveux des insectes ravageurs, est présentée par les producteurs comme la seule solution efficace pour protéger leurs cultures. Cependant, son interdiction en France en 2018 faisait suite à des préoccupations croissantes concernant son impact sur la biodiversité, en particulier sur les populations d’abeilles et autres pollinisateurs, ainsi que sur la santé humaine. Les néonicotinoïdes sont en effet suspectés d’être des perturbateurs endocriniens et d’avoir des effets neurotoxiques à long terme, bien que les études sur l’acétamipride lui-même restent moins nombreuses que pour d’autres molécules de la même famille.

Une réintroduction contestée sur le plan juridique et politique

La mesure adoptée hier soir n’est pas une première tentative. En effet, le Conseil constitutionnel avait censuré un article de la loi Duplomb, adoptée le 8 juillet 2025, qui prévoyait déjà la réintroduction de l’acétamipride. Cette censure, fondée sur des motifs de procédure ou de conformité aux principes constitutionnels, n’a pas empêché le gouvernement de réinscrire cette disposition dans le nouveau texte de loi d’urgence agricole. Le choix de procéder par voie dérogatoire, plutôt que par une modification pérenne de la réglementation, pourrait être interprété comme une tentative de contourner les obstacles juridiques tout en répondant à l’urgence revendiquée par les filières betteravière et noisettière.

Cette décision intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre les impératifs de compétitivité agricole et les objectifs de transition écologique. Les producteurs de betteraves sucrières, notamment, subissent des pertes économiques significatives dues à la jaunisse, une maladie virale transmise par le puceron vert, contre laquelle les alternatives à l’acétamipride, comme les méthodes de biocontrôle ou les rotations culturales, sont jugées insuffisamment efficaces par les syndicats agricoles. Cependant, des associations environnementales, comme Générations Futures, dénoncent une « régression sanitaire et environnementale » et pointent du doigt les risques de contamination des sols et des nappes phréatiques.

Des implications européennes et une opposition persistante

La réintroduction de l’acétamipride en France pourrait également avoir des répercussions au niveau européen. Alors que l’Union européenne a interdit l’usage en plein air des néonicotinoïdes depuis 2018, l’acétamipride reste autorisé dans plusieurs États membres, notamment pour des usages sous serre ou dérogatoires. La France, en adoptant cette mesure, pourrait créer un précédent qui fragiliserait la réglementation européenne commune et encouragerait d’autres pays à suivre la même voie. D’après des sources gouvernementales citées par Le Figaro, la disposition est présentée comme une « dérogation temporaire » destinée à répondre à une situation d’urgence, sans remettre en cause l’objectif de réduction des pesticides fixé par le plan Écophyto.

Cependant, l’opposition parlementaire et certaines ONG environnementales ont déjà annoncé leur intention de saisir à nouveau le Conseil constitutionnel, estimant que cette loi d’urgence agricole pourrait violer le principe de précaution inscrit dans la Charte de l’environnement. Le débat autour de l’acétamipride illustre ainsi la difficulté croissante à concilier les impératifs de production agricole, les pressions économiques des filières et les engagements sanitaires et écologiques pris par la France, notamment dans le cadre de la stratégie nationale bas-carbone et de la protection de la biodiversité. L’avenir de cette substance, entre urgence agricole et controverse persistante, reste donc suspendu à d’éventuels recours juridiques et à l’évolution des données scientifiques sur ses effets à long terme.