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Proche d'Emmanuel Macron, Emmanuel Moulin entend "les interrogations" autour de sa nomination à la Banque de France mais se présente "en homme du service public qui sert l'État depuis 30 ans"

Economie · · Par Julie MOREAU

Proche d'Emmanuel Macron, Emmanuel Moulin entend

Audition sous tension : Emmanuel Moulin jure indépendance pour prendre les rênes de la Banque de France Emmanuel Moulin, proposé pour succéder à François Viller

Audition sous tension : Emmanuel Moulin jure indépendance pour prendre les rênes de la Banque de France

Emmanuel Moulin, proposé pour succéder à François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France, a tenté de dissiper les doutes ce mercredi 20 mai 2026. Auditionné par la commission des Finances du Sénat, l’ancien secrétaire général de l’Élysée s’est présenté en « homme libre » et a promis d’exercer ses fonctions « en toute indépendance », alors que son profil, jugé trop proche d’Emmanuel Macron, suscite des résistances politiques.

La salle d’audition du Sénat était sous tension. Alors que les sénateurs examinent sa candidature, Emmanuel Moulin a choisi l’offensive pédagogique. « Je me tiens donc devant vous en homme libre, en homme du service public qui sert l’État depuis 30 ans et qui s’engage à exercer ses fonctions en toute indépendance, en toute impartialité, tant à l’égard du pouvoir exécutif que des intérêts privés », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par BFM Business.

Un rappel à l’ordre nécessaire. Le parcours d’Emmanuel Moulin, marqué par une longue carrière dans les cabinets ministériels et à la tête de Bercy avant de devenir secrétaire général de l’Élysée de 2022 à 2024, a immédiatement cristallisé les critiques. L’opposition, notamment les socialistes, y voit le risque d’une « politisation » de l’institution monétaire, censée garantir son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif.

« J’entends les interrogations »

Conscient de ces réticences, le candidat a fait preuve de lucidité. « J’entends les interrogations qui peuvent naître », a-t-il concédé. Avant d’ajouter : « Jamais je n’ai agi avec sectarisme ou esprit partisan. » Un message adressé directement aux sénateurs Les Républicains (LR), dont le vote sera déterminant. Leur position est scrutée de près, car les socialistes ont déjà annoncé leur intention de voter contre, selon une information de BFM Business.

Pour convaincre, Emmanuel Moulin a mis en avant son expertise technique. « La diversité de mon parcours et la variété des missions que j’ai remplies me dotent d’une expérience précieuse pour exercer les fonctions de gouverneur de la Banque de France », a-t-il plaidé. Il a insisté sur sa connaissance des rouages de l’État, notamment en matière de finances publiques et de régulation financière.

Un vote à haut risque

Le sort de sa nomination repose désormais sur les votes des commissions des Finances du Sénat et de l’Assemblée nationale. Pour que la candidature soit rejetée, il faudrait qu’une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions se prononce contre. Un seuil élevé, mais pas inaccessible si l’opposition fait bloc.

Si Emmanuel Moulin a tenté de rassurer sur son indépendance, le contexte politique alourdit son dossier. Sa proximité avec le chef de l’État, dont il fut l’un des plus proches collaborateurs, reste un angle mort que ses détracteurs ne manqueront pas d’exploiter. La Banque de France, gardienne de la stabilité des prix et acteur clé du système financier européen, doit impérativement offrir des garanties d’impartialité.

En attendant le verdict

L’audition se poursuit dans l’après-midi devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Le suspense demeure entier. Emmanuel Moulin a promis de « servir l’État avant toute chose », mais c’est sur un vote politique que son avenir à la tête de la « Banque de France » se jouera. Les prochaines heures diront si les parlementaires ont été convaincus par l’homme de trente ans de service public, ou s’ils jugent son passé trop lié au pouvoir exécutif pour occuper une fonction exigeant une indépendance totale.