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"Profondément troublant d'en voir un nombre croissant profiter des stations balnéaires européennes": plusieurs pays parmi les Vingt-Sept (mais pas la France) veulent restreindre l'accès des touristes russes à l'UE

Economie · · Par Julie MOREAU

“Profondément troublant d’en voir un nombre croissant profiter des stations balnéaires européennes” : onze pays, dont neuf États membres de l’UE, réclament de l

“Profondément troublant d’en voir un nombre croissant profiter des stations balnéaires européennes” : onze pays, dont neuf États membres de l’UE, réclament de la Commission européenne un durcissement des conditions d’entrée pour les touristes russes, mais la France refuse de signer cette lettre, jugeant inutile de sanctionner des citoyens ordinaires.

Dans un courrier adressé à la Commission européenne et dont l’existence a été révélée jeudi par des sources diplomatiques, une coalition de onze pays – neuf États membres de l’Union européenne (Suède, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne), ainsi que la Norvège et l’Islande – appelle à l’introduction de “nouvelles mesures restrictives et contraignantes” pour limiter l’afflux de touristes russes en Europe. Les signataires estiment que la situation actuelle est intenable alors que Moscou intensifie ses frappes contre les populations civiles en Ukraine. “Il est profondément troublant de voir un nombre croissant de touristes russes profiter de voyages de loisirs sur les plages et dans les stations balnéaires européennes”, écrivent-ils dans leur missive, soulignant un décalage moral et sécuritaire.

Un accès facilité jugé “risqué” pour la sécurité

La lettre met en avant des chiffres précis pour étayer son argumentation : selon les données fournies, 477.878 visas ont été accordés à des citoyens russes l’an dernier, dont une majorité de visas à entrées multiples valables pour l’ensemble de l’espace Schengen. Ce volume, selon les signataires, accroît “les risques potentiels pour la sécurité, notamment ceux liés aux déplacements de centaines de milliers de combattants russes en Ukraine”. Ils exhortent la Commission européenne à mieux identifier les soldats d’active et les anciens combattants russes afin de les empêcher d’entrer sur le territoire de l’UE. La Commission a déjà interdit, début novembre 2025, la délivrance de visas à entrées multiples pour les ressortissants russes, en réponse à de multiples attaques hybrides attribuées à Moscou, mais les signataires estiment que cette mesure reste insuffisante face à l’ampleur du phénomène.

La France, absente de la coalition, défend une ligne différente

La France, pourtant l’un des poids lourds de l’UE, n’a pas signé cette lettre, rejoignant ainsi d’autres pays touristiques européens qui jugent inutile de sanctionner des citoyens russes ordinaires. Paris considère que les restrictions déjà en place – comme l’interdiction des visas à entrées multiples – sont suffisantes et qu’un durcissement supplémentaire risquerait de pénaliser des voyageurs n’ayant aucun lien avec le régime de Vladimir Poutine. Cette position tranche avec celle des pays nordiques et baltes, qui partagent une frontière terrestre ou maritime avec la Russie et subissent directement les conséquences des tensions. Le clivage entre les États membres reflète des priorités divergentes : sécurité et dissuasion pour les uns, maintien des liens culturels et économiques pour les autres.

Conclusion : un équilibre complexe entre sécurité et ouverture

Alors que la Commission européenne devra arbitrer entre ces demandes et les réserves françaises, le débat illustre les difficultés de l’UE à adopter une ligne commune face à la Russie. Les signataires insistent sur la nécessité de “nouvelles mesures restrictives et contraignantes” pour limiter les risques sécuritaires, tandis que Paris plaide pour une approche plus nuancée. L’enjeu est de taille : concilier la protection des frontières européennes avec le respect des libertés individuelles, dans un contexte géopolitique toujours plus tendu.