Purgé sous Mao, ennemi de la corruption, défenseur d'un capitalisme débridé… Qui était Zhu Rongji, cet ancien Premier ministre qui a privatisé la Chine et l'a fait rentrer dans l'économie mondiale ?

Ancien Premier ministre chinois de 1998 à 2003, Zhu Rongji est décédé, selon les médias d'État, ce mercredi 12 août. Figure centrale de la modernisation économi
Ancien Premier ministre chinois de 1998 à 2003, Zhu Rongji est décédé, selon les médias d'État, ce mercredi 12 août. Figure centrale de la modernisation économique du pays, cet économiste à la poigne de fer a piloté la privatisation massive des entreprises publiques et négocié l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Retour sur le parcours d'un réformateur controversé, dont la mort a été annoncée alors que son héritage continue de structurer l'économie chinoise.
## Un parcours semé d'embûches sous Mao
Né en 1928 à Changsha, dans le centre de la Chine, alors que le pays est déchiré par la guerre civile, Zhu Rongji adhère au Parti communiste en 1949, l'année même où Mao Zedong proclame la République populaire. Une rumeur persistante, rapportée par BFM Business, ferait de lui un descendant de l'empereur fondateur de la dynastie Ming. Affecté à la planification économique, son destin bascule lors de la "Campagne des cent fleurs" dans les années 1950. Ses critiques acerbes contre les politiques économiques de Mao lui valent une première purge. Gracié, il est de nouveau écarté en 1966, lorsque la Révolution culturelle est lancée, et se voit exilé à la campagne. Ce n'est qu'après la mort de Mao, en 1976, qu'il est finalement réhabilité.
## L'ascension d'un réformateur pragmatique
Après sa réhabilitation, Zhu Rongji gravit les échelons au sein du ministère du Pétrole et de la Commission économique d'État. Son talent est repéré par Deng Xiaoping, l'architecte des réformes économiques chinoises. En 1988, il devient maire de Shanghai, le poumon économique du pays. C'est à ce poste qu'il affirme sa vision : il appelle ouvertement à ce que les entreprises d'État soient autorisées à "nager par elles-mêmes dans les marchés", une formule qui résume son credo libéral. Nommé vice-Premier ministre en 1991 sous Jiang Zemin, il est alors surnommé le "Mikhaïl Gorbatchev chinois", en référence au dirigeant soviétique, souligne la source. Il est considéré comme l'un des principaux artisans de l'"atterrissage en douceur" de l'économie chinoise, une politique visant à maîtriser l'inflation sans provoquer de récession brutale.
## Un Premier ministre aux méthodes radicales
Nommé Premier ministre en 1998, Zhu Rongji engage des réformes d'une ampleur inédite. Il conduit une privatisation massive des entreprises d'État, un chantier titanesque qui touche des secteurs entiers de l'économie. Sa gestion est marquée par une lutte acharnée contre la corruption, un fléau qu'il érige en priorité nationale. Son style, souvent décrit comme autoritaire et direct, lui vaut le respect de ses pairs mais aussi des inimitiés durables. Son action la plus emblématique reste toutefois la négociation de l'adhésion de la Chine à l'OMC, conclue en 2001. Cette entrée dans le commerce mondial a profondément transformé le pays, le projetant sur la scène économique internationale et accélérant sa croissance.
## Un héritage contrasté
L'annonce de sa mort, ce mercredi, relance les débats sur son bilan. Pour ses partisans, Zhu Rongji est l'homme qui a sorti la Chine de l'isolement économique et posé les fondations de sa puissance actuelle. Pour ses détracteurs, ses politiques de privatisation ont creusé les inégalités et exposé des millions de travailleurs à la précarité. Si son nom reste associé à une certaine idée du libéralisme économique au sein du Parti communiste, son héritage est aujourd'hui nuancé par un pouvoir qui privilégie un contrôle étatique plus affirmé. La disparition de ce réformateur hors norme clôt un chapitre de l'histoire économique chinoise, dont les effets se font encore sentir deux décennies plus tard.