Onyx Infos

Pourquoi Alstom n'a pas candidaté pour décrocher une méga commande de TGV à 1,7 milliard d'euros en Espagne

Economie · · Par Julie MOREAU

Pourquoi Alstom n'a pas candidaté pour décrocher une méga commande de TGV à 1,7 milliard d'euros en Espagne

# Alstom renonce à un méga contrat de TGV en Espagne : les raisons d'un désistement stratégique Le groupe ferroviaire français Alstom a choisi de ne pas candida

# Alstom renonce à un méga contrat de TGV en Espagne : les raisons d'un désistement stratégique Le groupe ferroviaire français Alstom a choisi de ne pas candidater à l'appel d'offres le plus important de l'histoire de la Renfe, la compagnie nationale espagnole, portant sur l'acquisition de 30 à 40 trains à grande vitesse pour un montant estimé entre 1,36 et 1,77 milliard d'euros. Une décision qui interroge, alors que l'industriel tricolore est pourtant l'un des leaders mondiaux du secteur. Selon les médias espagnols, ce sont les conditions drastiques imposées par le client qui auraient conduit Alstom à jeter l'éponge. ## Des délais de livraison jugés intenables ### Un calendrier serré face aux contraintes industrielles La Renfe exigeait une livraison des premières rames dans un délai de 40 mois après la signature du contrat, avec un objectif de mise en service fixé à 2040. Or, les experts du secteur estiment que les délais de production et de certification des trains à grande vitesse tournent désormais autour de six ans. Ce décalage entre les attentes du donneur d'ordres et les réalités industrielles a probablement dissuadé Alstom de s'engager. Le constructeur, qui a pourtant renforcé ses capacités de production ces dernières années, n'aurait pas été en mesure de garantir un tel calendrier sans prendre des risques excessifs en matière de pénalités de retard. ### Une exigence technique ambitieuse : 350 km/h La Renfe souhaitait également des trains capables d'atteindre une vitesse de 350 km/h "dès que l'infrastructure ferroviaire sera adaptée", avec une capacité de 450 places. Une spécification technique exigeante qui nécessite des investissements en recherche et développement importants, et dont la rentabilité à court terme est incertaine, l'infrastructure espagnole n'étant pas encore calibrée pour de telles vitesses. Alstom aurait ainsi jugé que le rapport coût-bénéfice de ce cahier des charges n'était pas favorable. ## Un paysage concurrentiel recomposé ### Siemens et Hitachi en pole position La date limite des candidatures étant passée, seules deux offres ont été retenues : celle de l'allemand Siemens Mobility et celle du japonais Hitachi, connu en France pour ses rames "Flèches rouges" opérées par Trenitalia. L'espagnol Talgo, fournisseur historique de la Renfe, a quant à lui été écarté pour avoir déposé son dossier trop tard. Un revers supplémentaire pour ce constructeur basque, déjà en froid avec l'opérateur public en raison des déboires techniques rencontrés avec ses trains à grande vitesse Avril. ### Une stratégie de recentrage pour Alstom ? Ce désistement pourrait également s'inscrire dans une stratégie plus large du groupe français, qui préfère concentrer ses ressources sur des marchés où il dispose d'avantages compétitifs clairs, plutôt que de s'engager dans des appels d'offres aux conditions trop risquées. Alstom conserve par ailleurs d'importants contrats en France, en Allemagne ou encore en Inde, et pourrait juger que le marché espagnol, dominé historiquement par Talgo, n'offre pas des perspectives suffisamment attractives au regard des contraintes imposées. ## Des enjeux industriels et financiers majeurs Ce méga contrat, s'il échoit à Siemens ou Hitachi, marquera un tournant dans le paysage ferroviaire européen. L'Espagne, qui dispose du deuxième réseau de TGV au monde après la Chine, est un marché stratégique. L'absence d'Alstom pourrait affaiblir à terme sa présence dans la péninsule ibérique, où le groupe réalise déjà des activités de maintenance et de signalisation. La décision de la Renfe, attendue dans les prochains mois, sera scrutée de près par l'ensemble du secteur, tant elle influencera les équilibres concurrentiels pour les années à venir.