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Pourquoi la Serbie, alliée historique de Moscou, se rapproche-t-elle de l'Ukraine?

Monde · · Par Claire BERNARD

Pourquoi la Serbie, alliée historique de Moscou, se rapproche-t-elle de l'Ukraine?

Le président serbe Aleksandar Vucic reçoit, vendredi 7 et samedi 8 août, son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky pour une visite officielle inédite, la premi

Le président serbe Aleksandar Vucic reçoit, vendredi 7 et samedi 8 août, son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky pour une visite officielle inédite, la première depuis l’arrivée au pouvoir de ce dernier en 2019. Cette rencontre intervient dans un contexte géopolitique tendu, où Belgrade tente de préserver un équilibre délicat entre ses liens historiques avec Moscou et ses aspirations à une intégration européenne. Selon Strahinja Subotic, responsable de programme et chercheur senior au Centre de politique européenne de Belgrade, cette visite constitue pour le dirigeant serbe une occasion stratégique de présenter son pays comme un partenaire fréquentable de l’Occident. ## Une visite aux implications diplomatiques majeures La réception de Volodymyr Zelensky à Belgrade marque un tournant symbolique dans les relations bilatérales entre la Serbie et l’Ukraine. Historiquement, la Serbie a maintenu des relations étroites avec la Russie, fondées sur des affinités slaves, orthodoxes et une coopération économique significative. Cependant, l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a contraint Belgrade à naviguer dans des eaux diplomatiques particulièrement complexes. La Serbie, bien qu’ayant voté en faveur de résolutions condamnant l’agression russe à l’Assemblée générale des Nations unies, a refusé de se joindre aux sanctions européennes contre Moscou, préservant ainsi ses intérêts énergétiques et son approvisionnement en gaz russe. Cette visite officielle pourrait refléter une volonté de diversification diplomatique de la part de Belgrade. Selon des informations rapportées par RFI, Aleksandar Vucic chercherait à équilibrer ses relations avec les trois pôles de puissance que sont Moscou, Bruxelles et Washington. En accueillant le président ukrainien, la Serbie enverrait un signal fort à l’Union européenne, avec laquelle elle négocie son adhésion depuis 2014, tout en évitant une rupture ouverte avec la Russie. Les observateurs notent que cette rencontre intervient également dans un contexte de pressions occidentales croissantes sur Belgrade pour qu’elle aligne sa politique étrangère sur celle de l’UE. ## Un équilibre diplomatique sous tension La position de la Serbie demeure toutefois ambiguë aux yeux de nombreux analystes. D’une part, le pays maintient des exercices militaires conjoints avec la Russie et dépend fortement de Moscou pour ses besoins énergétiques. D’autre part, Belgrade aspire à rejoindre l’Union européenne et bénéficie d’investissements occidentaux substantiels. Selon des sources diplomatiques, cette visite de Volodymyr Zelensky pourrait être perçue comme une tentative de la Serbie de démontrer sa fiabilité en tant que partenaire international, sans pour autant compromettre ses relations historiques avec la Russie. Strahinja Subotic souligne d’ailleurs que cette rencontre s’inscrit dans une stratégie plus large de présentation de la Serbie comme un acteur constructif sur la scène internationale. Par ailleurs, cette visite intervient dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes au Kosovo, dont l’indépendance proclamée en 2008 n’est pas reconnue par Belgrade. L’Ukraine, qui a reconnu l’indépendance du Kosovo en 2015, entretient des relations diplomatiques avec Pristina, ce qui pourrait compliquer les discussions bilatérales. Toutefois, selon des informations rapportées par RFI, les échanges entre les deux présidents devraient se concentrer sur les questions économiques, la coopération agricole et les échanges commerciaux, qui ont connu une croissance modeste ces dernières années. ## Des enjeux économiques et énergétiques en arrière-plan Au-delà des considérations politiques, cette visite pourrait également ouvrir la voie à une coopération économique renforcée entre Belgrade et Kiev. L’Ukraine, dont l’économie est sinistrée par le conflit, cherche activement des partenaires pour sa reconstruction future. La Serbie, de son côté, pourrait tirer profit de cette relation pour diversifier ses marchés d’exportation et attirer des investissements ukrainiens dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Selon des données économiques récentes, les échanges bilatéraux entre les deux pays s’élevaient à environ 300 millions d’euros avant le début du conflit, un chiffre qui pourrait connaître une progression significative dans les années à venir. Cependant, la question énergétique demeure un point de friction potentiel. La Serbie dépend à hauteur de 80 % de ses importations de gaz russe, ce qui limite considérablement sa marge de manœuvre diplomatique vis-à-vis de Moscou. Toutefois, le pays explore des alternatives, notamment via l’interconnexion gazière avec la Bulgarie et la Grèce, dans le cadre du corridor gazier vertical. Cette diversification énergétique pourrait, selon certains analystes, offrir à Belgrade une plus grande latitude dans ses relations avec la Russie à moyen terme, tout en renforçant sa crédibilité auprès de ses partenaires occidentaux. ## Une perspective européenne conditionnelle La visite de Volodymyr Zelensky intervient également dans un contexte où l’Union européenne intensifie ses pressions sur la Serbie pour qu’elle aligne sa politique étrangère sur les positions communes du bloc. Selon des rapports récents de la Commission européenne, la Serbie demeure le pays candidat le plus avancé dans le processus d’élargissement, mais des progrès restent attendus sur les questions de l’État de droit, de la liberté de la presse et de la normalisation des relations avec le Kosovo. Cette rencontre bilatérale pourrait ainsi être interprétée comme un geste de bonne volonté de la part de Belgrade, sans pour autant garantir une accélération du processus d’adhésion. À l’issue de cette visite, les observateurs s’interrogent sur les retombées concrètes de ce rapprochement. Si la Serbie semble vouloir diversifier ses alliances, elle devra néanmoins composer avec les réalités de sa dépendance énergétique et de ses liens historiques avec Moscou. La rencontre entre Aleksandar Vucic et Volodymyr Zelensky pourrait marquer le début d’une nouvelle phase dans les relations bilatérales, mais elle ne résout pas les contradictions structurelles de la politique étrangère serbe. L’équilibre entre les aspirations européennes et les héritages