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Pourquoi l’ultra fast-fashion et la seconde main asphyxient la filière de recyclage des vêtements

Une · · Par Claire BERNARD

Pourquoi l’ultra fast-fashion et la seconde main asphyxient la filière de recyclage des vêtements

Ultra fast-fashion et seconde main : la filière française du recyclage textile au bord de la rupture Les montagnes de vêtements usagés s'accumulent dans les cen

Ultra fast-fashion et seconde main : la filière française du recyclage textile au bord de la rupture

Les montagnes de vêtements usagés s'accumulent dans les centres de tri français, tandis que les opérateurs du secteur alertent sur une crise structurelle. Selon des informations rapportées par Le Figaro, l'entreprise de réinsertion Le Relais, qui assure via ses 22 000 conteneurs environ 50 % du ramassage des habits en fin de vie sur le territoire, a supprimé en juin dernier 3 400 points de collecte. Une décision brutale qui illustre l'asphyxie progressive d'une filière confrontée à l'explosion des volumes et à la dégradation de la qualité des articles collectés.

Un système de collecte sous tension face à l'explosion des volumes

Le geste du Relais, qualifié d'« énième appel à l'aide » par le quotidien, intervient dans un contexte où les Français n'ont jamais autant consommé de vêtements à bas prix. D'après les déclarations d'Emmanuel Pilloy, président du Relais et membre d'Emmaüs France, recueillies par nos confrères, « avec l'essor des plateformes chinoises d'ultra fast fashion (Shein et Temu), les Français achètent de plus en plus de vêtements. La filière n'est pas prête à cela ». Cette dynamique de consommation, couplée à l'essor de la seconde main, aurait selon plusieurs observateurs un double effet délétère sur le système de recyclage : davantage de volumes entrants, mais une qualité moyenne en nette diminution.

En effet, les vêtements issus de l'ultra fast fashion, conçus pour être portés quelques fois seulement, présenteraient des fibres de moindre qualité, rendant leur réemploi ou leur recyclage plus complexe et moins rentable. Par ailleurs, la seconde main, en détournant une partie des dons les plus qualitatifs vers des plateformes de revente entre particuliers, priverait les structures de tri des pièces les plus valorisables. Les centres de collecte se retrouveraient ainsi avec une proportion croissante d'articles invendables en l'état, destinés au rebut ou au déchiquetage.

Une économie sociale et solidaire fragilisée

Le secteur du tri et du recyclage textile repose en grande partie sur des acteurs de l'économie sociale et solidaire, parmi lesquels Emmaüs, la Croix-Rouge ou encore le Secours populaire. Ces structures, qui emploient des personnes en insertion professionnelle, remplissent une double mission : environnementale, en donnant une seconde vie aux textiles, et sociale, en offrant des perspectives d'emploi à des publics éloignés du marché du travail. Cependant, la rentabilité de ces opérations dépend étroitement de la valeur de revente des articles collectés, notamment sur les marchés d'exportation.

Selon les éléments rapportés par Le Figaro, plus de la moitié des vêtements mis au rebut par les ménages français finiraient encore à la poubelle, signe que la chaîne de valorisation n'absorbe qu'une partie des flux. La décision du Relais de réduire drastiquement son réseau de points de collecte pourrait, selon plusieurs spécialistes, entraîner un report de ces volumes vers les déchetteries municipales ou, pire, vers l'abandon sauvage, avec des conséquences financières pour les collectivités locales. Cette situation survient alors que la réglementation européenne sur la responsabilité élargie du producteur (REP) impose pourtant aux metteurs sur le marché des obligations croissantes en matière de collecte et de traitement.

Une réforme attendue pour début 2027

Face à cette dégradation, un projet de réforme piloté par le ministre de la transition écologique serait en préparation, avec une entrée en vigueur envisagée pour le début de l'année 2027. Selon les informations disponibles, cette réforme viserait à rééquilibrer les contributions financières des producteurs de vêtements, afin de mieux tenir compte de la durabilité des produits et de leur impact sur l'aval de la filière. Les enseignes d'ultra fast fashion, dont les produits génèrent des coûts de traitement élevés, pourraient ainsi voir leur éco-contribution augmenter significativement.

Toutefois, les contours précis de ce dispositif restent encore flous, et les acteurs de terrain attendent des mesures concrètes pour soulager des trésoreries mises à mal. La question du financement du tri de ces textiles de moindre qualité, dont la revente ne couvre plus les coûts opérationnels, demeure en effet centrale. Certains observateurs estiment qu'une partie de la solution pourrait passer par une meilleure information des consommateurs sur la qualité des fibres et la durée de vie des vêtements, tandis que d'autres plaident pour un durcissement des normes d'écoconception applicables aux plateformes de vente en ligne. L'équilibre entre la nécessaire transition écologique du secteur textile et la préservation d'un modèle économique fragile pour les structures de l'économie sociale et solidaire constituera, selon toute vraisemblance, l'un des arbitrages délicats de la réforme à venir.